Communiqué de FO

PLFSS 2019 : vers une étatisation totale de la Sécu

, Serge Legagnoa

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© Jean-Claude MOSCHETTI/REA

Pour Force Ouvrière, le PLFSS 2019 ne bénéficiera ni aux actifs, ni à une protection accrue des personnes vulnérables. Au contraire, il déconstruit la solidarité et fragilise encore un peu plus notre modèle social.

En premier lieu, les excédents de la Sécu iront alimenter les caisses de l’État dès cette année : c’est un véritable hold-up car, oui, le gouvernement ne le dit pas vraiment, mais la Sécu sera excédentaire dès 2018. En 2020, l’étatisation des branches Maladie et Famille sera totale, le principe même d’excédents n’existera plus !

Ensuite, on demande aux travailleurs d’être solidaires envers les entreprises. La désocialisation des heures supplémentaires, mesure inégalitaire et incertaine, bénéficie en fait aux entreprises qui voient de nouveaux allègements de cotisation dépassant désormais les 50 milliards d’euros.

Autre nouveauté : la solidarité des travailleurs dissimulés envers les employeurs-fraudeurs : désormais, en cas d’infraction constatée de travail dissimulé, l’employeur pourra voir modulé son remboursement de cotisations non-versées. Cet « assouplissement des sanctions » peut intervenir quand bien même l’infraction est constitutive d’esclavage moderne ! Le PLFSS 2019 est ainsi en totale cohérence avec les ambitions du gouvernement de développer, dans notre société, l’ubérisation de l’économie et ses emplois précaires.

Ce que le gouvernement ne dit pas, c’est que la fiscalisation va permettre la fin des assurances sociales, reposant sur le principe de la solidarité des travailleurs pour leur secours mutuel et celui de leur famille. En contrepartie, il impose la « déprotection » des travailleurs par une « protection » publique, dite « universelle », mais de fait protectrice des finances de l’État et des marges des entreprises !

La Sécurité sociale vaut bien une grève ! Ce sera notamment le 9 octobre prochain.

 

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Sur l’auteur

Serge Legagnoa

DEPARTEMENT DE LA PROTECTION SOCIALE COLLECTIVE


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Éphéméride

20 octobre 1876

Le congrès de la salle de la rue d’Arras
Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne. Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, (...)

Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne.

Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, le gouvernement dissout la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris. Un an plus tard, une restauration monarchiste échoue de très peu. Mais aux élections législatives de février-mars 1876, royalistes et bonapartistes n’obtiennent que 155 sièges contre 360 aux républicains. Or, ces derniers ne sont pas hostiles au mouvement ouvrier. Les travailleurs de Besançon en profitent et créent le premier syndicat de l’horlogerie en 1876, en liaison avec le puissant mouvement suisse.

C’est dans ce contexte qu’a lieu le congrès de la salle d’Arras, à Paris, le 20 octobre 1876. Les chambres syndicales parisiennes réussissent à organiser un congrès réunissant 360 délégués dont 255 de Paris. D’entrée le Comité d’initiative se démarque du politique. Il déclare, avec des accents qu’on qualifierait aujourd’hui d’ouvriéristes : « Tous les systèmes, toutes les utopies que l’on a reprochés aux travailleurs ne sont jamais venus d’eux. Tous émanaient de bourgeois, bien intentionnés sans doute, mais qui allaient chercher les remèdes à nos maux dans des idées et des élucubrations, au lieu de prendre conscience de nos besoins et de la réalité ».

Le congrès réclame la liberté de réunion et d’association, le droit au travail, un salaire décent et les assurances chômage, vieillesse et maladie. Il affirme sa volonté d’indépendance vis-à-vis de l’État, des partis et de l’idéologie socialiste pour se pencher sur l’étude pratique des revendications citées en introduction par le Comité d’initiative. Il est remarquable que, durant la réunion, seuls les ouvriers eurent le droit de s’exprimer. Ce congrès, où se côtoient des mutualistes, des coopérateurs et des syndicalistes, est, à sa manière, un pas vers la construction du syndicalisme autonome.

Les communards socialistes en exil, par la plume d’Édouard Vaillant, critiquent violemment cette autonomie d’action, traitant les délégués de « syndicaux de formation versaillaise, auxiliaires et point d’appui du monde bourgeois ». Cette forme d’indépendance syndicale dérange, dans les rangs des militants marxistes comme Vaillant et Chabert. En revanche, proudhoniens et positivistes résistent à la propagande politique. Les collectivistes repassent à l’offensive lors du troisième congrès de Marseille en octobre 1879. Ils réussissent à faire voter un texte demandant « la collectivité du sol, du sous-sol, des instruments de travail et des matières premières ». Ils tentent, sans succès, d’affirmer la primauté du politique sur le social. Leur but ultime : la création d’un parti des travailleurs. Mais le syndicalisme français résista à cette tendance, contrairement à ses homologues allemands, belges et hollandais.