Les Vosges à l’honneur

Le Tour Focus par Baptiste Bouthier

Rarement un massif « intermédiaire » aura autant été mis à l’honneur par le Tour de France. Les Alpes et les Pyrénées font d’habitude la loi sur la Grande Boucle, et il ne reste bien souvent que des miettes pour le Massif central, le Jura ou les Vosges. Cette édition 2014 innove.

Le peloton du Tour va en effet passer trois jours dans les Vosges, pour trois étapes variées, compliquées, et à ne surtout pas prendre à la légère. Et comme ce massif sera abordé avant les Alpes et les Pyrénées, il devrait jouer un rôle majeur dans la lutte pour le classement général, comme à ses plus belles heures, car l’histoire des Vosges et du Tour de France est vieille de plus d’un siècle...

LES VOSGES AU COEUR DE L’HISTOIRE DU TOUR

Le Tour de France n’a pas attendu 2014 pour arpenter les Vosges. L’histoire d’amour entre la montagne et la Grande Boucle y est même née : le Ballon d’Alsace est en effet le premier grand col gravi par les coureurs du Tour. On est en 1905, la deuxième étape relie Nancy à Besançon, et ce sommet des Vosges, au milieu du parcours, en est l’épouvantail. « L’ascension du Ballon d’Alsace par le groupe de tête, composé de Pottier, Aucouturier, Cornet, Georget et Trousselier, est une des plus passionnantes choses auxquelles j’aie jamais assisté et qui confirme, après tant d’autres, l’opinion que le courage de l’homme n’a pas de limite et qu’un athlète bien entraîné peut prétendre à d’invraisemblables résultats », écrit alors dans L’Auto, le quotidien sportif qui organise le Tour de France, Henri Desgrange, à la fois directeur de la course et rédacteur en chef du journal, pas peu fier de sa trouvaille.

Les « forçats de la route » découvrent pour la première fois un grand col en compétition. « Les quatre ou cinq premiers kilomètres se passent sans incidents, écrit alors le reporter Victor Breyer dans L’Auto. Puis, c’est soudain Cornet qui démarre furieusement et, à notre surprise indicible, c’est Trousselier qui cède le premier. Plus que quatre ! Mais ses forces trahissent Georget, qui se relève à son tour. Plus que trois ! Et un peu plus loin, Cornet a la satisfaction de voir Aucouturier décollé à son tour. Mais la grosse surprise est réservée pour la fin car, tout d’un coup, Pottier, dans une détente de tout son être, passe Cornet. Un duel féroce s’engage entre les deux survivants. Haletants, ruisselants de sueur, tous deux pédalent de tout leur corps. Cornet perd deux longueurs, puis recolle et décolle encore, et ça y est. La victoire reste à Pottier, qui s’en va maintenant tout seul, l’oeil sur le sol, pour ne se relever que tout en haut, au moment où les grands sapins lui montrent que le plateau précurseur de la longue descente sur le versant opposé du Ballon est atteint. » Plus loin, René Pottier, victime d’une crevaison, sera rattrapé non pas par Henri Cornet, qui a attendu 20 mi nutes sa machine de rechange au sommet du col, mais par Hippolyte Aucouturier, qui s’imposera à Besançon.

Qu’importe : passé en tête au sommet du premier col de montagne du Tour, Pottier, futur vainqueur du Tour 1906, restera le « roi de la montagne », et une stèle, érigée après sa mort, viendra commémorer son exploit au sommet du Ballon d’Alsace.

Quant aux Vosges, elles continueront d’écrire l’histoire du Tour de France, année après année, du Ballon d’Alsace au Grand ballon en passant par les cols de la Schlucht, d’Amic, du Donon, du Firstplan ou de Grosse Pierre. Le Ballon d’Alsace a même servi, à quatre reprises, d’arrivée d’étape dans les années 1960 et 1970, voyant notamment la victoire d’Eddy Merckx en 1969 et celle de Bernard Thévenet en 1972. ■

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