Virginie, une directrice d’école engagée

InFO militante par Evelyne Salamero, L’Info Militante

Virginie Alvarez, 37 ans, maman de deux jeunes enfants, est professeure des écoles, directrice d’une petite école en zone rurale, et secrétaire départementale du Snudi-FO de Côte-d’Or.
Son énergie, elle la puise aussi dans l’histoire de sa famille.

P rofesseure des écoles depuis ses 25 ans, Virginie est directrice d’une petite école de deux classes, dont la sienne qui regroupe les élèves de CE2, CM1 et CM2, à Créancey, une commune d’environ cinq cents habitants en Côte-d’Or. Ce métier, elle a toujours voulu le faire.

Virginie est également syndicaliste. Son adhésion au Snudi-FO (Syndicat national unifié des directeurs, instituteurs et professeurs des écoles) a été très rapide, dès sa première année d’école en tant qu’enseignante. FO organisait des heures d’information syndicale. J’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment. Et ce qui m’a plu, c’est d’être dans une confédération. Le métier d’enseignant ne peut pas vivre à l’écart des autres métiers, explique-t-elle.

Son engagement aussi prend racine dans le passé. Son grand-père paternel était mineur (à Montceau-les-Mines), adhérent à la CGT et résistant durant la guerre ; ses grands-parents maternels ont fui l’Espagne franquiste ; son père, chauffeur routier, était sur les piquets de grève contre le plan de restructuration du transporteur Norbert Dentressangle, avant d’être licencié peu avant sa retraite ; sa mère, salariée chez Dim, a failli perdre son emploi à plusieurs reprises lors des plans de licenciement.

Tout cela aide à devenir syndicaliste. Je ne supporte pas l’injustice que l’on fait subir à la classe ouvrière et c’est peut-être aussi ce qui me donne l’énergie de tout mener de front… Et finalement, le syndicat c’est aussi une histoire de résistance, même si ce que je fais n’a rien de comparable avec ce qu’a fait mon grand-père, conclut-elle modestement.

Je ne suis pas le supérieur hiérarchique de mes collègues !

À la rentrée 2019, Virginie a été élue secrétaire départementale du Snudi-FO. Une rentrée marquée, pour elle comme pour tous ses collègues, par le suicide de Christine Renon, directrice d’école en Seine-Saint-Denis. Depuis des années, témoigne Virginie, on nous rajoute des tâches sans nous décharger pour autant d’heures de classe. En plus, les postes des personnels censés nous aider dans les tâches administratives ont été supprimés. Les rectorats et les collectivités se déchargent sur nous. Et on se retrouve à faire cantonnier, assistante sociale, psy, parfois femme ou homme de ménage, sans reconnaissance, sans revalorisation de notre rémunération au vu des responsabilités qui nous incombent.

En zone rurale, poursuit-elle, la pression des élus est plus directe encore. Quand les relations sont bonnes, comme dans mon cas, ça va, quand elles ne le sont pas cela peut être très dur. Cela a empiré avec la crise sanitaire. L’État s’est déchargé sur les collectivités. Chacune a dû faire avec les moyens du bord. Certaines ouvraient les écoles, d’autres pas. Nous sommes des fonctionnaires d’État, nous n’avons pas à nous retrouver sous les ordres de la mairie !, s’indigne-t-elle.

La situation pourrait s’aggraver. Une proposition de loi vise en effet à transformer les directeurs en exécutants du conseil d’école, au sein duquel siègent les élus locaux, et en relais des autorités académiques auprès des autres enseignants.  Ce n’est pas mon rôle d’être le supérieur hiérarchique de mes collègues ! Mon travail est de coordonner notre travail collectif, rien d’autre, tranche Virginie, visiblement toujours aussi déterminée à résister.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante