L’éditorial du Secrétaire général

J-C Mailly : « Accord sur l’Assurance chômage, une protection pour les salariés et les demandeurs d’emploi »

, Jean-Claude Mailly

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Alors que certains programmes présidentiels annoncent une prise en main par l’État des décisions (prestations et cotisations) dans le domaine de l’Assurance chômage, l’accord signé la semaine dernière entre les trois organisations patronales et quatre confédérations syndicales, dont Force Ouvrière, est une protection pour les salariés et les demandeurs d’emploi.

Après des négociations difficiles, ce qui est toujours le cas en période de croissance faible et de chômage élevé, nous sommes parvenus à un compromis.

Un bon compromis se caractérise par le fait que le syndicat pouvait espérer plus et que le patronat considère qu’il a trop cédé. Cette fois, vu notamment les réactions à l’intérieur du Medef contre l’accord, nous pouvons considérer qu’effectivement le compromis est bon !

Nous avons préservé les droits des seniors, obtenu une augmentation de la cotisation patronale, amorcé la question des contrats courts et régulé la situation des travailleurs précaires.

Nous nous adressons également à l’État pour qu’il paye ses dettes, la moitié du déficit du régime d’Assurance chômage relevant de sa responsabilité.

Cela montre que le paritarisme est bien vivant. Laisser la main à l’État c’est risquer sa disparition, la supplantation de la cotisation par l’impôt, la mise en place de « devoirs » inacceptables pour les chômeurs.

C’est ouvrir la porte à la remise en cause, partout, du paritarisme, de même que la loi Travail ouvre grand la porte à l’inversion de la hiérarchie des normes.

Avec le paritarisme nous gérons le salaire différé, propriété des salariés.

Livrer le salaire différé à l’État et/ou au marché serait irresponsable et dangereux pour les droits sociaux, la solidarité et l’égalité. 

A propos de cet article

Sur l’auteur

Jean-Claude Mailly

Secrétaire général de FO


Marche générale de l’Organisation - Expression publique - Relations avec les Fédérations Nationales et les Unions Départementales - CSI/CES


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Éphéméride

23 février 1903

Mort de Jean-Baptiste Clément
Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°379 le 23 avril 1953. L’une des plus belles figures de la classe ouvrière, Jean-Baptiste Clément vit aujourd’hui dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu et de tous ceux qui ont appris à admirer son sublime désintéressement, son héroïsme (...)

Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°379 le 23 avril 1953.

L’une des plus belles figures de la classe ouvrière, Jean-Baptiste Clément vit aujourd’hui dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu et de tous ceux qui ont appris à admirer son sublime désintéressement, son héroïsme indomptable, et à aimer sa poésie tour à tour tendre, âpre et exaspérée. Il est devenu célèbre par sa romance Le temps des cerises, écrit, il y a près de quatre-vingt dix ans, qui n’a pas encore perdu ni son charme mélancolique, ni sa signification humaine.

J.-B. Clément ne pouvait relire ou entendre sans émotion et sans larmes ses propres vers :

« J’aimerai toujours le temps des cerise - C’est de ce temps-là que je garde au cœur Une plaie ouverte... »

Il a, en effet condensé dans ces lignes toute la misère de sa jeunesse, la souffrance de ses années de luttes, son chagrin et ses déceptions. Et par ce qu’il a conservé le douloureux. souvenir au fond de son coeur viril, et sentimental à la fois, qu’il est devenu un combattant intrépide du prolétariat, un exemple émouvant de noblesse d’âme et de générosité.

J.-B. Clément était né pour la lutte sociale ; sa détresse et les injustices qu’il a endurées, avaient mûri et formé sa conscience révolutionnaire. Sa vie, très mouvementée, fut entièrement mise au service de l’idéal de la classe ouvrière, comme sa poésie bouillonnante, nerveuse qui se confondait avec la révolte intérieure et l’espoir des hommes humiliés et opprimés.

On ne peut évoquer cette existence ardente et tumultueuse, qui se passionna jusqu’à sa mort pour la cause socialiste, et sa poésie qui vibrait et s’exaltait pour un meilleur avenir de tous ceux qui souffraient et qui voulaient être heureux parce qu’ils aimaient la vie.

