Communiqué de FO

Déclaration de la Commission Exécutive FO du 23 mai 2018

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Manifestation et grève de la Fonction publique à Paris le 22 mai 2018. Les neufs organisations représentatives dans le secteur public, dont l’UAFP-FO, avaient appelé à cette journée d’actions nationale. Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

La Commission Exécutive réaffirme le soutien plein et entier de la Confédération aux actions et mobilisations menées par l’ensemble des travailleurs des secteurs public comme privé.

Tous partagent l’inquiétude d’une remise en cause profonde de notre modèle social et républicain, de surcroit dans un contexte d’explosion des inégalités. Tous partagent aussi le constat de politiques mises en œuvre pour une minorité – les « premiers de cordée » – et laissant sur le bas-côté l’immense majorité. La persistance de l’austérité, de la modération salariale, et plus largement la non redistribution des richesses, mettent à mal les valeurs de solidarité et de justice sociale auxquelles Force Ouvrière est attachée. La Commission Exécutive rappelle sa détermination à contrer la logique d’individualisation visant à « déprotéger » les travailleurs et à préserver nos statuts et droits collectifs.

La Commission Exécutive considère que le rôle de « contrepoids » des organisations syndicales est d’autant plus essentiel face à cette politique agressive et régressive. La détermination des cheminots en grève comme la journée de mobilisation du 22 mai menée à l’appel de l’ensemble des fédérations de fonctionnaires et avec la présence de toutes les Confédérations, constituent un signal fort. Le gouvernement se doit de l’entendre et de reconnaître la place des syndicats en répondant aux revendications au travers notamment du paritarisme, de la négociation interprofessionnelle et de la pratique contractuelle.

Face à l’aveuglement et l’obstination idéologique de l’exécutif, qui se refuse à prendre en considération les demandes légitimes des travailleurs, l’heure est à la résistance et à l’action en défense des revendications essentielles. Dans la cohérence du mandat donné par les 3 500 délégués mobilisés lors du XXIVe Congrès confédéral de Lille, la Commission Exécutive propose aux autres organisations syndicales et de jeunesse de rechercher la plus grande unité possible pour créer dès à présent les conditions d’une action commune et d’un rapport de force interprofessionnel, y compris par la grève.

Paris, le 23 mai 2018

Votée à l’unanimité

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Éphéméride

22 octobre 1925

Mort d’Alphonse Merrheim
Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°87, daté du 28 août 1947. La classe ouvrière a donné des hommes qui se sont distingués par leur intelligence, leur intrépidité et leur volonté. Ces pionniers ont modifié la condition de vie des travailleurs par l’organisation de leurs forces (...)

Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°87, daté du 28 août 1947. 

La classe ouvrière a donné des hommes qui se sont distingués par leur intelligence, leur intrépidité et leur volonté. Ces pionniers ont modifié la condition de vie des travailleurs par l’organisation de leurs forces dispersées et en leur donnant une éducation syndicale et culturelle, Alphonse Merrhein, qui incarnait leurs aspirations, fut un de leurs guides. 

Sa vie et son activité sont inséparables de la destinée du prolétariat. Par ses qualités personnelles, Merrhein a apporté une importante contribution au développement du mouvement syndicaliste et dans l’histoire son nom est évoqué avec respect et gratitude. 

Il débuta très jeune dans la vie militante. Chaudronnier de son métier, à vingt ans il crée le syndicat de cette corporation et devient secrétaire de la Bourse du Travail à Roubaix. Très vite il se distingua par sa conscience syndicale, son ardeur et son esprit d’organisateur. Pendant quatorze ans, il se consacra au syndicalisme régional. Grâce à lui le mouvement syndicaliste du Nord fut plus fort et plus agissant.

Sa première œuvre, résultat des ses efforts, fut la fusion de la Fédération du cuivre avec celle de la Métallurgie qui constitue, en effet, une des plus belles activités de sa vie.

En 1904, devenu secrétaire de la Fédération des Métaux, Merrhein, pour servir les intérêts de la classe ouvrière, les éclairer et les guider dans leurs luttes revendicatives, publie en 1908 un essai critique sur la Métallurgie et l’organisation patronale : « Agir, dit-il, c’est vivre. Vivre, c’est lutter. Pour lutter il faut étudier et connaître les forces de l’adversaire. Cela est vrai surtout pour l’ouvrier s’il veut maintenir et augmenter son salaire, diminuer ses heures de travail. »

Ces quelques lignes démontrent à quel point Merrhein se souciait du sort des travailleurs. Il voulait rendre meilleure leur vie par des conditions matérielles plus justes et plus élevées qui leur permettraient de vivre plus dignement. 

Merrhein était aussi un pacifiste. En 1911, prévoyant le conflit mondial, il préconisa les rapports de plus en plus étroits entre les sections syndicales internationales en pensant que l’unité des travailleurs pouvait empêcher la conflagration universelle. Et lorsque la guerre éclata son humanisme pacifique ne se démentit pas. Il condamna vigoureusement la guerre avec la sincérité qui le caractérisait. Son premier soin fut de sauvegarder l’indépendance de la CGT, mais la crise apparut dans le mouvement syndicaliste, il eut cependant le courage de défendre ses opinions, ses convictions et de prendre sa responsabilité. 

En dépit des critiques véhémentes, il manifesta son opposition contre la guerre. Il écouta son cœur et sa raison et, sans égard pour lui, il mena, durant toute la guerre, une lutte acharnée pour la paix. 

Certes, la crise du syndicalisme l’avait profondément affecté, mais il ne modifia pas ses principes et ne renonça pas à son pacifisme. 

En 1917, au cours de la conférence de Clermont-Ferrand, il renouvela le principe de l’unité d’action. Et c’est au moment où la crise divise le mouvement syndicaliste que Merrhein pense de plus en plus à la reconstitution de l’unité ouvrière, dernier espoir pour la paix pour laquelle il a mené une activité enthousiaste. Bien que ses efforts pacifiques étaient jugés illusoires, il resta persuadé de l’utilité de son œuvre.

C’est au lendemain de la guerre que la classe ouvrière retrouve son unité temporaire, mais quelques années plus tard, les divergences d’idées et de méthode aboutirent à la scission du mouvement syndicaliste. Ce fut la dernière étape de sa vie militante. Malgré ces douloureux événements, il resta attaché indéfectiblement à sa foi syndicaliste. 

C’est de la révolution économique qui devait transformer le milieu social qu’il espérait le bien-être pour les travailleurs. 

Merrhein a donné quarante années de sa vie au syndicalisme français. Son mérite c’est d’avoir organisé des ouvriers sur des bases syndicales, enrayé la première crise en 1909 et lutté courageusement pour la paix, d’avoir travaillé pour une meilleure condition matérielle et sociale du prolétariat. 

Voilà la signification d’Alphonse Merrhein dans l’histoire du mouvement ouvrier. 

C’est pour servir la collectivité qu’il se perfectionna constamment et pour enrichir son savoir. 

Sensible, honnête et énergique, il est un magnifique exemple de persévérance et de foi syndicaliste.