Aux origines de la liberté syndicale

Histoire par Christophe Chiclet

Grève des transports en 1891, un omnibus est pris d’assaut.

Paradoxalement, ce n’est pas la Révolution française qui a apporté la liberté au monde ouvrier, mais le Second Empire de Napoléon III avec la loi Ollivier, prémices de la loi Waldeck-Rousseau.

En 1791, la loi Le Chapelier interdit les coalitions de travailleurs. Malgré les révolutions de 1830 et 1848, le droit de constituer des syndicats est toujours refusé aux travailleurs. Le Second Empire, instauré en 1851 par Napoléon III, voit la France entrer dans la révolution industrielle. C’est l’époque de la naissance du prolétariat français, trimant dans les usines et les ateliers dix à douze heures par jour. Entre 1862 et 1864 les grèves sur le tas se multiplient dans tout le pays. L’empereur aurait pu choisir la répression, il a préféré l’ouverture, demandant au député républicain Émile Ollivier de préparer une loi. Cette dernière est votée le 25 mai 1864. Elle supprime le délit de coalition instauré par la loi Le Chapelier. Le droit de grève est reconnu mais restrictif : interdiction d’entrave au droit du travail et de toutes violences. En même temps les employeurs sont interdits de lock-out. Qui dit droit de grève, dit indirectement le droit de s’organiser. La reconnaissance des syndicats est en marche, momentanément stoppée par la répression de la Commune de Paris.

La loi Waldeck-Rousseau

En 1880, Jules Ferry est l’initiateur d’un projet d’autorisation de syndicats d’ouvriers et de patrons. Mais confronté aux multiples tentatives d’enlisement menées par les députés conservateurs, ce n’est qu’après quatre ans de joutes parlementaires que Waldeck-Rousseau (1846-1904), ministre de l’Intérieur du gouvernement Ferry, pourra enfin faire voter la loi du 21 mars 1884. Elle soumet le fonctionnement des syndicats à des règles très strictes. L’organisation des salariés peut désormais se développer au grand jour, mais à l’extérieur des ateliers et des usines. Les syndicats restent interdits sur les lieux de travail et dans la fonction publique, mais ils ont le droit d’aller en justice, de disposer du produit de leurs cotisations, d’acquérir les immeubles nécessaires à leur activité, de constituer des caisses de secours mutuels et de retraite. Les syndicats doivent déposer leurs statuts et indiquer les noms de leurs dirigeants, qui devront être français et jouir de leurs droits civiques, ce qui permet d’écarter nombre de communards qui en sont privés. Dès 1886, une fédération nationale des syndicats est créée à Lyon. En 1892 apparaît la Fédération des Bourses du travail. Tout est désormais en place pour la fondation de la Confédération Générale du Travail, à Limoges, en 1895.

 

Le républicain Émile Ollivier
Émile Ollivier est né à Marseille en 1825 dans une famille républicaine. Après des études de droit, il est nommé préfet par la Deuxième République en 1848, mais révoqué l’année suivante. En 1857 il fait partie des cinq députés républicains de Second Empire. En 1870 il est élu à l’Académie française dont il deviendra le doyen. Il meurt en Haute-Savoie en 1913.

Sur le même sujet

Discrimination syndicale : pour la combattre, se syndiquer !

Toute l’actualité par Valérie Forgeront

L’engagement syndical est « un facteur de progrès social », alors « oui, il faut se syndiquer ! », souligne la confédération FO qui participait récemment à la présentation du douzième baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi, dédié cette année aux discriminations syndicales.