Jean-Baptiste Clément, avant d’être le poète-chansonnier célèbre du prolétariat, a fait toutes sortes de métiers : tourneur en cuivre, employé chez un architecte, chez un négociant en vin, puis manœuvre à la construction du viaduc de Nogent. A vingt et un ans, il s’insurge contre la tyrannie et l’exploitation patronales ; compose des poèmes avec une spontanéité naturelle et prend conscience de sa véritable vocation. En même temps, sa soif de culture s’éveille, que des lectures médiocres ne peuvent plus satisfaire. Il se rend compte de son ignorance et Clément travaille le jour, étudie la nuit, éclairé par une lampe à huile. « Autodidacte, écrivait-il, je devais passer par trente-six métiers et bien plus de misères pour m’instruire ! » II lit les œuvres de Balzac, de Flaubert, de Musset et la poésie de l’infortuné Hégésippe Moreau et de Béranger. Mais, c’est les vers enflammés de Pierre Dupont qui exercent sur lui une profonde attraction. A cette époque, il écrit des couplets nostalgiques et délicieux que seuls ses amis intimes connaissent, et il vit à la Butte Montmartre, dans une misère lamentable. Puis, vient le jour heureux... lorsqu’il a vendu à l’éditeur sa première chanson pour cent sous. II n’a jamais oublié l’étrange émotion qu’il avait ressentie alors. Encouragé par ce début de succès, il composa les Chansons du morceau de pain, jugées par lui « sans importance », mais qui révèlent un authentique poéte chansonnier du peuple. Dans les couplets rythmiques, tantôt satiriques, tantôt révolutionnaires : La chanson du Fou, Folie de Mai, Fournaise, Les Souris, L’Empereur se dégomme, Paysan, Quatre-Vingt-Neuf, il évoque la misère noire, le régime haï et détesté de Napoléon III, le souvenir frémissant de 89, la colère et l’inquiétude du peuple, que la censure impériale avait interdit et pour lesquels il fut emprisonné à Sainte-Pélagie.

Lorsqu’en 1867, la chanson du Temps des .Cerises, sur la musique de Renard, fut éditée à Bruxelles, le nom de Clément devint rapidement populaire en France. Et c’est dans une nouvelle édition de 1885 que Clément l’a dédiée : « à Louise Michel, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871. » Dans le mouvement d’émancipation de la Commune, J.-B. Clément prend une part active et se bat courageusement sur les barricades. C’est dans sa cachette quai de Bercy qu’il écrivit, pendant les jours tragiques de la répression, les strophes déchirantes de La semaine sanglante : « Paris suinte la misère - Les heureux mêmes sont tremblants - La mode est aux conseils de guerre - Et les pavés sont tous sanglants... »

Après la défaite de la Commune, il est contraint de s’exiler en Angleterre, où il végète, en donnant des leçons de français. En pensant aux trente-cinq mille communards massacrés, à ses amis fusillés et déportés à la Nouvelle-Calédonie, Clément met « la chanson au service, de la cause des vaincus et veut peindre dans un style simple et direct, les souffrances et les revendications des ouvriers ». Les événements de 1871 m’ont convaincu -écrivait-il - qu’il fallait par les paroles et les chansons, forcer le peuple à voir sa misère, à hâter ainsi l’heure de la solution du grand problème social. C’était, le but immédiat de ses chansons et de sa poésie. Et c’est ainsi qu’est né de l’inspiration socialiste : Les Traîne-Misére, à Mon Marteau, Le Diable. A son retour en France il compose Les Gueux, aux Loups, Jean Rat, Liberté-Egalité, poèmes émouvants par la sincérité de l’émotion et de l’accent, par la force de l’expression et par la sensibilité humanitaire. Dans ses chansons sociales : Le Trimardeur, La Grève, Crève-Coeur, Chômage, En avant paysan, Le Premier mai, il apparaît de plus en plus le poète engagé, en lutte contre la résignation, l’ignorance et la pauvreté, en exhortant les travailleurs aux combats pour une société régénérée. J.-B. Clément était redouté aussi comme pamphlétaire sous le règne de Napoléon III. Il a écrit avec une verve mordante, le Casse-Tête, le Pavé, Le club de la Redoute, La Lanterne Impériale, La Lanterne du Peuple, où il a fustigé avec une plume incisive et gouailleuse, les institutions réactionnaires de l’Empire libéral et eut le courage de dire en 1868 :
« Place à ceux qui ont l’amour de la liberté ! Il nous faut des hommes nouveaux et des idées nouvelles. » Les deux volumes de Questions sociales, contiennent la doctrine démocratique de cet admirable poète-militant qui dénonçait les maux organiques et les vices internes de la société bourgeoise, et annonçait avec ferveur, la société socialiste où « il n’y aura plus d’inégalités, où le travailleur ne sera plus esclave du capitalisme et l’homme ne sera plus exploité ». Cette conception élevée de la société future, lui a donné une raison de vivre et une raison d’espérance.