RKS Avallon : FO exige le maintien du site et de ses emplois

InFO militante par  Michel Pourcelot, L’Info Militante

Arguant d’une productivité en baisse, la direction de RKS Slewing Bearings à Avallon, dans l’Yonne, a annoncé la fermeture totale et définitive du site au début de 2023, lors d’un CSE extraordinaire le 2 novembre dernier. Alertés, les salariés de ce fabriquant de roulements d’orientation, pour les tunneliers par exemple, s’étaient mis en grève le matin même. FO, qui y est majoritaire, exige le maintien de l’emploi sur le site et entend négocier pour préserver l’avenir des 141 salariés.

Le coup a été dur pour les salariés de RKS Avallon, une usine qui vient de fêter ses 60 ans et appartient au très bien portant groupe suédois SKS, leader mondial du roulement à billes. Malgré des signes avant-coureurs, ils ne s’attendaient quand même pas à l’annonce de la fermeture totale du site et la disparition de ses 141 emplois. L’annonce a été faite le 2 novembre, lors d’un CSE extraordinaire avancé de 24 heures, suite à la grève lancée ce même jour par la quasi-totalité des salariés qui avaient été alertés par leurs représentants syndicaux.

Lors de cette réunion, la direction a présenté ses projets de réorganisation de l’entreprise, de licenciements économiques collectifs ainsi que de lancement de recherche d’un repreneur. Elle a précisé que s’il n’y a pas de repreneur d’identifié, les activités seraient stoppées fin 2022 et que le site fermerait définitivement à la fin du premier trimestre 2023.

RKS a proposé soixante-trois emplois sur un autre site de SKS, à Saint-Cyr-sur-Loire, près de Tours, à 330 km de là. Pour Christopher Ferreira, délégué syndical (DS) du syndicat FO RKS, créé il y a quatre ans, il n’y aura guère qu’une poignée de salariés d’Avallon qui voudra aller à Saint-Cyr où, entre parenthèses, les salaires sont inférieurs. A Avallon, explique encore le délégué « la moyenne d’âge est d’environ 45 ans, ce qui n’est pas l’idéal pour se transplanter ailleurs. De plus, 37 salariés doivent prendre leur retraite d’ici deux ans.

Le bassin d’emploi serait fortement impacté

FO, majoritaire à RKS, revendique le maintien de l’emploi sur le site et le cas échéant les meilleures conditions d’indemnisation et d’accompagnement pour les personnes licenciées. La fermeture de l’entreprise entraînerait non seulement la suppression de 141 emplois, mais impacterait sérieusement les sous-traitants et les emplois externes, soit quelque 200 personnes, selon Chistopher Ferreira. Le bassin d’emploi avallonnais, qui a déjà beaucoup souffert, va être particulièrement touché par la fermeture de RKS, son troisième employeur privé, s’alarme Reynald Millot, le secrétaire de l’UD FO de l’Yonne.

Un site à l’abandon depuis des années

Cherchant à justifier sa décision, la direction indique que les volumes produits ne sont plus suffisants à Avallon. La compétitivité et les résultats de l’usine se dégradent depuis quelques années. De leur côté, les salariés s’interrogent depuis longtemps sur la réelle stratégie de leur entreprise spécialisée dans la fabrication d’engrenages et d’organes mécaniques de transmission. Pour FO, tout a été fait pour en arriver à cette situation : Certaines machines étaient rouillées et accusaient plusieurs décennies, entraînant un important budget de maintenance, indique Reynald Millot. Depuis 2016, le site d’Avallon est clairement à l’abandon, confirme Aberrahmane Nassour, secrétaire de l’Union des Syndicats de la Métallurgie (USM) de l’Yonne. Force Ouvrière n’a cessé de dénoncer la politique d’asphyxie du site avalonnais par le groupe SKF et c’est en quelque sorte une fermeture préparée de longue date par le non renouvellement de l’outil de production, s’insurge le militant, DS chez l’équipementier automobile allemand Benteler, à Migennes (Yonne), où FO est majoritaire et a mené seule une grève victorieuse en février 2017 pour l’obtention d’un treizième mois et d’une prime exceptionnelle.

