Pour son centenaire, l’OIT relève les défis du 21e siècle

International par Evelyne Salamero

Les 100 ans de l’OIT, le 17 juin 2019 à Genève, en présence d’Yves Veyrier, Secrétaire génréal de FO.
© P.-L. Ferretti

Alors qu’elle célèbre son centenaire, l’Organisation internationale du travail se devait de faire de sa conférence annuelle un moment fort de son histoire. Ce fut le cas, à plus d’un titre. Réunis à Genève du 10 au 21 juin, les 6 000 représentants des employeurs, gouvernements et travailleurs de 187 États ont adopté une convention historique contre les violences et le harcèlement dans le monde du travail. Mais pas seulement. Une chose est sûre, l’organisation créée en 1919 dans le cadre du traité de Versailles, reste bien connectée à la réalité présente.

Cent ans après l’adoption de sa première norme internationale limitant la durée quotidienne de travail à huit heures, l’OIT vient de se doter d’une 190e convention. Celle-ci affirme que chaque travailleur sans exception a le droit à un lieu de travail sûr et exempt de toute forme de violence.

Une avancée historique pour les femmes

Ce nouvel instrument ainsi que la recommandation qui l’accompagne, ont été adoptés à la quasi-unanimité, au dernier jour des travaux de cette 108e conférence internationale du travail (CIT). Le fait est d’autant plus notable qu’à l’heure actuelle seulement 130 pays dans le monde proscrivent par la loi le harcèlement sexuel au travail.

De plus, alors que 818 millions de femmes, plus exposées à ce type de risques que les hommes, ont subi des violences sexuelles ou physiques sur leur lieu de travail, mais aussi chez elles ou dans leur environnement, la nouvelle convention de l’OIT couvre aussi les trajets, les espaces de repos, les vestiaires et prend en compte l’impact des violences domestiques sur le travail.

C’est la vraie victoire de ce centenaire. Cette convention très novatrice est une avancée historique pour les femmes. Nous appelons maintenant à une ratification rapide !, souligne Marjorie Alexandre, secrétaire confédérale FO chargé des questions internationales, déléguée FO, avec Pauline Moreau-Avila, assistante confédérale, au sein du groupe des travailleurs tout au long de la conférence.

La preuve que le tripartisme fonctionne

Autre élément positif de cette conférence, et non des moindres : la discussion au sein de la commission chargée de veiller à la bonne application des normes a pu surmonter les difficultés créées par certains gouvernements, en particulier ceux d’Amérique Latine, et par les employeurs, surtout en matière de liberté syndicale. Elle a ainsi pu aboutir à un renforcement de la surveillance de certains pays, comme les Philippines et le Kazakhstan.

C’est très important car ce sont des cas que le groupe des travailleurs suit depuis des années, explique Marjorie Alexandre. La secrétaire confédérale FO est notamment intervenue, au nom du groupe des travailleurs, sur les violations des droits des travailleurs au Kazakhstan, pays sur lequel FO se penche tout particulièrement depuis la féroce répression antisyndicale de 2011, mais aussi sur l’insuffisance des contrôles de la sécurité et de la santé au travail en Serbie, le travail des enfants et leur enrôlement forcé au Yémen, l’égalité hommes-femmes au Tadjikistan, et le respect du tripartisme au Salvador.

L’adoption de la convention contre la violence au travail et le fait que la commission d’application des normes a débouché sur de bonnes conclusions, malgré des obstacles, sont autant de preuves que le tripartisme fonctionne toujours, se félicite-t-elle.

Un constat d’autant plus rassurant en ce qui concerne la commission d’application des normes que celle-ci a pour mission de vérifier l’application « effective » des conventions internationales, comme l’a souligné le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, vice-président du comité de la liberté syndicale de l’OIT, lors de son intervention dans une table ronde consacrée à la liberté syndicale et de négociation, dans le cadre de la conférence.

C’est d’ailleurs en contestant le travail de cette commission de contrôle d’application des normes que des employeurs ont lancé il y a six ans leur offensive contre le droit de grève, refusant de l’associer à la liberté syndicale et remettant ainsi en cause toute la jurisprudence de l’OIT.

Malgré un durcissement de la négociation et des bémols

L’autre élément clé à retenir de cette conférence est l’adoption par consensus d’une déclaration générale, dont la négociation du contenu s’est révélée particulièrement ardue. La nécessité de cette déclaration a été justifiée par celle de faire face aux nouveaux défis que sont la numérisation, la transition écologique, le travail informel, ou encore le vieillissement de la population.

Au final, si les employeurs ont introduit la notion de « vieillissement actif » ou encore celle d’un enseignement au service du marché du travail, les travailleurs ont réussi à faire réaffirmer l’importance de la négociation collective, ce que les employeurs refusaient.

De plus, l’opiniâtreté du groupe des travailleurs a permis d’ouvrir la porte, même si la discussion devra se poursuivre en conseil d’administration, à une entrée des conventions sur la santé et de la sécurité au travail dans les normes fondamentales de l’OIT, de façon à ce que tous les États, y compris ceux qui ne les auraient pas ratifiées, soient obligés de rendre des comptes sur cette question. Un autre point sur lequel les employeurs freinent des quatre fers.

Pour Marjorie Alexandre, Le durcissement de la négociation avec les employeurs montre combien l’OIT est bien connectée à la réalité. Les employeurs ont un agenda et peu importe l’endroit où ils se trouvent. Les débats reflètent la situation générale.

Le mouvement syndical international dans les rues de Genève pour un nouveau contrat social

C’est dans ce contexte et avec le mot d’ordre Une OIT pour le 21e siècle. Un nouveau contrat social s’impose, que la CSI (Confédération syndicale internationale) a organisé en marge de la conférence un rassemblement le 17 juin dans les rues de Genève, rejoint par les délégués travailleurs de plus de 40 pays. Parmi les manifestants, on comptait aussi plusieurs dizaines de militants FO des Unions départementales frontalières de la Suisse, dont Pierre Didio, secrétaire général de la Savoie.

Dans un contexte où 70% de la main d’œuvre mondiale est employée dans le secteur informel, à savoir sans aucun droit ni protection sociale, l’objectif de la CSI est d’obtenir une garantie universelle pour les travailleurs pour que tous, quels que soient leur régime contractuel ou leur statut professionnel, jouissent des droits fondamentaux découlant des principes fondamentaux de l’OIT, ainsi que du droit à un salaire assurant des conditions d’existence convenables, la protection de la santé, la sécurité au travail et une maîtrise de la durée de travail.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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