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Eric Fottorino : « On ne remplace pas Jean-Paul Ollivier, on lui succède »

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Passionné de cyclisme, l’ancien directeur du Monde a la lourde responsabilité de succéder à Jean-Paul Ollivier en tant que « Monsieur Patrimoine » du Tour de France sur France Télévisions. Entretien découverte.

Eric Fottorino

FO HEBDO : Comment est née votre passion pour le vélo ?
ÉRIC FOTTORINO : J’ai commencé avec mon père, à l’âge de 12 ans. C’était d’abord un jeu, puis je me suis inscrit dans un club, j’ai pris goût à la compétition... À 19 ans j’ai même envisagé de passer pro, puis j’ai renoncé : je n’avais pas la classe nécessaire et puis le sport professionnel, l’argent, tout cela me plaisait moins. En parallèle je me suis rapidement mis à suivre le Tour et les autres épreuves. J’ai entendu beaucoup d’histoires sur Coppi ou Bobet dans ma famille...

Malgré cet amour pour le cyclisme, vous n’avez jamais couvert ce sport en tant que journaliste...
Je n’avais pas forcément envie de découvrir la réalité du Tour, qui me semblait décevante par rapport à mon regard d’adolescent. Et puis, à 40 ans, j’ai couru une course professionnelle, le Grand Prix du Midi-Libre, en tant que journaliste du Monde. C’est à ce moment-là que je me suis réintéressé au cyclisme professionnel. J’ai alors eu le sentiment que le cyclisme s’était beaucoup renouvelé, même si les années Armstrong ont fait beaucoup de mal et terni l’image de ce sport. Aujourd’hui, de très nombreux jeunes cyclistes son revenus à une sorte d’idéal qui me plaît davantage.

Vous avez alors commencé à écrire sur le vélo et à monter des projets...
En 2013, pour la 100e édition du Tour de France, j’ai organisé un Tour pour les jeunes, garçons et filles, de toutes origines sociales, et pas forcément des cyclistes. Ensemble, on a fait le parcours du Tour 2013, de Porto- Vecchio à Paris, en passant par les Alpes ou les Pyrénées, 24 heures avant les pros. Cela a permis à ces jeunes de se rendre compte qu’ils étaient capables de grandes choses : faire douze heures de vélo par jour, grimper vingt-cinq cols en trois semaines. J’ai en fait cherché à reproduire le schéma de ma jeunesse : les efforts sur mon vélo m’ont aidé à prendre confiance en moi, ils m’ont endurci. En parallèle, j’ai effectivement écrit plusieurs livres en rapport avec le cyclisme, comme Petit éloge de la bicyclette.

Le grand public va vous découvrir cet été à la place du très apprécié Jean-Paul Ollivier sur France Télévisions. Sacré défi !
Je ne m’y attendais pas, d’autant que je n’ai jamais fait de télévision, je n’ai travaillé que dans la presse écrite ! Lorsqu’on me l’a proposé j’ai été honoré, j’ai vécu ça comme une reconnaissance. Et une grande pression : il va falloir réussir à être intelligent, intéressant, surprenant pendant plusieurs heures d’affilée, trois semaines durant, devant des millions de personnes... Le tout en sachant que le public ne manquera pas, et c’est bien normal, de me comparer à Jean-Paul Ollivier ! De toute façon on ne remplace pas Jean-Paul Ollivier, on lui succède.

Difficile de faire du Jean-Paul Ollivier... Quelle sera votre patte ?
Je pense que dans ma mission il y aura des figures imposées et des figures libres. Les figures imposées, c’est de redonner la mémoire, l’histoire, la géographie des lieux que le Tour traverse, des châteaux, des paysages. Par rapport à Jean-Paul, les fondamentaux resteront les mêmes. Et puis il y a les figures libres. Je voudrais essayer de faire parler cette histoire autrement, en faisant évidemment appel aux artistes, aux écrivains, mais aussi aux anciens champions. Je pense aussi installer des thématiques différentes pour chaque étape, comme un fil rouge. Par exemple, les présidents de la République sur le Tour, les coureurs végétariens… Autant d’angles qui me permettront de retracer des histoires différemment.

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