La grève générale du 12 février 1934

Histoire par Christophe Chiclet

Gallica : La grêve des 24 heures : le défilé des manifestants : [photographie de presse] / Agence Meurisse

Face à une tentative de coup d’État fasciste en France, la classe ouvrière a fait front très rapidement, prémices d’une réunification syndicale qui allait permettre la victoire du Front populaire deux ans plus tard.

Début 1934 le contexte politique est particulièrement tendu, tant en France qu’en Europe. La crise de 1929 a laissé des traces. Les dictatures se sont installées en Italie, au Portugal et en Allemagne. En URSS, Staline, désormais maître du Kremlin, a organisé la famine ukrainienne, faisant deux à trois millions de morts.

En France la IIIe République est secouée par l’affaire Stavisky. Il s’agit d’une escroquerie de 200 millions de francs montée avec le Crédit municipal de Bayonne. Des politiciens locaux et nationaux sont impliqués. La police découvre le pot aux roses en décembre 1933. L’escroc est un certain Serge Alexandre Stavisky (1886-1934), juif ukrainien. Bref, du pain béni pour l’extrême droite française antisémite et antirépublicaine. Dans des circonstances fort étranges, l’homme sera déclaré suicidé à Chamonix le 8 janvier 1934. Les doutes planent sur un acte délibéré.

À l’époque les différents partis d’extrême droite peuvent compter sur 200.000 militants. Il y a l’Action Française de Charles Maurras (1868-1952) et les Camelots du roi, deux groupes royalistes vomissant 1789. Il y a aussi les Jeunesses patriotes (proto-fasciste) et les Croix de feu du Colonel de la Rocque (1885-1946), issus des anciens combattants de 14-18, patriotes-réactionnaires. La plupart de ces hommes formeront l’ossature du régime de Vichy et de sa milice.

Le 6 février 1934, les Ligues appellent à manifester devant la Chambre des représentants (le parlement) avec l’idée d’y entrer. Ils sont plus de 30.000 à crier « à bas les voleurs », « mort à la gueuse » (la République), « dehors les métèques ». Ils sont armés de révolvers, mais aussi de cannes avec des lames de rasoirs pour couper les pattes des chevaux des gendarmes, ainsi que des billes de plomb. Le soir même, le PCF, via l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants) appelle à la contre-manifestation avec comme slogan : « aux usines, aux chantiers, aux gares, manifestez contre les bandes fascistes ». Bilan : 15 morts dont un policier et 655 blessés.

La contre-offensive ouvrière

Le radical Daladier, président du conseil (ce qui équivaudrait aujourd’hui au poste de Premier ministre) depuis le 30 janvier, démissionne le lendemain. Léon Blum, dirigeant de la SFIO, parle de « manifestation fasciste et royaliste » et dira : « La République n’est pas une prostituée qu’on ramasse dans le caniveau ».

Le 9 février, le PCF et la CGT-U appellent à manifester, mais sans unité d’action. En effet, depuis plusieurs années, sur ordre de Moscou, les PC appliquent la politique de « classe contre classe », attaquant autant les socialistes que la droite. Cette stratégie a grandement facilité l’arrivée d’Hitler au pouvoir ! Mais en province plusieurs manifestations sont unitaires.

Quant à la CGT, elle appelle à la grève générale le 12 février. Elle sera suivie par 4 millions de grévistes. Du jamais vu en France. À Paris, deux manifestations sont organisées, l’une par le PC/CGT-U et l’autre par la CGT et la SFIO. Elles doivent converger place de la Nation et sur le cours de Vincennes. Là les militants se rejoignent aux cris d’ « Unité, unité » et fusionnent. En effet, la scission n’a qu’une dizaine d’année (1920-1921) et à la base, les militants sont parfois restés proches.

En tête de manif à Paris une grande banderole : « Nous faisons serment solennel de rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses. Pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine ». Ce jour-là dans toute la France, ils seront plus d’un million à battre le pavé.

À Moscou, virage à 180°. Staline abandonne sa doctrine de « classe contre classe » pour appeler à la création de Fronts populaires réunissant communistes, socialistes, radicaux et autres centristes de gauche. Trois pays vont mettre en place ces Fronts populaires (France, Espagne, Grèce), dont deux arriveront au pouvoir aux élections de 1936.

Au niveau syndical, la réunification est décidée en septembre 1935 et officialisée au congrès de Toulouse en mars 1936. Les Confédérés disposent d’une majorité des deux-tiers, Jouhaux reste Secrétaire général, avec quatre adjoints (les 4B : Belin, Bothereau, Bouyer, Buisson), face à deux Unitaires (Frachon, Racamond).

Trois mois plus tard, le Front populaire gagne les élections. La grève générale du 12 février 1934 aura donc été décisive dans le mouvement de mai-juin 1936.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

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