Auchan vend des supermarchés et solde leurs salariés

InFO militante par Thierry Bouvines, L’inFO militante

Auchan veut vendre quatre-vingt-onze de ses supermarchés à Intermarché. Secrétaire générale adjointe de la Fédération générale des travailleurs de l’alimentation, des tabacs et des services annexes (FGTA FO) Angélique Bruneau dénonce les pertes d’acquis sociaux qu’entraîneraient les transferts des contrats de travail.

C’est par un communiqué d’Auchan diffusé le 27 janvier que ses salariés ont appris l’intention du distributeur nordiste de vendre quatre-vingt-onze de ses supermarchés au groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto). Ce projet est maintenant soumis à la consultation des instances représentatives du personnel et doit être autorisé par l’Autorité de la concurrence.

Dans l’hypothèse où il se réaliserait, les quelques 3000 salariés d’Auchan concernés verraient leur contrat de travail transféré à un franchisé : une entreprise indépendante adhérente à Intermarché. En cas de transfert, le code du travail prévoit que les salariés de l’entreprise cédée restent couverts pendant encore 15 mois par les accords sociaux en vigueur chez leur ancien employeur. Mais d’expérience, nous savons que certains adhérents [à Intermarché] n’appliquent pas les anciens accords, nous l’avons constaté à l’occasion de la reprise de magasins Casino par Intermarché il y a deux ans, témoigne Angélique Bruneau, secrétaire générale adjointe de la Fédération générale des travailleurs de l’alimentation, des tabacs et des services annexes (FGTA FO).

La cession de tous les hypers et supermarchés de Casino, en 2024, avait entraîné le transfert de 20 000 salariés vers Intermarché, Auchan et Carrefour.

Franchisés sans délégués syndicaux

Passés ces 15 mois, les salariés transférés perdent les avantages négociés chez leur ancien employeur et ne sont plus couverts que par la convention collective, moins-disante socialement, ou par les accords du repreneur. Toutefois, les représentants des salariés chez le nouvel employeur peuvent aussi négocier un accord, dit de substitution, qui prolonge les anciens avantages.

Mais dans le cas des salariés d’Auchan transférés vers des Intermarchés, la négociation de tels accord serait très hypothétique. Car les franchisés Intermarché sont des PME qui n’ont pas forcément de délégués syndicaux, explique Angélique Bruneau. Pour les salariés d’Auchan, la vente de leur supermarché à Intermarché est donc synonyme de régression sociale. Accessoirement, ces transferts d’une entreprise unique vers des PME découpe le paysage syndical, analyse la secrétaire générale adjointe de la FGTA.

Une promesse non tenue de la direction d’Auchan

De surcroît, certains des 91 supermarchés cédés risquent d’être fermés, pointe Angélique Bruneau. La situation d’un magasin accrochant sa nouvelle enseigne Intermarché en face d’un autre magasin Intermarché déjà présent à proximité n’aurait pas de sens d’un point de vue concurrentiel. Sans compter que des municipalités pourraient faire valoir leur droit de préemption sur les supermarchés pour en faire autre chose, signale Angélique Bruneau.

Pourtant, dans le projet initial du propriétaire d’Auchan, le groupe de la famille Mulliez, présenté en novembre dernier, les salariés d’Auchan devaient le rester. Guillaume Darrasse [directeur général d’Auchan Retail] l’a répété à plusieurs reprises, rappelle Angélique Bruneau. Le schéma présenté en novembre consistait à basculer les supermarchés Casino en franchise sous bannière Intermarché ou Netto, mais le fonds de commerce et les murs seraient restés la propriété d’Auchan et les salariés toujours sous contrat avec Auchan. Selon une source proche du dossier citée par l’AFP, l’objectif d’Auchan est de faire baisser de 6 à 8% les prix dans ses supermarchés.

Inscrire la portabilité des droits dans le code du travail

Finalement, ce schéma ne s’appliquera qu’à 164 des 266 supermarchés. C’est ce qu’annonçait le communiqué du 27 janvier. Quatre-vingt-onze supermarchés seraient revendus à Intermarché et onze conservés par Casino sous d’autres formats non détaillés.

Selon Angélique Bruneau, ce changement de plan et le choix de vendre quatre-vingt-onze supermarchés s’expliquerait par le problème soulevé par des adhérents Intermarché de voir s’installer un autre Intermarché en face d’eux. Compte tenu de la perte d’acquis sociaux que représente le transfert des contrats de travail lors d’une cession, la FGTA demande l’inscription de la portabilité des droits dans le code du travail.

Thierry Bouvines

L’inFO militante Le bimensuel de la Confédération