Des heures sup’ pendant le confinement

A Avallon, l’annonce de la fermeture prochaine du site ne passe pas. Légitimement. Si on avait eu un outil de travail à la hauteur, on aurait pu aisément supporter la concurrence appuie Christopher Ferreira. D’autant que les salariés n’ont eu cesse de montrer leur savoir-faire. Pendant le premier confinement (l’usine n’a été fermée que trois jours pour mettre en place les dispositions sanitaires), ils avaient même enregistré un record en achevant le 28 avril un gigantesque roulement de 59 tonnes et 8 mètres de diamètre, une commande à destination de la Chine qui avait nécessité des mois de travail et représentait le plus grand roulement en monobloc jamais construit sur le site. Les salariés avaient multiplié les heures sup’, pour le réaliser

Grève en 2019 : la direction de RKS démentait alors un projet de PSE…

Pour autant, les salariés d’Avallon étaient déjà inquiets. En novembre 2019, un magazine économique avait évoqué une restructuration du groupe touchant les sites d’Avallon et Montigny-le-Bretonneux (Yvelines). Une grande partie des salariés de RKS, soutenue par FO Métaux, avaient alors débrayé à plusieurs reprises et observé plusieurs jours de grève, revendiquant des investissements massifs pour inverser la courbe de vétusté de notre parc machine ainsi que des éclaircissements sur un possible plan de fermeture totale de l’usine d’Avallon. La direction avait alors répondu qu’il ne s’agissait que d’un projet datant de 2016 et qu’il était caduc. Mais d’ajouter toutefois, de manière sibylline que  l’emploi d’un site dépend du niveau de commande, l’enjeu est donc de réfléchir en termes de compétitivité

Des millions d’euros, le géant SKS qui fournit à de multiples secteurs industriels (aéronautique, automobile, ferroviaire, éoliennes, grues, tunneliers, etc.) et emploie plus de 43 000 salariés dans le monde, dont 3 000 en France, en avait investis ailleurs. Ainsi, en 2016, le groupe suédois avait fait construire de nouveaux bâtiments, officiellement pour le SAV et la logistique, à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire), où se trouve le siège social. Ça nous avait mis la puce à l’oreille mais ils nous avaient dit de ne pas nous inquiéter, se remémore Christopher Ferreira. A Avallon, la direction du site avallonnais s’était alors voulue rassurante, évoquant alors une nécessaire complémentarité du site avec celui de Saint-Cyr-sur-Loire…

Suppression d’emplois aussi à Saint-Cyr-sur-Loire

Or, c’est justement à Saint-Cyr-sur-Loire que la partie la plus rentable (production des couronnes d’orientation) de la production d’Avallon doit être transférée. Et pour FO ce projet a été soigneusement orchestré. Ainsi les CSE des sites d’Avallon et de Saint-Cyr-sur-Loire devaient se tenir pratiquement en même temps, mais, en lançant la grève la veille du CSE, les salariés d’Avallon, ont contrarié le plan.
C’est donc le 3 novembre, au lendemain du CSE d’Avallon, que le groupe SKS, évoquant une baisse des commandes dans l’automobile due à la crise sanitaire, a annoncé aux salariés de Saint-Cyr-sur-Loire un plan social entraînant la suppression de 110 emplois ainsi qu’un investissement de 14,5 millions d’euros pour réaménager le site en vue d’accueillir la part de production venue d’Avallon et les salariés avallonnais qui voudront bien venir y travailler.

Restructuration dans le Jura : la crise a bon dos

Avallon et Saint-Cyr-sur-Loire ne sont pas les seuls sites de SKS en France (une demi-douzaine en comptant ceux de Valence, Valenciennes et Vernon) concernés par les suppressions d’emplois.

Dans le Jura, le groupe suédois avait notamment annoncé le 15 septembre lors d’un CSE l’éventuelle suppression de 123 postes, et la création de… 13 postes, sur les quelque 350 que compte le site de Lons-le-Saunier (pièces pour l’aéronautique). Ce projet indiquait la Direction s’intègre à un plan de relance stratégique SKF Aerospace 2023, qui a pour objectif de préparer l’avenir et de renouer avec une croissance durable. Et de préciser que la situation sanitaire et l’état actuel et à venir de l’aéronautique ne sont pas étrangers à cette réorganisation.

 Michel Pourcelot Journaliste à L’inFO militante

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