L’instrumentalisation du chômage

Histoire par Christophe Chiclet, L’Info Militante

© Ville de Paris Bibliothèque historique

Le chômage moderne est né avec la révolution industrielle et l’apparition du salariat. Il s’agit, entre autres, d’un moyen de pression du patronat sur la classe ouvrière et l’ensemble du monde du travail.

Chômer vient du latin cauma, que l’ on peut traduire par se reposer par la chaleur. Le mot chômage apparaît au XIIIe siècle et chômeur seulement au milieu du XIXe. La Fontaine, dans sa fable Les membres et l’estomac, fait dire aux organes du corps lassés de travailler pour l’estomac : Chômons, c’est un métier qu’il veut nous faire apprendre. Karl Marx, dans Le Capital (1867), va droit au but, estimant que les chômeurs sont une armée industrielle de réserve.

Depuis le début du XXe siècle, le chômage est officiellement défini par une norme du BIT : Est chômeur toute personne de 15 ans et plus qui remplit les critères suivants : être sans travail, c’est-à-dire ne pas avoir d’activité, même minimale, pendant la semaine de référence ; être disponible pour travailler, c’est-à-dire être en mesure d’accepter toute opportunité d’emploi qui se présente dans les quinze jours ; rechercher un emploi. Et selon le BIT, le taux de chômage c’est le nombre de chômeurs au sens du Bureau, divisé par la population active. Mais malheureusement cette équation est rarement respectée par les gouvernements.

De l’Antiquité à nos jours

Les Grecs avaient inventé une parade au risque de chômage. Quand il y avait trop de bras dans la cité, ils les envoyaient fonder des colonies sur d’autres rivages. Sous l’Ancien Régime, la pauvreté était plus que courante, entraînant mendicité et vagabondage (les SDF de l’époque). Les rois ont donc créé des « ateliers de charité » ou « maisons du travail » pour les premiers, la prison pour les seconds. La révolution de février 1848 met en place les Ateliers nationaux pour les ouvriers parisiens sans emploi. Il faut attendre 1896 pour voir apparaître en France les premières statistiques sur le chômage.

La crise de 1929 fait exploser le chômage dans le monde (25 % aux États-Unis, 33 % en Allemagne). À la Libération, le plein emploi est une revendication du programme du CNR. De Gaulle, à peine revenu au pouvoir, incite à la création d’un système d’assurance chômage (Assedic, Unédic) et déclare : Il va être fondé, institué par coopération entre le patronat et les syndicats, un fonds destiné au maintien de l’emploi et assurant aux travailleurs qui tomberaient en chômage un supplément portant l’allocation aux environs du salaire minimum. Le régime d’assurance chômage voit le jour le 31 décembre 1958. Les premières agences de l’ANPE ouvrent le 13 juillet 1967. L’ANPE, en fusionnant avec les Assedic, devient Pôle emploi en 2008. Mais depuis 1993, les gouvernements n’ont de cesse de rogner les droits des chômeurs.

 

Jean-Louis Vives (1492-1540)
Ce philosophe humaniste estime, dans son traité De subventione pauperum, que la charité encourage les pauvres à ne pas chercher de travail et propose une intervention de l’État pour créer des emplois. Il est le premier à avoir eu cette idée.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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