Réforme des retraites : le gouvernement à pas comptés

Indécence par Françoise Lambert

Manifestation des retraités contre la hausse de la CSG et pour l’augmentation des pensions, le 15 mars 2018, à Paris. © F. BLANC

L’ouverture officielle du chantier des retraites se décale dans le temps. La réforme à venir est d’ampleur et s’annonce complexe. Elle prévoit un bouleversement du système actuel, avec la mise en place d’un régime universel et la refonte de tous les régimes.

Emmanuel Macron devait s’exprimer en mars sur les contours de la réforme des retraites. Le silence radio de l’Élysée n’est sans doute pas étranger aux mobilisations printanières, celles des cheminots et de la fonction publique, qui se sont actualisées le 22 mars par une grève nationale et des manifestations. Cette agitation sociale n’est pas propice à des annonces qui pourraient fâcher davantage les salariés.

Les pouvoirs publics avancent toutefois, à pas comptés, sur le dossier des retraites. Vendredi 30 mars, le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, était reçu à l’Élysée en présence du Premier ministre et des ministres Agnès Buzyn (Solidarités et Santé), et Gérald Darmanin (Action et Comptes publics). Aucune annonce n’est sortie de ce rendez-vous « technique ».

60 milliards

C’est le montant en euros des réserves des régimes de retraite complémentaire Agirc et Arrco.

La concertation sur la réforme des retraites, qui devait initialement débuter fin 2017, devrait s’engager dans la deuxième quinzaine d’avril et durer jusqu’à la fin de l’année. Le chef de l’État a annoncé un projet de loi pour 2019.

La totalité des régimes seront concernés

Sur le fond, on sait d’ores et déjà que la totalité des 38 régimes de retraite, y compris les régimes spéciaux et les régimes complémentaires, seront concernés par la réforme. Les partenaires sociaux gestionnaires de l’Agirc-Arrco s’inquiètent déjà d’une spoliation éventuelle par l’État des réserves (lire focus, ci-dessous). Le gouvernement n’a pas encore tranché entre un régime par points et un régime en comptes notionnels. Le premier se rapproche dans son fonctionnement de celui de l’Agirc-Arrco, avec l’achat de points grâce aux cotisations, et une pension calculée en multipliant le nombre de points accumulés par la valeur du point, laquelle est fixée par accord national interprofessionnel en fonction de paramètres financiers et économiques.Dans un régime en comptes notionnels, l’assuré cumule dans un compte, pendant son activité, un capital virtuel en lien avec les cotisations versées. Le montant de la retraite est calculé avec un « coefficient de conversion » qui dépend de l’âge de départ et de l’espérance de vie moyenne de la génération de l’assuré.Les régimes par points et en comptes notionnels s’avèrent moins solidaires que le régime en annuités. Les salariés avec des carrières incomplètes sont désavantagés. Nous ne sommes pas persuadés que le but de la réforme soit d’arriver à de la lisibilité et à de l’égalité, indique Philippe Pihet, secrétaire confédéral FO.

 

Focus : Agirc-Arrco : des réserves très convoitées
Les régimes de retraite complémentaire Agirc-Arrco disposent de 60 milliards d’euros de réserves. Elles pourraient susciter des convoitises lors de la future réforme du système des retraites. Interrogé par Les Échos sur un éventuel détournement de ces sommes, le vice-président du Medef, Claude Tendil, a répondu que les représentants patronaux étaient prêts à mettre dans un pot commun à condition que chaque régime l’abonde à un niveau proportionnellement équivalent. Sur cette question, FO s’opposera à toute tentative de détournement des réserves des régimes de retraite, quels qu’ils soient, y compris l’Agirc-Arrco, commente Philippe Pihet, secrétaire confédéral FO.

Françoise Lambert Journaliste à L’inFO militante

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