Réforme du code du travail : « On veut surtout pouvoir être écouté et entendu » (Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO)

franceinfo : le 21 mai 2017 par Michel Beaugas

Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Le syndicat Force Ouvrière a réagi dimanche aux déclarations du Premier ministre parues dans le Journal du dimanche. Michel Beaugas, secrétaire confédéral, a exprimé à franceinfo ses « réserves » quant au recours aux ordonnances.

franceinfo : Vous serez reçus la semaine prochaine, qu’allez-vous demander au gouvernement ?

Michel Beaugas : On va déjà attendre que le gouvernement expose ses vues. Il y a eu des avances faites pendant la campagne présidentielle et le Premier ministre a fait quelques annonces, mais sur le fond, on ne sait pas trop. Si c’est, par exemple, faire une loi travail 2, pour nous c’est une ligne jaune. Renvoyer toute la négociation dans l’entreprise, ce n’est pas raisonnable, il faut des garde-fous. Il faut conserver la négociation au niveau interprofessionnel et au niveau national, il faut conserver le niveau de la branche. Par exemple, les salaires minimums doivent être négociés dans les branches parce que sinon, dans l’entreprise, on peut se retrouver avec des salaires diminués, pourquoi pas en-dessous du Smic. Même si le président de la République a dit que ce ne serait pas le cas, on se méfie. On pourrait voir une distorsion de concurrence entre les entreprises faisant le même métier. On veut des assurances, on ne veut pas qu’on puisse faire tout et n’importe quoi dans l’entreprise.

Emmanuel Macron veut avoir recours aux ordonnances pour légiférer. Aller vite sur le code du travail vous inquiète-t-il ?

Si on est d’accord avec le contenu des ordonnances, pourquoi pas aller vite, mais je crains qu’on puisse avoir quelques réserves. Donc moi je préfère la négociation, qu’on puisse prendre le temps de négocier, d’arriver à des accords plutôt que de créer un texte, du jour au lendemain, en disant « on vous a entendus mais on ne vous écoute pas ». Force Ouvrière a toujours été dans un axe de négociation, on ne ferme pas la porte, on ne fait pas de procès d’intention. Simplement, on veut savoir comment ça va se passer, on veut surtout pouvoir être écouté et entendu.

La nouvelle ministre du Travail, Muriel Pénicaud, connaît le monde de l’entreprise : cela va-t-il vous aider ?

C’est quand même bien que la ministre du Travail connaisse le code du travail, puisque ça va être son premier sujet. Au moins, elle connaît le contenu, elle a une expérience certaine dans l’entreprise. Elle a aussi une expérience dans le cabinet puisqu’elle a fait partie du cabinet de Martine Aubry quand elle était ministre du travail. Donc c’est quelqu’un qui a de l’expérience. Chez Danone, elle avait, de ce que je sais, l’esprit du dialogue, donc j’espère que cet esprit sera conservé.

 Voir en ligne  : franceinfo :

Michel Beaugas Secrétaire confédéral au Secteur de l’Emploi et des retraites

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