La Dépêche du 12 mai 2017

Jean-Claude Mailly sur Macron : « j’attends de voir sa conception du dialogue social »

, Jean-Claude Mailly

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Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

« Ce vendredi à la salle des fêtes de Rodez a lieu le dernier congrès de Force Ouvrière Aveyron avec René Mori à sa tête en présence du secrétaire général du syndicat Jean-Claude Mailly. » La Dépêche

Force Ouvrière est le premier syndicat en Aveyron qu’en est-il au niveau national ?

Je tiens d’abord à saluer le travail effectué, sur le terrain, par les militant(e) s Force Ouvrière de l’Aveyron.
Jean-Claude Mailly : Au plan national FO est la 3e grande confédération dans le secteur privé, première dans la Fonction Publique d’État. En France il y a, comme ailleurs, trois grandes organisations syndicales qui se détachent du peloton.

Que vous inspire la perspective de la fin d’une gestion paritaire d’un organisme comme l’Unédic ?

C’est une erreur. Aujourd’hui la responsabilité des interlocuteurs sociaux (syndicats-patronat) est la négociation de la convention d’assurance chômage qui fixe le niveau des cotisations et des prestations. Pour le reste la gestion même du système (Pôle emploi) est de la responsabilité de l’État. Ce que je crains c’est que les motivations de l’étatisation ont prioritairement comme objectif la réduction plus rapide du déficit, pour rentrer dans les engagements européens, au détriment des chômeurs.
En d’autres termes il faut donner des « gages » à l’Allemagne en matière de réformes structurelles (flexibilité) et de réduction du déficit.

Quelles mesures pourraient prendre Emmanuel Macron susceptibles de vous satisfaire ?

Elles sont nombreuses : soutenir le pouvoir d’achat, conditionner les aides publiques aux entreprises, préserver le service public républicain et sa présence sur tout le territoire, réformer la fiscalité pour la rendre plus juste et équitable, réviser les traités européens.
Dans ce qu’il a annoncé, je soutiens, par exemple, l’idée d’un droit à l’erreur pour les TPE/PME. J’attends de voir par ailleurs sa conception du dialogue social et du respect de la liberté de négociation qui devrait conduire les pouvoirs publics à ne pas légiférer, y compris par ordonnances, à tout bout de champ.
Sur tous ces points les semaines à venir seront importantes.

Nouveaux paysages politiques, nouvelle économie, nouvelles formes de travail dans un capitalisme de plus en plus numérique, quel avenir pour le syndicalisme ?

Tant qu’il y aura des salariés il y aura des syndicats ! Et le nombre de salariés ne diminue pas.
Le syndicalisme est un élément essentiel de la démocratie.
Maintenant nous tenons compte des évolutions. Par exemple, nous venons de créer un syndicat important des VTC (Uber, etc.) qui veulent ou être salariés, ou être réellement indépendants, c’est-à-dire sortir de la zone grise actuelle ou ils doivent travailler 60 à 70 heures par semaine pour gagner 900 €/mois.
Sur le plan politique général, et non politicien, nous vivons une époque inédite, les deux grands partis ayant fait l’alternance étant affaiblis. Il faudrait que le Président de la République, légitimement élu avec 66 % des voix exprimées, tienne compte de l’analyse du scrutin, et notamment que beaucoup de gens ont voté pour lui pour faire barrage à l’extrême droite.
Cela suppose notamment qu’il ne soit pas socialement clivant et qu’il ne passe pas en force.

Voir en ligne : La Dépêche