Emploi et Salaires

Marins des grands ports : à quand des droits égaux à ceux des sédentaires ?

, Valérie Forgeront

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Les marins embarqués affectés aux services de dragage des onze grands ports maritimes (GPM) demandent à percevoir le « supplément familial de traitement » (SFT) octroyé à tous les salariés sédentaires qui ont des enfants. FO soutient cette revendication de longue date face au patronat des grands ports qui non content de persévérer dans son refus à effacer cette inégalité propose des mesures amenant davantage d’injustice pour l’ensemble des salariés.

Il s’agit tout simplement de réparer une injustice souligne Etienne Castillo, secrétaire fédéral chargé du secteur maritime et portuaire au sein de la fédération FO de l’Equipement, de l’Environnement, des Transports et Services (FEETS-FO).

Lorsqu’ils ont des enfants, les marins embarqués (400 à 500 salariés affectés au dragage des ports) des onze grands ports maritimes de France (les GPM créés par la réforme de 2008) ne bénéficient pas du « supplément familial de traitement », le SFT. En revanche, les salariés sédentaires (environ 8 000 salariés : ouvriers, administratifs…) de ces ports (Le Havre, Nantes/Saint-Nazaire, Marseille…) perçoivent eux ce supplément de rémunération.

Le SFT est accordé aux sédentaires en fonction du nombre d’enfants et le percevoir n’est pas négligeable. Pour un enfant, ce supplément est certes minime à 2,29 euros. Mais pour deux enfants, le SFT varie entre 73,79 euros et 111,47 euros. Pour trois enfants, il varie entre 183,56 euros et 284,03 euros.

Créer une injustice supplémentaire ?

Les marins affectés au dragage des ports demandent depuis des années à percevoir cette indemnité. Pour FO c’est une revendication de longue date indique Etienne Castillo pointant cette inégalité qui perdure entre sédentaires et navigants. Et de résumer : élever un enfant ne coûte pas moins cher lorsque l’on est embarqué ! Ces marins des ports travaillent selon un rythme de quatre jours de travail/quatre jours de repos ou de 7 jours sur 7.

Alors que la convention collective des marins des GPM fait actuellement l’objet d’une renégociation, FO a réitéré sa revendication à propos du SFT. Depuis des années le patronat des GPM estimait que ce sujet devait attendre la renégociation de la convention collective… C’est donc le moment. Les employeurs ne semblent pas prêts toutefois à effacer cette inégalité entre salariés.

Cerise sur le gâteau s’indigne Etienne Castillo aujourd’hui les GPM proposent un deal en dehors de la convention collective. Il faudrait selon eux baisser le niveau de la revalorisation annuelle des salaires afin de payer le SFT des navigants.

Concrètement explique le militant alors que cela fait des années que les GPM réalisent des économies budgétaires en n’accordant pas le SFT aux marins, ils proposent maintenant de faire 50/50 pour supprimer cette inégalité. D’accord pour octroyer le SFT aux marins si l’ensemble des salariés, dont les marins, acceptent de percevoir une moindre revalorisation de leurs salaires que prévue.

FO a contesté cette étrange philosophie consistant à mettre à mal le pouvoir d’achat de tous afin d’effacer une inégalité aberrante entre deux groupes de salariés. Cette attitude patronale dégrade par ailleurs les relations déjà tendues entre les salariés et les directions des GPM notamment depuis l’an dernier et l’interruption de la renégociation de la convention collective des marins des grands ports.

Les étranges calculs des GPM

La question du temps de travail était au cœur du problème…. Elle l’est toujours cette année alors que la négociation reprend. Ainsi rappelle FO alors que le nombre légal d’heures de travail par an est de 1 607 heures le patronat des GPM veut le maintien d’un temps de travail annuel à 1 744 heures comprenant une forfaitisation de 137 heures supplémentaires, cela sans comptabiliser les heures de transport des marins entre le port et le lieu d’embarquement. Les employeurs refusent par ailleurs de déclarer que la durée de 1 744 heures doit être une durée maximum.

Autre problème d’importance ? La Convention collective n’a pas d’existence juridique et n’est pas référencée par le ministère du Travail indique FO. Il s’agit en fait d’un accord national qui ne s’impose pas aux ports. Au mieux, ils en ont repris les dispositions dans un accord d’entreprise. La solution à ce problème résiderait dans la reconnaissance de la branche [marins des ports, NDLR] par le ministère du Travail explique Etienne Castillo.

Pour l’instant dans le cadre de la renégociation de cette convention collective qui n’en est pas vraiment une, FO a remis sur la table ses revendications dont celle portant sur le SFT.

Les patrons des GPM arguent désormais du coût qu’induirait l’octroi de cette indemnité aux marins. Cela augmenterait la masse salariale des ports de 1% à 3% assurent-ils. En réalité pris indique FO, le coût d’une telle mesure avoisinerait plutôt les 15 000 euros.

C’est donc une peccadille souligne FO qui entend évoquer une nouvelle fois la revendication d’un SFT pour les marins lors de la négociation sur les salaires d’ici quelques semaines.

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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