L’éditorial du Secrétaire général

J-C Mailly : « Fermes sur nos principes, déterminés sur nos revendications, libres et indépendants »

, Jean-Claude Mailly

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1er Mai 2017 à Paris. Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

À l’occasion des manifestations et rassemblements du 1er Mai, Force Ouvrière a souligné ses positions et revendications, et respecté son comportement d’indépendance syndicale.

Sans hésiter, nous avons rappelé que nous avons toujours combattu l’extrême droite, que nous ne sommes pas indifférents à la forme de l’État, que nous ne sommes pas des directeurs de conscience et que, tout en informant les travailleurs sur nos analyses, nous ne donnons pas de consigne de vote.

Certains commentateurs, parfois bien-pensants, ont du mal à comprendre notre position. Ils ne font pas la distinction entre un syndicat et un parti politique, ou entre le secrétaire général de FO et le citoyen Mailly.

Ils voudraient que l’on appelle à battre Le Pen en votant Macron tout en parlant du 1er Mai comme de la « fête du travail », c’est-à-dire en reprenant, sans s’en rendre compte, une dénomination pétainiste, soit d’extrême droite !

Fermes sur nos principes, déterminés sur nos revendications, nous restons fidèles à nous-mêmes, libres et indépendants.

S’il est élu, Emmanuel Macron a dit qu’il rencontrerait rapidement les organisations syndicales et professionnelles, ce qui serait utile.

Ce sera notamment l’occasion de réaffirmer que pour réduire la fracture sociale (ce qu’il déclare), il ne faut surtout pas amplifier la loi Travail mais l’abroger, a minima sur ses dispositions les plus nocives, comme l’inversion de la hiérarchie des normes. 

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Éphéméride

20 octobre 1876

Le congrès de la salle de la rue d’Arras
Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne. Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, (...)

Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne.

Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, le gouvernement dissout la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris. Un an plus tard, une restauration monarchiste échoue de très peu. Mais aux élections législatives de février-mars 1876, royalistes et bonapartistes n’obtiennent que 155 sièges contre 360 aux républicains. Or, ces derniers ne sont pas hostiles au mouvement ouvrier. Les travailleurs de Besançon en profitent et créent le premier syndicat de l’horlogerie en 1876, en liaison avec le puissant mouvement suisse.

C’est dans ce contexte qu’a lieu le congrès de la salle d’Arras, à Paris, le 20 octobre 1876. Les chambres syndicales parisiennes réussissent à organiser un congrès réunissant 360 délégués dont 255 de Paris. D’entrée le Comité d’initiative se démarque du politique. Il déclare, avec des accents qu’on qualifierait aujourd’hui d’ouvriéristes : « Tous les systèmes, toutes les utopies que l’on a reprochés aux travailleurs ne sont jamais venus d’eux. Tous émanaient de bourgeois, bien intentionnés sans doute, mais qui allaient chercher les remèdes à nos maux dans des idées et des élucubrations, au lieu de prendre conscience de nos besoins et de la réalité ».

Le congrès réclame la liberté de réunion et d’association, le droit au travail, un salaire décent et les assurances chômage, vieillesse et maladie. Il affirme sa volonté d’indépendance vis-à-vis de l’État, des partis et de l’idéologie socialiste pour se pencher sur l’étude pratique des revendications citées en introduction par le Comité d’initiative. Il est remarquable que, durant la réunion, seuls les ouvriers eurent le droit de s’exprimer. Ce congrès, où se côtoient des mutualistes, des coopérateurs et des syndicalistes, est, à sa manière, un pas vers la construction du syndicalisme autonome.

Les communards socialistes en exil, par la plume d’Édouard Vaillant, critiquent violemment cette autonomie d’action, traitant les délégués de « syndicaux de formation versaillaise, auxiliaires et point d’appui du monde bourgeois ». Cette forme d’indépendance syndicale dérange, dans les rangs des militants marxistes comme Vaillant et Chabert. En revanche, proudhoniens et positivistes résistent à la propagande politique. Les collectivistes repassent à l’offensive lors du troisième congrès de Marseille en octobre 1879. Ils réussissent à faire voter un texte demandant « la collectivité du sol, du sous-sol, des instruments de travail et des matières premières ». Ils tentent, sans succès, d’affirmer la primauté du politique sur le social. Leur but ultime : la création d’un parti des travailleurs. Mais le syndicalisme français résista à cette tendance, contrairement à ses homologues allemands, belges et hollandais.