Éditoriaux du Secrétaire général de FO

JC Mailly : « On ne peut pas plaire à tout le monde »

, Jean-Claude Mailly

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Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

On ne peut pas plaire à tout le monde est certes le titre d’une émission télé (ONPP), mais c’est aussi ce que l’on pourrait appeler une évidence de tous les jours et en tous lieux, y compris à Force Ouvrière.

Il n’y a d’ailleurs aucune raison pour que Force Ouvrière soit un monde de Bisounours.

Nos débats sont inhérents à notre démocratie syndicale et à nos statuts, et c’est bien ainsi.

Que s’expriment des désaccords n’a rien de nouveau et on peut régulièrement le mesurer dans nos instances.

De tout temps à FO il y a eu des minoritaires (dixit le premier secrétaire général de FO, Robert Bothereau) mais pas de minorités, c’est-à-dire de courants politiques organisés, ce qui de facto conduirait à affaiblir l’objectif de l’unité au profit de joutes politiciennes et de recherche de majorité, pouvant d’ailleurs fluctuer au gré du temps et /ou du contexte.

La dernière période n’y échappe pas. S’y ajoute, en l’occurrence, la perspective de notre prochain congrès confédéral à Lille fin avril 2018. La composition de la future Commission exécutive confédérale ou les débats qui auront lieu dans les différentes résolutions qui seront discutées et votées par les syndicats au congrès alimentent forcément certaines spéculations.

Nous n’avons pas tous la même conception du réformisme militant ou exigeant.

Certains, dont je suis, considèrent que si nous pouvons négocier ou concerter, il faut le faire en tenant compte du contexte. Mobiliser si tel n’est pas le cas ou selon le résultat, mobiliser quand on l’estime nécessaire et possible.

Selon les moments, d’autres ont tendance à vouloir manifester avant de discuter. S’il est vrai que depuis des années, en France comme ailleurs, la situation sociale et économique est plus que difficile pour les salariés et que le doute s’installe vis-à-vis des gouvernants quels qu’ils soient, il n’en reste pas moins que nous devons rester fidèles à ce que nous sommes. Il en va de notre crédit auprès des travailleurs.

À celles et ceux qui rêvent de réintroduire au sein de FO le débat entre syndicalisme de contestation et syndicalisme d’accompagnement, parce qu’ils se sentent orphelins d’une concurrence au secrétariat général de FO, je leur dis qu’il est inutile de perdre leur temps sur un sujet réglé depuis maintenant près de trente ans : négociation et contestation sont nos deux références, mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs… Certains auraient souhaité (peut-être le souhaitent-ils encore ?) que je remette mon mandat de secrétaire général avant le congrès de Lille. Comme si le syndicat était le fait d’un seul individu, au mépris de la démocratie, des débats et des statuts.

Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge

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Éphéméride

20 octobre 1876

Le congrès de la salle de la rue d’Arras
Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne. Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, (...)

Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne.

Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, le gouvernement dissout la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris. Un an plus tard, une restauration monarchiste échoue de très peu. Mais aux élections législatives de février-mars 1876, royalistes et bonapartistes n’obtiennent que 155 sièges contre 360 aux républicains. Or, ces derniers ne sont pas hostiles au mouvement ouvrier. Les travailleurs de Besançon en profitent et créent le premier syndicat de l’horlogerie en 1876, en liaison avec le puissant mouvement suisse.

C’est dans ce contexte qu’a lieu le congrès de la salle d’Arras, à Paris, le 20 octobre 1876. Les chambres syndicales parisiennes réussissent à organiser un congrès réunissant 360 délégués dont 255 de Paris. D’entrée le Comité d’initiative se démarque du politique. Il déclare, avec des accents qu’on qualifierait aujourd’hui d’ouvriéristes : « Tous les systèmes, toutes les utopies que l’on a reprochés aux travailleurs ne sont jamais venus d’eux. Tous émanaient de bourgeois, bien intentionnés sans doute, mais qui allaient chercher les remèdes à nos maux dans des idées et des élucubrations, au lieu de prendre conscience de nos besoins et de la réalité ».

Le congrès réclame la liberté de réunion et d’association, le droit au travail, un salaire décent et les assurances chômage, vieillesse et maladie. Il affirme sa volonté d’indépendance vis-à-vis de l’État, des partis et de l’idéologie socialiste pour se pencher sur l’étude pratique des revendications citées en introduction par le Comité d’initiative. Il est remarquable que, durant la réunion, seuls les ouvriers eurent le droit de s’exprimer. Ce congrès, où se côtoient des mutualistes, des coopérateurs et des syndicalistes, est, à sa manière, un pas vers la construction du syndicalisme autonome.

Les communards socialistes en exil, par la plume d’Édouard Vaillant, critiquent violemment cette autonomie d’action, traitant les délégués de « syndicaux de formation versaillaise, auxiliaires et point d’appui du monde bourgeois ». Cette forme d’indépendance syndicale dérange, dans les rangs des militants marxistes comme Vaillant et Chabert. En revanche, proudhoniens et positivistes résistent à la propagande politique. Les collectivistes repassent à l’offensive lors du troisième congrès de Marseille en octobre 1879. Ils réussissent à faire voter un texte demandant « la collectivité du sol, du sous-sol, des instruments de travail et des matières premières ». Ils tentent, sans succès, d’affirmer la primauté du politique sur le social. Leur but ultime : la création d’un parti des travailleurs. Mais le syndicalisme français résista à cette tendance, contrairement à ses homologues allemands, belges et hollandais.