Ford Blanquefort : un coup de massue pour les salariés

Emploi et Salaires par Valérie Forgeront

Usine Ford de Blanquefort. © Sébastien ORTOLA/REA

L’annonce est tombée lors du comité central d’entreprise qui se tenait le 13 décembre. La direction de Ford Aquitaine Industries (FAI) rejette le plan de reprise de son site de Blanquefort en Gironde par le seul repreneur déclaré, le groupe franco-belge Punch. Sans retour sur cette décision, cela signifie le licenciement de 850 salariés.

Le constructeur américain Ford a annoncé le 13 décembre la fin de la production de l’usine girondine de Blanquefort (spécialisée dans les boîtes de vitesse) pour la fin août 2019. Plutôt que vendre le site et s’investir dans la période de reprise en assurant le maintien d’un volume de production, il préfère donc saborder l’activité, liquider 850 emplois et fermer définitivement les portes de l’usine.

Ford explique : Malgré les discussions rigoureuses et approfondies des neuf derniers mois et les meilleurs efforts fournis par chacune des parties, le plan proposé par le repreneur potentiel présente des risques significatifs. Et de poursuivre : nous ne croyons pas que les plans de l’acquéreur potentiel offrent le niveau de sécurité et de protection, ou limitent le risque de possibles pertes d’emploi futures, que nous souhaitons pour les salariés de FAI.

Le constructeur décide donc comme il l’avait annoncé en février de fermer le site. Pendant ces derniers mois, il avait joué avec les nerfs des salariés en laissant parfois planer le doute. Ford qui a réalisé l’an dernier un bénéfice net de 7,6 milliards d’euros au niveau du groupe estime que le coût du travail en France est trop élevé indiquait, irrité, le syndicat FO (troisième organisation représentative sur le site) au printemps dernier.

Une bataille de neuf mois

Par ailleurs depuis 2013 le site de Blanquefort a reçu des aides publiques à hauteur de 50 millions d’euros dans le cadre d’un plan de maintien des emplois qui s’est achevé en mai. Ces derniers mois, la direction de Ford Blanquefort annonçait néanmoins sa volonté de cesser tout investissement sur le site, arguant que celui-ci ne pouvait offrir la rentabilité souhaitée dans le futur.

Autant dire que pour les salariés tenus depuis des mois dans l’angoisse concernant l’avenir de leurs emplois (sans compter les 2 000 emplois indirects que la présence de Ford induit), c’est le choc.

Alors que la direction de Ford se plait à communiquer sur le plan social complet qu’elle a présenté et précise qu’elle s’engage à ne prononcer aucun départ contraint avant septembre 2019, la conséquence de la décision de fermeture reste évidente : cela signifie le licenciement de 850 salariés et la perte d’une activité de poids dans ce bassin d’emploi girondin.

L’annonce du constructeur américain est d’autant plus difficile à entendre par le personnel de l’usine (créée en 1972) qu’il a bataillé au fil des neuf mois pour obtenir la pérennité du site et la préservation d’emplois.

Les efforts concédés par les salariés

Dans le cadre de ce plan hypothétique de reprise par Punch, les salariés avaient fait l’énorme effort d’accepter (par un vote massif le 11 décembre en assemblée générale) l’accord de principe présenté par Punch. Il s’agissait de conditions sociales particulièrement sévères censées doper la compétitivité. Punch ne conservait ainsi que 400 emplois, programmait un gel des salaires pendant trois ans, une modulation du temps de travail et la perte de trois jours de RTT.

En acceptant ces conditions drastiques, il s’agissait pour les salariés de parier sur l’avenir, en commençant par sauver le site et un maximum d’emplois. « On ne pourra pas dire que la reprise a capoté à cause des organisations syndicales » soulignaient le 11 décembre deux représentants syndicaux du site dont Jean-Marc Chavant pour FO à l’issue de l’AG des salariés. Nos adhérents nous ont dit qu’ils étaient prêts à concéder ces efforts précisait le militant FO.

Ce 11 décembre la balle était encore dans le camp de Ford. Les salariés attendaient fébrilement la décision du constructeur lequel avait jusqu’au 18 décembre (date de la fin du PSE) pour se prononcer. Ford n’a pas attendu pour faire part de sa décision laissant notamment les pouvoirs publics en état de sidération.

Les pouvoirs publics face à leur naïveté ?

Dans le cadre de la reprise par Punch, des collectivités territoriales (la région nouvelle-Aquitaine et la métropole de Bordeaux) et l’État s’étaient engagés à investir quinze millions d’euros. Punch de son côté apportait 120 millions d’euros d’investissement sur Blanquefort. Ces derniers jours encore, le ministère de l’Economie espérant que la reprise du site par Punch aboutisse réunissait les différents acteurs du dossier à Paris.

Ce 13 décembre, apprenant la décision de Ford, en quelque sorte un camouflet pour les pouvoirs publics, Bruno Le Maire réagissait en des termes peu communs pour un ministre. Il se disait « révolté et écœuré par cette décision qui ne se justifie que par la volonté de Ford de faire monter son cours de bourse ». Et d’évoquer le « mensonge de Ford » vis-à-vis du plan de reprise de Punch, sa « lâcheté » de n’avoir pas eu le courage d’informer le ministère de sa décision de fermeture ou encore la « trahison » de Ford envers des salariés qui avaient « accepté de faire des efforts considérables pour garantir la reprise ».

Vers un remboursement des aides publiques ?

Les collectivités évoquant la décision dramatique de Ford s’efforçaient d’espérer encore et -tout comme le ministre- appelaient le constructeur à réviser sa position. De son côté, le Président de Bordeaux Métropole faisait part de sa consternation. Le Conseil départemental de la Gironde se disait lui scandalisé et annonçait sa volonté de demander à Ford le remboursement des aides publiques perçues. Un député de Gironde, de la majorité gouvernementale, semblait s’étonner de la décision de Ford alors que le groupe a profité d’aides publique… Des dizaines de millions d’euros effectivement entre le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), les aides publiques censées permettre le maintien de l’activité… Tout cela sans aucune contrepartie.

De leur côté les salariés, en colère et les premiers concernés, accusent le coup de cette décision. C’est une immense déception indiquait ce 13 décembre Jean-Marc Chavant pour FO précisant c’est ce qu’on craignait. Les salariés de Ford Blanquefort n’ont pas dit toutefois leur dernier mot. Si le constructeur ne modifie pas sa position, ils entendent défendre bec et ongles leurs conditions de départs.

Valérie Forgeront Journaliste à FO Hebdo

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