Malgré un plan de suppressions de postes, le laboratoire Boiron participe à la lutte contre le Coronavirus

Emploi et Salaires par Elie Hiesse

© Frédéric MAIGROT/REA

Bien qu’il ait annoncé une réduction drastique de près qu’un quart de ses effectifs, qu’il motive par le déremboursement programmé de l’homéopathie, le leader mondial participe pleinement à la lutte contre le Covid-19. Depuis le lundi 23 mars, il produit du gel hydro-alcoolique pour fournir l’Établissement français du sang (EFS) et les pharmacies, sur deux de ses trois sites de production français.

Depuis le 23 mars, les laboratoires Boiron ont commencé à produire du gel hydroalcoolique dans leur usine de Messiny, près de Lyon (Rhône), où une ligne de production dédiée a été lancée, mais également dans celle de Montrichard (Loir-et-Cher), à proximité de Tours.

La première, qui est localisée au siège social, répond à une sollicitation de la Direction générale de la santé et va fournir en priorité l’Établissement français du sang (EFS), à hauteur de plusieurs centaines de litres par jour. La seconde a réagi à la demande d’un collectif de pharmaciens d’Indre-et-Loire, mais aussi du Loir-et-Cher, réunissant au total trois cents officines : elle va leur livrer du gel en bidon de 5 litres, charge à ceux-ci de les reconditionner.

La décision s’est imposée, malgré le choc des annonces faites le 12 mars en comité social et économique central (CSE-C). Face au déremboursement programmé de l’homéopathie décidé par l’exécutif, le leader mondial du secteur a décidé de supprimer 646 postes en France, soit environ un quart de ses effectifs dans le pays ! Au total, treize des trente et un sites de Boiron seront fermés, dont l’une des trois usines de production : justement celle de Montrichard (70 salariés), aujourd’hui en première ligne sur le front du Covid-19.

Chapeau bas !

Vu le contexte, les salariés de Boiron font preuve d’un professionnalisme et d’une dignité qui doivent être soulignés. Il n’y a qu’une chose à dire : chapeau bas ! Demain, ils vont perdre leur emploi parce que le laboratoire n’a pas été considéré par l’exécutif comme une entreprise fabriquant du médicament. Malgré cela, ils montrent qu’ils restent des professionnels du monde de la santé, pleinement mobilisés pour rendre service au pays, souligne Vincent Mounier, le délégué syndical central FO. Mais le militant ne cache pas l’important sentiment d’amertume existant chez certains salariés.

L’ampleur de la restructuration, qui concerne uniquement la partie française (soit 2 500 salariés sur 3 700), a surpris les syndicats. Elle est nécessaire pour pérenniser l’entreprise, affirme le laboratoire. Par cette réorganisation drastique, il anticipe le déremboursement total de l’homéopathie au 1er janvier 2021. Une mesure annoncée en juillet 2019 mais contre laquelle il bataille encore, l’Hexagone représentant près de 60 % de ses ventes. En octobre il a saisi le Conseil d’État, lui demandant d’annuler les décrets pris, pour procédure irrégulière et erreur d’appréciation sur l’utilité de l’homéopathie.

En 2019, le groupe a vu son bénéfice net chuter de 29 % (à 40,6 millions d’euros) et ses ventes annuelles reculer de presque 8 %, et ce, alors même que le déremboursement n’avait pas encore eu lieu. Il est intervenu partiellement en janvier 2020 : depuis le début de l’année, l’homéopathie n’est remboursée qu’à 15 % (contre 35 % depuis 2003).

La crainte de faibles possibilités de reclassement

Dans le détail, le laboratoire ferme douze de ses vingt-sept établissements de préparation-distribution, à Avignon, Belfort, Brest, Grenoble, Limoges, Niort, Paris-Bois-d’Arcy, Paris-Ivry, Pau, Rouen, Strasbourg et Toulon. Sur les sites conservés, les équipes seront redimensionnées et les effectifs commerciaux complètement réorganisés pour s’adapter à la nouvelle donneEn distribution, la moitié des postes vont disparaître, précise Vincent Mounier. Si le laboratoire Boiron prévoit 134 créations de postes, les reclassements internes risquent d’être réduits à peau de chagrin, selon le militant FO.

Bien que présente dans tous les esprits, la restructuration est pour l’instant suspendue. Vu l’ampleur de la réorganisation, il est inenvisageable de négocier au téléphone ou à distance, martèle le militant FO. Priorité a été donnée à la mise en place des mesures de sécurité et de préservation de la santé des salariés sur les sites, ainsi qu’aux réorganisations consécutives à la mise en place du télétravail, quand il est possible. Bref, à la mobilisation dans la crise.

Sans pourtant, regrette Vincent Mounier, que les salariés dont les postes seront demain supprimés puissent espérer tirer bénéfice de cet investissement. Le réveil (salutaire) de l’exécutif sur la nécessité d’une indépendance sanitaire est bien tardif, déplore-t-il encore. Avec la crise, les politiques ne parlent aujourd’hui que de préserver une production industrielle suffisante. Or, en prenant la décision de dérembourser l’homéopathie, ils ont détruit une partie de cet appareil industriel : l’un des trois sites de fabrication Boiron va fermer. Et de rappeler que, depuis l’origine, la production Boiron est 100 % française.

Elie Hiesse Journaliste à L’inFO militante

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