La « mafiosité » de la tomate italienne

Consommation par Michel Pourcelot

Le scandale de la tomate italienne vient d’éclater. La mafia aurait organisé un trafic fructueux : revendre comme made in Italy des tomates de piètre qualité produites à l’étranger, en outre dans des conditions sociales calamiteuses.

L’enquête aura duré deux ans : le journaliste Jean-Baptiste Malet l’a publiée dans son livre L’Empire de l’or rouge : enquête mondiale sur la tomate d’industrie, publié le 17 mai dernier chez Fayard. Il y relate comment la mafia italienne, notamment la Cosa Nostra (Sicile), la Sacra Corona Unita (Pouilles) et la Camorra (région de Naples), se fournit en tomates à très bas prix à l’étranger avant de les revendre – en coulis, concentré et autres dérivés – comme provenant d’Italie, évitant de surcroît les droits de douane. q>Avec la libre circulation des biens, notamment des produits agricoles ou issus de l’agroalimentaire, il est très difficile de tout contrôler. Et puis, la réglementation est aussi responsable de cette situation. Les produits labellisés made in Italy ont souvent le droit de l’être car ils sont fabriqués, élaborés en Italie, même s’ils le sont essentiellement à partir de concentré de tomates de Chine fourni par la mafia, explique l’auteur.

L’empire du Milieu, roi de la tomate

15,4

C’est le nombre de milliards de dollars générés par le trafic de tomates de l’« agromafia » selon l’auteur de l’enquête.

Les tomates low cost viennent principalement des États-Unis et d’Espagne, mais surtout de Chine. L’empire du Milieu en est le premier producteur mondial, devant les Américains. En Chine, la culture des tomates se fait dans des conditions de travail terribles, surtout dans le Xinjiang, au nord-ouest du pays. Au grand bénéfice de conglomérats, souvent tenus par des généraux et fournissant nombre de géants mondiaux de l’agroalimentaire. Et quand la tomate vient réellement d’Italie, les ouvriers agricoles sont pour beaucoup des migrants, sous-payés et pratiquement tous non déclarés par « l’agromafia », comme l’appelle Jean-Baptiste Malet. Gagnant entre 1,16 et 1,33 centime d’euro par kilo de tomates ramassé, ce sont dans la quasi-totalité des Africains, Bulgares ou Roumains. Ainsi la tomate, la « pomodoro », peut transformer l’argent sale en or. Bref, comme le souligne J.-B. Malet, derrière ce produit banal se cache une violence extrême [1]

 

Zoom : À la sauce lobby
Disputant à la pomme de terre le titre d’aliment le plus consommé au monde, la tomate est un ingrédient essentiel pour les multinationales de l’agroalimentaire. Leurs lobbys ont même réussi, en 2011, à faire classer par le Congrès américain la sauce tomate pour pizza comme un légume dans les menus des écoles.

Michel Pourcelot Journaliste

Notes

[1L’Empire de l’or rouge, Jean-Baptiste Malet, éditions Fayard, 288 pages, 19 euros.

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