Outre-mer : focus sur La Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna et Polynésie

Coronavirus / Covid19 par Michel Pourcelot, journaliste L’inFO militante

Article publié dans le Dossier Coronavirus / Covid19
©Ania Freindorf/ZUMA/REA

Dans les Outre-mer depuis l’apparition du Covid-19, au moins 769 cas avérés ont été dénombrés dans huit territoires, au 31 mars. Six décès ont été déplorés en Guadeloupe, trois en Martinique, deux morts à Saint-Martin et un autre à Mayotte. La pauvreté, le sous-équipement des services de santé et le manque de matériel de protection contre le virus constituent un cocktail éminemment dangereux a dénoncé FO.

Point particulier sur La Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna et Polynésie.

« Nous ne voulons pas être les parents pauvres et les mendiants de la Santé publique, nous demandons les mêmes droits que sur le continent », déclarait, en juin 2018, le secrétaire général FO Santé Martinique, Jean-Pierre Jean-Louis. L’analyse était partagée par ses homologues FO ultramarins de la Guadeloupe, de Guyane, de La Réunion, de Mayotte, de Saint-Pierre-et-Miquelon et des îles Wallis-et-Futuna, alors qu’ils étaient tous réunis au siège de leur fédération des services publics et de santé FO (SPS FO). En mars 2020, face à la crise du Covid-19 la réalité des faits est là et leurs inquiétudes étaient légitimes. Ils n’ont pas été vraiment exaucés dans leur demande de droits alors que certains des territoires et départements d’Outre-mer sont déjà confrontés à d’autres épidémies comme le chikungunya, la dengue et même la grippe. Sous-équipé dans le domaine de la santé, l’Outre-mer doit aussi subir un manque de matériel de protection, dont bien sûr les masques. Cette insuffisance de moyens pour lutter contre le virus est d’autant plus problématique que le télétravail est loin être une pratique répandue en Outre-mer.

Une hausse des prix en Outre-mer, à l’occasion de la pandémie, était l’une des craintes exprimées par le secrétaire général de FO Yves Veyrier au lendemain même de l’allocution présidentielle le 17 mars. Il avait alerté sur « les cas de flambée des prix dans certains commerces alimentaires », apportant des exemples précis dont celui de packs de bouteilles d’eau à Mayotte passés de 6 à 9 euros. Le ministre de l’Economie avait alors indiqué qu’il était prêt à prendre une mesure de contrôle des prix analogue à celle prise pour les gels, ajoutant que les agents de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) seraient particulièrement mobilisés. Le 31 mars, la ministre des Outre-mer s’était aussi exprimée sur le sujet affirmant être « très vigilante sur les prix » et déclarant : « si cela devait continuer, je n’exclus pas l’idée de demander aux préfets de fixer les prix de certains produits dans le cadre de cette crise. ». Pour finir, le Premier ministre, interrogé sur le sujet par la mission d’information de suivi de la crise du Covid-19, le 1er avril, s’est dit lui aussi « vigilant » et a annoncé la mise en place d’une instance chargée de ce contrôle en liaison avec les Chambres de commerce et d’industrie (CCI).

La Nouvelle Calédonie

La Nouvelle-Calédonie comptait, au 5 avril, 18 cas de Covid-19 et un patient placé en réanimation. Précédées par la fermeture de l’aéroport international de Nouméa-La Tontouta le 20 mars, des mesures de confinement sont en vigueur depuis le 24 mars. Dans la rubrique droit et travail du site du gouvernement calédonien, il est indiqué : « Pour limiter les abus du droit de retrait, l’employeur peut rassurer les salariés en mettant à leur disposition des équipements de protection et des consignes de sécurités particulières ».

Wallis et Futuna

Les îles Wallis et Futuna, classées au stade 1 (empêcher la circulation du virus) de la pandémie, ne comptaient, au 30 avril, aucun cas avéré de Covid-A9. Les 11.000 habitants ne sont pas soumis, pour l’heure, à des mesures de confinement. Toutefois, les rassemblements de plus 100 personnes sont interdits. Si tous les vols passagers en provenance de Nouvelle Calédonie, seule porte d’entrée aérienne sur le territoire, ont été suspendus à la mi-mars, les accostages des cargos sont toujours autorisés par les chefferies à condition que toutes les mesures de sécurité soient prises et les contrôles sanitaires effectuées.

Polynésie

Depuis le premier cas de Covid-19 en Polynésie révélé le 11 mars, 41 cas ont été recensés, au 5 avril, en Polynésie française, cinq archipels regroupant quelque 280.000 personnes. Plusieurs organisations syndicales, dont la CSTP-FO (Confédération syndicale des travailleurs polynésiens), premier syndicat de salariés en Polynésie française, ont adressé, le 5 avril, un courrier à la ministre des Outre-mer. Elles réclament « la solidarité nationale pour les salariés », pour compenser l’indemnité allouée par les autorités locales inférieure à celle de la métropole et des Départements d’Outre-mer, la Polynésie étant une collectivité d’outre-mer, pourvue d’une large autonomie. Ces organisations demandent un « geste de l’État » dans la limite de 84% du salaire net. « Nous avons la fâcheuse impression que les salariés sont oubliés de cette affaire », ont-elles dénoncé alors que le 31 avril le Haut-Commissariat avait présenté des aides apportées par l’État aux entreprises et aux banques en Polynésie au nom de cette « solidarité nationale ».

De son côté, le syndicat FO des personnels de préfecture et des services du ministère de l’Intérieur a salué, le 31 mars, les « personnels qui, sept jours sur sept, travaillent (…) en s’exposant ainsi à des risques de contamination (…) pour servir toute la population polynésienne, l’accompagner le mieux possible dans cette épreuve terrible que nous vivons ». Le 26 mars, les transporteurs sanitaires avaient alerté les autorités sur les stocks insuffisants de masques et de gants mis à la disposition du personnel soignant. Une compagnie aérienne a été choisie par le gouvernement français pour maintenir une continuité́ entre la Polynésie française et la métropole, avec une priorité donnée au transport de fret médical, d’équipements de santé et de produits pharmaceutiques, à hauteur de 25 tonnes pour chaque vol.

Les territoires ultramarins



12 territoires constituent les Outre-mer et abritent quelque 2,6 millions d’habitants. Cinq sont des DROM (Départements et Régions d’Outre-Mer), étant à la fois des départements (DOM) et des régions (ROM) : la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion et Mayotte. Les sept autres sont des territoires d’Outre-mer (TOM) ou des Collectivités d’Outre-Mer (COM) : la Nouvelle-Calédonie, La Polynésie française, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), et les îles de Wallis-et-Futuna. Les îles des Antilles possèdent des statuts différents : Guadeloupe et Martinique sont des DOM-ROM, Saint-Barthélemy et Saint-Martin sont des COM. Au 5 avril, de tout l’Outre-mer, seules les îles Wallis-et-Futuna ne comptaient pas de cas de coronavirus recensés. Quant aux TAAF, elles ne comptent aucun habitat permanent. Elles sont composées notamment des îles Eparses (archipel des Glorieuses, îles Tromelin, Juan de Nova, et Europa, l’atoll de Bassas da India), des îles australes (archipel Crozet, îles Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam) et du district de Terre-Adélie, situé sur le continent Antarctique.

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