Transports : des salariés exposés et inquiets

Coronavirus / Covid19 par Evelyne Salamero, journaliste L’inFO militante

Laurent GRANDGUILLOT/REA

Ils conduisent les trains, les autocars, les métros et les bus qui permettent de maintenir un minimum de liens indispensables à la vie économique et sociale du pays. Ils transportent par route toutes les marchandises indispensables à la population. Ils travaillent dans des conditions de plus en plus difficiles et risquées. Chauffeurs routiers, cheminots, traminots ne sont pas encore assez protégés face au Coronavirus. Dans le transport aérien, les annulations de vols et les fermetures de terminaux en cascade font craindre de graves conséquences pour l’emploi.

Parmi les revendications transmises par la confédération FO à la ministre du Travail, Mme Muriel Pénicaud, et au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Lemaire, par vision conférence le 17 mars, figure « la mobilisation voire la réquisition d’entreprises pour la production et la fourniture des moyens de protections indispensables (masques, gants, gel, hygiaphones…).

Si cette question est cruciale pour les personnels soignants, elle se révèle aussi très importante pour les salariés des transports, comme en témoignent les explications de responsables des fédérations FO concernées.

Pour les chauffeurs routiers, absence de protection et hygiène dégradée

Les chauffeurs ne peuvent ni s’alimenter, ni faire leur toilette correctement puisque les restaurants sont fermés et que les aires d’autoroutes ferment aussi petit à petit. Pour se reposer, ils doivent se garer sur les bandes d’arrêt d’urgence. Il n’y a plus personne pour entretenir les toilettes là où elles restent accessibles. Le ministère des Transports a promis que les entreprises auraient de quoi mettre du gel hydro-alcoolique dans tous les camions, mais pour l’instant on n’a rien vu venir., explique Patrice Clos, secrétaire général de la fédération FO des Transports et de la Logistique-UNCP.

De nombreux témoignages lui sont également parvenus sur des difficultés rencontrées à l’arrivée chez les clients. L’accès aux toilettes est bien souvent interdit aux chauffeurs quand ils arrivent et par ailleurs on les accueille en les confinant dans des locaux minuscules le temps des démarches.

Dans ces conditions, la fédération FO demande l’arrêt des transports non essentiels et que les aires d’autoroutes restent ouvertes aux routiers et entretenues.

Autre problème : les chauffeurs redoutent de plus en plus de se rendre au Royaume-Uni où aucune mesure de confinement n’a été prise, alors que pourtant, selon le gouvernement britannique, il est « raisonnable » d’estimer le nombre de cas à 55 000 Outre-Manche. Plus généralement, pour Patrice Clos, qui rappelle qu’un million et demi de camions circulent dans toute l’Europe, il faut arrêter les transports internationaux.

La RATP à la traîne

Les cheminots et les traminots sont aussi fortement sollicités. Si les choses se mettent progressivement en place dans les transports interurbains et urbains de province (par exemple, les passagers ne montent plus que par les portes arrière), à Paris et en Île-de-France, la RATP fait malheureusement encore figure d’exception.

Manque de masques, de gel hydro-alcoolique, de lingettes virucides pour nettoyer les cabines des conducteurs, absence de personnel de nettoyage… L’inquiétude est également très vive à la SNCF. Celle-ci suit les préconisations du gouvernement, mais il y a toujours un temps de latence entre le moment où les décisions sont prises et celui où elles s’appliquent, constate Philippe Paris, élu FO au CSE pour l’axe TGV Sud-est (qui couvre les lignes de Paris à Perpignan, en passant par Saint-Étienne, Mulhouse, Chambéry, Grenoble, Nice…)

Les cheminots aussi attendent toujours masques et gel pour tous

La situation est d’autant plus révoltante que depuis la grippe aviaire, tout a été normé pour faire face à une crise sanitaire d’ampleur, mais que rien ne peut être traduit correctement dans les faits aujourd’hui. La raison de cette impossibilité ? De nombreux postes de cadres chargés d’organiser concrètement l’application de ces nouvelles règles ont déjà été supprimés au fil des restructurations ces trois dernières années., explique Philippe Paris.

Les distributions individuelles de gel n’ont commencé qu’à partir du milieu de la semaine dernière, et tous les agents n’en bénéficient pas. Seuls les roulants en ont car ils ne peuvent pas quitter leur cabine pour se laver les mains. Aux contrôleurs, qui n’ont pas de masque, la direction explique qu’ils peuvent aller se laver les mains dans les toilettes du train.

Le maintien du salaire, autre motif d’inquiétude

Au-delà du risque sanitaire, se pose pour les cheminots l’angoissante question du maintien ou non de leurs revenus dans les semaines à venir, à l’heure où le nombre de trains diminue et où les guichets sont en cours de fermeture dans tout le pays, du fait des restrictions liées à la lutte contre la propagation du virus.

Les cheminots confinés risquent en effet de perdre leurs primes (prime pour le travail de nuit par exemple). Ces « éléments variables de solde » (EVS) complètent des minima salariaux inférieurs (par dérogation) au Smic. Localement, certaines directions ont déjà fait savoir qu’elles ne maintiendraient pas ces EVS.

Transport aérien : chômage partiel, et ?

Dans le transport aérien, outre les risques sanitaires auxquels sont également confrontés les personnels, la question du maintien du salaire des personnels à court terme et des emplois à plus long terme se pose avec acuité. Ryanair vient ainsi d’annoncer la suspension de la quasi-totalité de ses vols à partir du 24 mars et les deux filiales d’Air France, Transavia et Hop ! s’apprêtent à faire de même dans les prochains jours. La question immédiate explique Jean Hédou, secrétaire général de la fédération FO de l’Équipement, de l’Environnement, des Transports et des Services va être d’obtenir que les employeurs acceptent de payer les salariés au-delà de l’indemnité légale de chômage partiel (84% du salaire net horaire), de façon à ce que ces derniers ne perdent rien.

Préserver sa santé, son salaire, son emploi. Tel est aussi l’enjeu face à l’épidémie pour des millions de salariés.

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