L’union syndicale suisse (USS) revendique un salaire minimum

Coût du travail par Evelyne Salamero

Par-delà les frontières, le salaire minimum fait de plus en plus parler de lui. D’une manière ou d’une autre...

En France, le patronat cherche à le remettre en cause, M.Gattaz proposant un salaire « transitoire » inférieur au Smic. En Allemagne le gouvernement le concédera à partir de 2015, bien que de manière limitée puisque les moins de 18 ans, les stagiaires et les anciens chômeurs de longue durée pendant les six mois suivant leur embauche n’y auront pas droit. En Suisse, où il n’existe pas non plus à ce jour, le salaire minimum a donné lieu à un référendum le 18 mai. L’Union syndicale suisse (USS) le revendique à hauteur de 18 euros l’heure, soit 3 300 euros par mois... Des chiffres qui font rêver si l’on se contente d’une approche superficielle de la question. S’il était appliqué, il s’agirait du plus haut salaire minimum du monde (9,43 euros l’heure en France, 5 euros en Espagne, 8 euros en Allemagne à partir de 2015...). C’est d’ailleurs l’un des arguments brandis par le gouvernement et le patronat suisses pour agiter la menace des suppressions d’emplois et des délocalisations. Un argument fallacieux. En réalité, compte tenu du niveau général des salaires en Suisse, en rapport avec un coût de la vie très élevé, un salaire minimum de 18 euros l’heure (22 francs suisses, soit 4 000 francs suisses par mois) se situerait dans la moyenne de ce qui se pratique dans les autres pays. Il correspondrait à 61% du salaire médian helvétique alors qu’en France, par exemple, le Smic équivaut à 64% du salaire médian.

La moitié des salariés suisses n’ont pas de convention collective

Tout est cher de l’autre côté des Alpes : le logement, l’alimentation et les soins médicaux. L’assurance-maladie obligatoire dépend entièrement de compagnies privées et coûte environ 400 francs suisses (330 euros) par mois et par individu pour avoir une couverture correcte. De plus, les Suisses travaillent 42 heures par semaine. À l’heure actuelle, quelque 330 000 personnes, soit 9% des salariés travaillant à plein temps, dont 70% de femmes, sont payées en deçà du salaire minimum revendiqué par l’organisation syndicale (4 000 francs suisses, soit 22 francs l’heure). Les bas salaires se pratiquent surtout dans les branches sans conventions collectives. Au total, celles-ci ne couvrent que 50% des travailleurs environ, souligne l’USS qui revendique aussi leur développement. Dans les magasins de vêtements et de chaussures, « où le refus des conventions collectives par les employeurs est particulièrement fort, un quart de l’ensemble des vendeuses et vendeurs touche un salaire horaire inférieur à 22 francs. Dans les centres d’appel ou pour la livraison des journaux, les salaires sont pitoyables », indique Vania Alleva, coprésidente d’UNIA, le syndicat du secteur privé affilié à l’USS. Quant à la menace des délocalisations, les risques dans ces secteurs tournés vers le marché interne, comme le commerce de détail, la coiffure, le nettoyage et l’horticulture, sont quasiment nuls, relève la centrale syndicale. L’USS a lancé sa campagne le 17 février 2013 et a recueilli depuis plus de 100 000 signatures. D’où, comme le prévoit le système institutionnel suisse, l’organisation d’un référendum d’initiative populaire.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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