Le travail forcé génère 150 milliards de dollars de profits par an

Chiffres par Evelyne Salamero

La grande majorité des 21 millions de personnes victimes du travail forcé dans le monde (90%) travaillent pour le secteur privé et plus de la moitié sont des femmes. Aucune région du monde n’est épargnée. Cette forme d’exploitation génère 150 milliards de dollars de profits illégaux par an, selon l’ Organisation internationale du travail. Son rapport Profits et pauvreté : l’économie du travail forcé, publié en mai, indique que deux tiers de cette som­me proviennent de l’exploitation sexuelle à des fins commerciales, tandis que les 51 autres milliards résultent de la traite des individus à des fins d’exploitation économique.

Les secteurs de la construction, de l’industrie manufacturière, des mines et des services d’utilité publique réalisent 34 milliards de ces profits, tandis que l’agriculture, y compris la pêche et la foresterie, engrange 9 mil­liards. L’OIT a également tenu compte des 8 milliards économisés par des ménages qui ne rémunèrent pas ou presque pas des travailleurs domestiques employés sous la contrainte.

Suppression des dérogations accordées aux pays coloniaux

Le rapport identifie la chute des revenus et la pauvreté comme les principales causes actuelles du travail forcé. Les autres facteurs de risque sont le manque d’éducation, l’analphabétisme, l’inégalité entre les hommes et les femmes et les migrations.

La convention 29 contre le travail forcé, adoptée en 1935, est l’un des instruments les plus anciens de l’OIT et elle a déjà permis de faire considérablement reculer le travail forcé ou obligatoire sous l’autorité des États. Mais aujourd’hui, alors que la crise et l’augmentation des migrations favorisent de nouvelles formes de travail forcé, une étape majeure vient d’être franchie. Le protocole ajouté à la convention, et tout aussi contraignant que celle-ci, introduit de nouvelles dimensions, comme la prévention, la protection, la réparation et l’indemnisation des victimes. De plus il supprime les dérogations à l’interdiction du travail forcé (dites dispositions transitoires), introduites dans la convention d’origine à la demande des gouvernements des régimes coloniaux.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante

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