L’éditorial du Secrétaire général - FO Hebdo

J-C Mailly : « Accord sur l’Assurance chômage, une protection pour les salariés et les demandeurs d’emploi »

, Jean-Claude Mailly

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Alors que certains programmes présidentiels annoncent une prise en main par l’État des décisions (prestations et cotisations) dans le domaine de l’Assurance chômage, l’accord signé la semaine dernière entre les trois organisations patronales et quatre confédérations syndicales, dont Force Ouvrière, est une protection pour les salariés et les demandeurs d’emploi.

Après des négociations difficiles, ce qui est toujours le cas en période de croissance faible et de chômage élevé, nous sommes parvenus à un compromis.

Un bon compromis se caractérise par le fait que le syndicat pouvait espérer plus et que le patronat considère qu’il a trop cédé. Cette fois, vu notamment les réactions à l’intérieur du Medef contre l’accord, nous pouvons considérer qu’effectivement le compromis est bon !

Nous avons préservé les droits des seniors, obtenu une augmentation de la cotisation patronale, amorcé la question des contrats courts et régulé la situation des travailleurs précaires.

Nous nous adressons également à l’État pour qu’il paye ses dettes, la moitié du déficit du régime d’Assurance chômage relevant de sa responsabilité.

Cela montre que le paritarisme est bien vivant. Laisser la main à l’État c’est risquer sa disparition, la supplantation de la cotisation par l’impôt, la mise en place de « devoirs » inacceptables pour les chômeurs.

C’est ouvrir la porte à la remise en cause, partout, du paritarisme, de même que la loi Travail ouvre grand la porte à l’inversion de la hiérarchie des normes.

Avec le paritarisme nous gérons le salaire différé, propriété des salariés.

Livrer le salaire différé à l’État et/ou au marché serait irresponsable et dangereux pour les droits sociaux, la solidarité et l’égalité. 

A propos de cet article

Sur l’auteur

Jean-Claude Mailly

Secrétaire général de FO


Marche générale de l’Organisation - Expression publique - Relations avec les Fédérations Nationales et les Unions Départementales - CSI/CES


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Éphéméride

21 novembre 1831

La révolte des Canuts
Le célèbre mouvement qui, en imposant un « tarif » pour le travail fit naître, en quelque sorte, le Smic, un salaire garanti. La crise économique nationale et régionale, liée à la révolution de 1830, va entraîner les ouvriers lyonnais dans un mouvement revendicatif purement social, précurseur sur de (...)

Le célèbre mouvement qui, en imposant un « tarif » pour le travail fit naître, en quelque sorte, le Smic, un salaire garanti. 

La crise économique nationale et régionale, liée à la révolution de 1830, va entraîner les ouvriers lyonnais dans un mouvement revendicatif purement social, précurseur sur de nombreux points. 

Au début du XIXe siècle, l’économie lyonnaise reste largement dominée par la soierie. Mais la concurrence internationale et la transformation de l’économie locale dès 1827 entraînent un appauvrissement général de la population. Le salaire des ouvriers de la soie, les fameux Canuts, tombe à dix-huit sous pour quinze heures de travail journalier. Cette situation n’est guère appréciée par ces ouvriers spécialisés, largement en avance dans l’organisation de leurs droits. Dès 1811, ils obtiennent un tarif minimum. En 1826, ils disposent déjà de leur propre société de secours mutuel. La révolution de 1830 va les électriser. 

Le 27 juillet 1830, les ouvriers parisiens se révoltent contre les dernières ordonnances de Charles X. Le drapeau tricolore devient l’emblème des insurgés des trois glorieuses, immortalisées par Victor Hugo dans"Les Misérables". La chute des Bourbons crée une véritable onde de choc. Bruxelles et Varsovie se révoltent en août et novembre 1830. 

Lyon n’y échappe pas. Le 18 octobre 1831, les chefs d’atelier des soieries demandent au préfet du Rhône, Bouvier-Dumolart, de réinstaurer un tarif minimum. Le 25, six mille Canuts, chefs d’atelier et compagnons-ouvriers, manifestent pour soutenir leur revendication. Le jour même, le préfet accepte. Une commission patrons-ouvriers entérine le tarif. Mais une minorité d’une centaine de fabricants refuse ce tarif, arguant d’une baisse des ventes. 

L’agitation reprend alors et les ouvriers-compagnons, eux aussi organisés, débordent les chefs d’atelier. Le 21 novembre 1831, les premières barricades s’élèvent dans le quartier de la Croix Rousse. La Monarchie de Juillet y envoie la police et les gardes nationaux, mais parmi ces derniers se trouvent nombre de chefs d’atelier. C’est ainsi que neuf cents gardes nationaux passent au côté des insurgés. Le 22 novembre, la Croix Rousse et la Guillotière sont aux mains des ouvriers qui brandissent un drapeau noir où est brodée la devise"Vivre en travaillant ou mourir en combattant". Le 23, les autorités quittent la ville alors que les agitateurs républicains tentent de récupérer le mouvement. 

À l’unanimité les Canuts refusent cette intrusion du politique dans le social. Leur bannière est noire comme leur peine et non tricolore. Le 24 novembre, le préfet, qui avait obtenu le tarif, donc respecté par les Canuts, rétablit le calme. Mais le nouveau roi, Louis-Philippe, ne l’entend pas de la même oreille. Ce "Roi des Français" et non plus "Roi de France" envoie vingt mille soldats dans la capitale des Gaules, sous la conduite du maréchal Soult. Ce dernier désarme la population, licencie la garde nationale, révoque le préfet, abroge le tarif du 25 octobre.La révolte ouvrière des Canuts est brisée et il faudra attendre 1848 pour revoir pareil mouvement social. Cinq mois plus tard vingt mille Parisiens meurent lors d’une épidémie de choléra.