Communiqué de Force Ouvrière

Un diagnostic limpide : la santé au travail en piteux état

, Jocelyne Marmande

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À l’occasion de la remise du rapport « Aptitude et médecine du travail » le 21 mai 2015, Force Ouvrière réaffirme haut et fort que non seulement les réformes engagées ne sauveront pas la médecine du travail, mais, pire, que cette dernière ne garantira plus la protection de millions de travailleurs en proie aux risques physiques et mentaux.

La médecine low cost , que nous craignions et dénoncions déjà en 2010 et vers laquelle nous nous acheminions ces cinq dernières années, est en passe d’être votée.

Parmi les mesures préconisées par le rapport, pour certaines déjà introduites par voie d’amendements dans le projet de loi « Dialogue social et emploi », Force Ouvrière déplore :

- Le passage d’une visite médicale périodique de deux ans à cinq ans. La Confédération appelle au sérieux ; le passage d’une visite annuelle à une visite bisannuelle n’a pas « sauvé » la médecine du travail et a même déresponsabilisé l’État en matière de numerus clausus. Jusqu’où est-il acceptable d’espacer les visites ? Par ailleurs, « l’entretien infirmier », qui sera mis en place tous les deux ans, est loin d’être satisfaisant puisque cette profession ne bénéficie d’aucune protection contre le licenciement, les sanctions ou pressions d’un employeur malveillant…

- L’examen médical d’embauche, jusqu’ici obligatoire pour l’ensemble des travailleurs, sera remplacé par une « visite d’information et de prévention » réalisée par l’infirmier de santé au travail après la prise de poste (dans les trois mois pour les postes « à risques » et dans les six mois pour les autres).

- Le contrôle de l’aptitude avant l’embauche sera seulement maintenu pour les « postes de sécurité »… qui ne sont pas définis à ce jour !

- La possibilité qui était donnée aux médecins du travail d’établir des aptitudes avec réserves en vue d’adapter le travail à l’état de santé du salarié est affaiblie : les préconisations devront être étudiées collectivement par le Service de santé au travail et faire l’objet d’un « dialogue avec l’employeur ». Autrement dit, carte blanche est donnée au patronat pour dissuader le médecin du travail d’émettre des restrictions de tâches, souvent considérées comme des freins à la rentabilité.

- Le licenciement pour inaptitude est facilité puisque le rapport préconise la généralisation du principe de la constatation d’inaptitude en une seule visite au lieu de deux (visite de pré-reprise).

Le rapport laisse entendre que durant des décennies, les médecins du travail ont réalisé leur activité en bons automates, délivrant des avis d’aptitude presque sans objectif médical, froidement, sans nouer de liens avec les travailleurs et sans s’interroger sur les conditions de travail de ceux-ci.

En cette période d’explosion du mal-être au travail, il est impensable et provocateur d’affaiblir le premier instrument de prévention des risques professionnels.

Force Ouvrière dénonce l’incohérence et la confusion de ces politiques qui font reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle dans le projet de loi sur le dialogue social mais qui, d’autre part, n’hésitent pas à affaiblir les CHSCT, la médecine du travail et les dispositifs de pénibilité en faveur des travailleurs les plus exposés aux risques professionnels.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Jocelyne Marmande

Secrétaire confédérale - Secteur Protection sociale


Assurance Maladie - Allocations Familiales - Recouvrement - Commission nationale des Accidents du travail et Maladies Professionnelles - Prévention-Hygiène-Sécurité


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Éphéméride

21 novembre 1831

La révolte des Canuts
Le célèbre mouvement qui, en imposant un « tarif » pour le travail fit naître, en quelque sorte, le Smic, un salaire garanti. La crise économique nationale et régionale, liée à la révolution de 1830, va entraîner les ouvriers lyonnais dans un mouvement revendicatif purement social, précurseur sur de (...)

Le célèbre mouvement qui, en imposant un « tarif » pour le travail fit naître, en quelque sorte, le Smic, un salaire garanti. 

La crise économique nationale et régionale, liée à la révolution de 1830, va entraîner les ouvriers lyonnais dans un mouvement revendicatif purement social, précurseur sur de nombreux points. 

Au début du XIXe siècle, l’économie lyonnaise reste largement dominée par la soierie. Mais la concurrence internationale et la transformation de l’économie locale dès 1827 entraînent un appauvrissement général de la population. Le salaire des ouvriers de la soie, les fameux Canuts, tombe à dix-huit sous pour quinze heures de travail journalier. Cette situation n’est guère appréciée par ces ouvriers spécialisés, largement en avance dans l’organisation de leurs droits. Dès 1811, ils obtiennent un tarif minimum. En 1826, ils disposent déjà de leur propre société de secours mutuel. La révolution de 1830 va les électriser. 

Le 27 juillet 1830, les ouvriers parisiens se révoltent contre les dernières ordonnances de Charles X. Le drapeau tricolore devient l’emblème des insurgés des trois glorieuses, immortalisées par Victor Hugo dans"Les Misérables". La chute des Bourbons crée une véritable onde de choc. Bruxelles et Varsovie se révoltent en août et novembre 1830. 

Lyon n’y échappe pas. Le 18 octobre 1831, les chefs d’atelier des soieries demandent au préfet du Rhône, Bouvier-Dumolart, de réinstaurer un tarif minimum. Le 25, six mille Canuts, chefs d’atelier et compagnons-ouvriers, manifestent pour soutenir leur revendication. Le jour même, le préfet accepte. Une commission patrons-ouvriers entérine le tarif. Mais une minorité d’une centaine de fabricants refuse ce tarif, arguant d’une baisse des ventes. 

L’agitation reprend alors et les ouvriers-compagnons, eux aussi organisés, débordent les chefs d’atelier. Le 21 novembre 1831, les premières barricades s’élèvent dans le quartier de la Croix Rousse. La Monarchie de Juillet y envoie la police et les gardes nationaux, mais parmi ces derniers se trouvent nombre de chefs d’atelier. C’est ainsi que neuf cents gardes nationaux passent au côté des insurgés. Le 22 novembre, la Croix Rousse et la Guillotière sont aux mains des ouvriers qui brandissent un drapeau noir où est brodée la devise"Vivre en travaillant ou mourir en combattant". Le 23, les autorités quittent la ville alors que les agitateurs républicains tentent de récupérer le mouvement. 

À l’unanimité les Canuts refusent cette intrusion du politique dans le social. Leur bannière est noire comme leur peine et non tricolore. Le 24 novembre, le préfet, qui avait obtenu le tarif, donc respecté par les Canuts, rétablit le calme. Mais le nouveau roi, Louis-Philippe, ne l’entend pas de la même oreille. Ce "Roi des Français" et non plus "Roi de France" envoie vingt mille soldats dans la capitale des Gaules, sous la conduite du maréchal Soult. Ce dernier désarme la population, licencie la garde nationale, révoque le préfet, abroge le tarif du 25 octobre.La révolte ouvrière des Canuts est brisée et il faudra attendre 1848 pour revoir pareil mouvement social. Cinq mois plus tard vingt mille Parisiens meurent lors d’une épidémie de choléra.