Nouvelle-Calédonie : le combat de FO pour que le droit du travail s’applique

Portrait par Valérie Forgeront, journaliste L’inFO militante

Légende Photo : noms ... etc © F. BLANC

Ils habitent la Nouvelle-Calédonie, ce bel ensemble d’îles du Pacifique organisé en une collectivité d’outre-mer à statut particulier. Trois membres de la Confédération FO des syndicats des travailleurs de Calédonie (CSTC-FO) étaient à Paris en novembre. Rencontre avec des militants. Non sous le signe du bleu des mers du sud mais de la lutte quotidienne de FO pour la défense des droits, souvent bafoués, des salariés de l’archipel.

Jérôme le Péchoux, 42 ans, est le nouveau secrétaire général de la Confédération FO des syndicats des travailleurs de Calédonie (CSTC-FO), élu le 7 juin dernier. Patrick Amory, 61 ans, est le secrétaire général adjoint chargé de la commission logistique. Ingrid Sako-Anton est chargée des secteurs de la formation, du développement et de la communication au sein de la CSTC. Ce sont une partie des membres de la nouvelle équipe qui a entrepris de développer davantage encore la voix de FO en Nouvelle-Calédonie.

L’organisation occupe déjà une place importante dans l’archipel. Du 6e rang syndical en 2012, FO est devenu le 3e syndicat dans le privé et le 4e dans le public. Nous sommes le seul vrai syndicat revendicatif. Les autres sont affiliés politiquement indique Jérôme Le Péchoux, natif de l’archipel et déplorant les discours ethniques de certains syndicats.

Sur le territoire, six organisations sont représentatives, quatorze ne le sont pas ajoute Ingrid, issue du secteur du logement social et arrivée – comme ses deux autres camarades – à la CSTC en 2012. Actuellement, la CSTC-FO compte une centaine de syndicats en son sein mais pour l’équipe, c’est presque qu’un début. L’axe fixé pour la mandature c’est le développement, la communication et la formation des militants pour qu’ils soient outillés au plan du droit. La CSTC veut aussi créer une section FO jeunes.

Ici, les richesses sont mal réparties

Tous ces objectifs passent déjà par une réorganisation totale de l’organigramme de la structure FO, et la tenue tous les mois d’un conseil syndical se félicite Jérôme le Péchoux.

Signe des difficultés de l’exercice syndical dans l’archipel, il y a deux ans, FO a dû protester auprès du gouvernement de Nouvelle-Calédonie et de la direction du Travail mais aussi aller en justice afin d’obtenir des décharges syndicales. Elles ont été obtenues. Signe aussi des complications pour faire valoir, quand cela le nécessite, les droits des salariés devant la justice : l’équipe FO déplore la présence d’un seul magistrat professionnel au sein du seul tribunal du Travail de l’archipel. Or, appuient les militants, la vie sur cette terre d’Océanie ne correspond pas vraiment à l’image idyllique que s’en font souvent les habitants de la métropole.

Ici, les richesses sont mal réparties. Il y a 12% de demandeurs d’emploi et le chômage des moins de 30 ans, atteint 28% se désole Ingrid rappelant au passage que les prix calédoniens sont plus élevés de 30% qu’en métropole. La création en octobre 2018 d’une sorte de TVA, la taxe TGC/taxe générale à la consommation (regroupant sept taxes) -affichant des taux entre 3% à 22% selon les produits- risque d’aggraver les choses. D’autant que l’encadrement des prix pendant un an s’est achevé en septembre dernier. Alors que les entreprises ont été invitées depuis un an à reconcevoir leur prix en intégrant le paramètre TGC, beaucoup d’employeurs ont déjà gelé les salaires s’indigne Jérôme.

Un Medef local qui se joue du droit

Au plan de l’emploi et des salaires, la situation des travailleurs est cependant déjà très difficile. Les multinationales, installées sur le territoire, abusent les salariés. Des unités de production, tenues par des riches, des grosses familles locales, ont fermé. Des capitaux sont partis… Alors, le quotidien de la CSTC-FO est constitué d’une lutte incessante contre les PSE, contre la transformation de salariés en sous-traitants, fait aussi du combat contre un Medef local qui se joue du droit, d’une difficulté à faire respecter les accords de branches….

Dans les entreprises poursuivent les militants on note souvent un non-respect des règles de sécurité, des contrats de travail, des salaires… Il y a encore beaucoup à rattraper pour faire simplement appliquer le droit du travail. FO se bat ainsi actuellement pour la mise en place sur le territoire d’un fonds de garantie des salaires.

Dans le secteur public, alors que le transfert de nombreuses compétences (hormis régaliennes) de l’État vers la collectivité (selon notamment l’accord de Nouméa de 1998) a participé à fragiliser les moyens budgétaires, la collectivité peine à payer les salaires. Certains agents en sont à deux mois de retard de salaire fulmine Ingrid.

L’action syndicale bloque un projet sur les retraites

Elle indique que le danger est grand de voir le gouvernement calédonien chercher à puiser dans les caisses de retraites ou dans le fonds social pour l’habitat. Le 22 mars dernier, à l’appel de FO notamment, les salariés ont dû faire grève et manifester contre la menace d’un report de l’âge légal du départ en retraite de 60 à 62 ans en 2026. Cette proposition faite au gouvernement du territoire émanait de certains membres – principalement le Medef – du comité directeur (paritaire) qui pilote le régime spécifique de retraites -à points- en vigueur en Nouvelle-Calédonie et géré par la Cafat.

Le patronat s’alarmant du déficit – très faible – du régime suggérait donc une détérioration des droits des salariés tout en refusant la proposition de FO de déplafonner les cotisations pour les plus riches. L’action syndicale a permis de retarder pour l’instant le projet sur les retraites s’est félicitée la CSTC-FO…