Jessica Goffin : Avant, le CHSCT faisait trembler la direction

InFO militante par Clarisse Josselin, L'Info Militante

Jessica Goffin, 39 ans, est secrétaire du CSE de la direction opérationnelle Centre de Carrefour Market en région Centre-Val-de-Loire. Si FO a bien négocié l’accord sur le passage au CSE en termes de moyens, la militante déplore la disparition du CHSCT.

À  18 ans, Jessica Goffin a quitté sa Normandie natale pour la région de Blois. Après deux ans de petits boulots elle entre en CDI chez Champion, enseigne du groupe Carrefour. Huit mois plus tard elle se présente aux élections : J’ai toujours été déléguée de classe et je me suis dit que j’allais continuer à représenter mes collègues, explique la militante. Aucun syndicat n’étant présent dans l’entreprise, elle est élue sans étiquette.

À la suite d’un conflit avec son employeur, elle contacte différents syndicats. FO est le seul à lui venir en aide. En retour, lorsqu’elle se représente aux élections c’est avec FO : Mes collègues ont vu mes actions, peu à peu ils m’ont fait confiance et nous sommes devenus le deuxième magasin le plus encarté de France, se félicite Jessica.

Aujourd’hui, FO, majoritaire, représente 49 % des voix au CSE de la direction opérationnelle Centre de Carrefour Market, qui regroupe trente-sept magasins.

La militante, fraîchement élue secrétaire du CSE, est également élue au CSE central et aux CSSCT régionales et centrales. Grâce à l’accord négocié au niveau national par FO, elle estime que le regroupement des IRP au sein du CSE en 2019 n’a pas été trop douloureux en termes de moyens.

La soixantaine de représentants de proximité − avec une présence dans chaque magasin − remplacent peu ou prou les anciens délégués du personnel. Idem pour les heures de délégation, dont le nombre est quasiment resté identique.

Mais le drame avec le CSE, c’est que le CHSCT n’existe plus, poursuit-elle. Avant, il faisait trembler la direction. On déboulait dans un magasin et le problème était réglé tout de suite. Aujourd’hui, la commission CSSCT a perdu en crédibilité et n’a plus autant de pouvoir. Il n’y a même plus le terme hygiène alors qu’on travaille dans le domaine alimentaire.

FO combat les mises en location-gérance chez Carrefour Market

Jessica évoque notamment des enquêtes qui n’ont plus ni queue ni tête, et seulement cinq heures par mois à consacrer aux questions de santé et de sécurité, pourtant essentielles concernant les conditions de travail. Autre frein, les expertises, autrefois payées par l’employeur, sont désormais à la charge du CSE, sauf risque grave.

Pourtant la problématique du manque de personnel et de la dégradation des conditions de travail est prégnante. L’une des premières revendications de FO concerne les embauches. Par mesure d’économies, on est passés de trois salariés à un seul pour exécuter certaines tâches, ce qui augmente les risques de TMS et de pression psychologique, poursuit-elle. Malgré ses mandats syndicaux, la militante garde un pied sur le terrain et la proximité avec les salariés.  Je travaille à l’accueil du magasin mais je connais à peu près tous les postes et mesure la pénibilité de chaque tâche.

La militante combat aussi les mises en location-gérance (LG) de magasins, qui se multiplient. Elle-même concernée, elle a été mutée fin octobre à Lamotte-Beuvron afin de pouvoir rester dans un magasin encore intégré, à une heure de route de chez elle. Les salariés impactés par une location-gérance quittent le groupe Carrefour, perdant ainsi la participation et l’intéressement, soit environ 20 % de pouvoir d’achat, et le bénéfice des accords collectifs.

Toutefois, grâce à une clause sociale négociée par FO en 2018, les salariés repris conservent durant quinze mois leurs avantages sociaux. Pour les informer et les défendre, un syndicat national FO-LG et franchisés Carrefour a été créé en juin dernier.

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

L'Info Militante

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