Benjamin Cottereau a commencé à travailler à 16 ans, dans l’automobile, comme apprenti mécanicien, puis a enchaîné les CDD et les missions d’intérim. À 23 ans, j’ai voulu me poser. Comme mon père et mon frère étaient cheminots, j’ai postulé à la SNCF
, explique-t-il. Il pensait accrocher des wagons mais son bac pro lui permet de prétendre à un poste de conducteur de train. Il travaille d’abord au fret, durant sept ans, avant de passer au transport express régional en Nouvelle-Aquitaine, rattaché au dépôt de Bordeaux.
Il adhère à FO en 2006, un an après son embauche. À l’époque, je triais les wagons en 3x8 pour 1 400 euros par mois. Et parfois je travaillais 48 heures par semaine. Ce n’était pas cher payé. J’ai voulu avoir la réglementation du travail pour comprendre et le premier qui me l’a donnée, c’est le secrétaire régional de FO. On a sympathisé, les valeurs de liberté et d’indépendance m’ont beaucoup parlé et j’ai adhéré
, raconte-t-il.
Aujourd’hui secrétaire du syndicat FO-Cheminots de Gironde et, depuis 2023, secrétaire de l’union régionale, le militant est dans les starting-blocks pour les prochaines élections professionnelles qui se dérouleront du 19 au 26 novembre. Son objectif, que le syndicat passe enfin la barre des 10 % de représentativité au niveau régional. Lors du précédent scrutin, en 2022, il avait manqué seulement 26 voix, sur un effectif de 2 800 personnes. Dans son périmètre, le CSE TER, FO avait cependant réussi à décrocher deux sièges de titulaire et 17 % des voix chez les conducteurs.
Triplement du nombre d’adhérents
Avec l’équipe, on a fait un énorme travail, je suis assez confiant
, confie le militant. En quatre ans, le syndicat de Gironde a en effet presque triplé le nombre de ses adhérents et le syndicat de Poitou-Charentes a été relancé. Quand on n’est pas représentatifs, on n’a pas les mêmes moyens syndicaux. Mais je ne vais pas me résigner, je vais me battre
, prévient Benjamin Cottereau, adepte du militantisme de terrain. Officiellement, je fais moitié travail et moitié syndicat. Mais en réalité, je fais moitié travail et 100 % syndicat. Je discute tout le temps, en gare, entre mes trains. Et avec les permanences pour les élections et les tournées dans tous les CSE de la région, je viens d’enchaîner quatorze jours sans repos
, explique le père de famille.
Inviter les salariés aux journées découverte FO est l’une de ses stratégies de développement. Pour avoir un impact syndical il faut toucher les gens. Les deux tiers de ceux qui sont venus ont adhéré à FO. Comme nous ne sommes pas représentatifs, nous ne sommes jamais conviés par les autres syndicats dans les différentes commissions. Alors on a dû travailler différemment
, poursuit-il, soulignant la capacité d’analyse de FO et la qualité des formations.
Il alerte notamment les salariés sur les conséquences de l’ouverture du ferroviaire à la concurrence. Pour le TER, la Région Nouvelle-Aquitaine a été découpée en quatre lots attribués par appel d’offres. Le Poitou-Charentes a déjà été remporté par une filiale autonome de la SNCF. Le lot de lignes Limoges-Périgueux sera attribué en 2029, celui des Pyrénées-Atlantiques en 2030 et l’étoile de Bordeaux en 2031.
Aujourd’hui, on va partout, Limoges, Arcachon, Poitiers, Hendaye... Demain, avec l’ouverture à la concurrence, on ira moins loin, le travail sera plus monotone et les conditions de travail vont se détériorer. On est passés de 400 métiers du temps de la SNCF maison mère à 153 emplois repères aujourd’hui. C’est du dumping social en interne pour qu’on coûte encore moins cher
, dénonce-t-il.
