[Livre] Les catastrophes naturelles au Moyen Âge

Culture par Corinne Kefes

Donner du sens

Le mot catastrophe apparaît pour la première fois chez Rabelais où il a le sens de dénouement théâtrale d’une intrigue. Son sens figuré se précise seulement au 17e siècle pour évoquer un malheur extraordinaire.

Au Moyen Âge, les phénomènes naturels extrêmes sont désignés comme des prodiges : il n’y a pas de fabrication d’un concept abstrait, pas d’élaboration d’une science spécifique, pas de tentative de rationalisation au sens de l’observation de l’événement pour lui-même. Pas plus d’ailleurs d’attention particulière pour les victimes ou les conséquences. L’enjeu premier à cette époque est de déterminer la signification de ce qui s’est passé, sa finalité, le pourquoi.

On est là dans une histoire des représentations : la perception de la catastrophe est le reflet d’un mode de rapport au monde. Ainsi au Moyen Âge, ce qui prime c’est Dieu : la catastrophe est une punition ou un avertissement, c’est un signe qui doit être déchiffré pour en connaître la cause. La symbolique l’emporte sur la description naturelle, même s’il existe une perception réaliste des causes d’une catastrophe, selon des règles naturelles admises, qui intègre la conscience de l’action de l’homme sur le paysage.

Cette vision de la catastrophe façonne aussi les réactions à cet événement : on assiste à une forte ritualisation (dévotions, processions) plus qu’à une réelle action matérielle (aide aux victimes, mesures d’anticipation). Il faudra attendre le 16e siècle pour avoir une perception plus humaniste de la catastrophe, amorçant la notion moderne qui est la nôtre aujourd’hui.

Les catastrophes naturelles au Moyen Âge de Thomas Labbé. Éditions Biblis – CNRS, 349 pages, 12 euros.