CCN : salaires et pouvoir d’achat au cœur des débats

Les Dossiers de l’InFO militante par Valérie Forgeront, Clarisse Josselin, L’inFO militante

© S. LIÉBOT

Les remontées du terrain ne laissent aucune ambiguïté : les travailleurs et assurés sociaux, actifs et retraités, n’en peuvent plus de leurs difficultés et sont en colère, ont souligné les membres du CCN les 23 et 24 septembre à Paris. Colère face à des salaires gelés ou insuffisamment augmentés. Colère par conséquent face à un pouvoir d’achat de plus en plus berne. Quant aux projets budgétaires du gouvernement pour 2027, lesquels menacent une fois de plus d’austérité les services publics et prévoient aussi de demander encore plus d’efforts aux travailleurs (dont aux retraités) alors qu’ils peinent déjà à joindre les deux bouts, ils attisent d’autant la colère. Les délégués FO ont ainsi placé au cœur de leurs débats la question du pouvoir d’achat et apporté leur soutien aux mobilisations qui ont déjà lieu dans différents secteurs. L’heure est aussi, souligne la résolution de l’instance, à préparer la mobilisation interprofessionnelle, y compris par la grève et dans l’action commune, pour gagner sur les revendications. Mandat a été donné au bureau confédéral pour aller dans ce sens.

Le dénominateur commun de toutes ces mobilisations, c’est la question du pouvoir d’achat

Les 23 et 24 septembre derniers, le Comité confédéral national de FO s’est tenu au siège de la confédération à Paris. C’était le premier rendez-vous de l’instance depuis le 26e Congrès confédéral de Dijon, en avril. Cinq mois après, l’actualité sociale est tout aussi dense, et plus encore. En cause : une économie en berne. Tous les moteurs de la demande sont en recul : consommation des ménages, investissement des entreprises, commandes publiques… Tous les voyants sont au rouge, les prix remontent, dopés par la forte accélération des prix de l’énergie (…), indiquait devant le CCN le secrétaire général de FO. Et Frédéric Souilllot de noter encore : La DARES a pointé la semaine dernière un fort ralentissement des salaires dans le secteur privé, donc des salaires négociés. Le Smic a été relevé en juin, à la faveur de l’inflation. Résultat, de nombreuses branches [cinquante-six, NDLR] se retrouvent avec des coefficients en dessous du Smic. Nous avons rencontré le groupe d’experts sur le Smic, l’occasion de rappeler nos revendications : revalorisation significative, lutte contre les temps partiels subis et les contrats courts, revoir les exonérations de cotisations sociales, sanctionner les branches non conformes au Smic, revitaliser la négociation collective…

La première revendication qui s’exprime sur le terrain

Au fil des cinquante-neuf interventions de délégués à la tribune, les difficultés croissantes des travailleurs seront particulièrement évoquées. Et si bien sûr d’autres sujets ont pris leur place dans ce CCN (développement et représentativité de FO, élections dans divers secteurs dont la fonction publique, négociations à venir dans le cadre de l’agenda social autonome…), c’est bien celui du pouvoir d’achat, qui fond comme neige au soleil, qui a été au cœur des préoccupations de l’instance. Avec celui aussi, indissociable, de la colère sociale qui gronde. Le CCN a donc largement débattu des options d’actions. Tout le monde est à bout de ce qu’il pouvait accepter, soulignait Franck Bergamini (UD Bouches-du-Rhône) ayant évoqué auparavant la situation des retraités. Dans le cadre de son plan d’efforts (54 milliards d’euros) pour les finances publiques, le gouvernement venait d’annoncer une désindexation, voire un gel, de certaines pensions de base (projet précisé depuis : un gel ou une désindexation au-delà de 1 260 euros, pension de base et complémentaire comprises). Cela « alors que le seuil de pauvreté est à 1 300 euros !, s’indignait le militant. Il faut qu’on mobilise, qu’on soit à l’initiative, appuyait-il. Le 29 septembre dans la fonction publique, à l’appel des huit organisations (dont l’Union interfédérale FO), s’annonçait déjà comme un moment important de mobilisation et d’exposition des revendications. Une journée à laquelle appelaient aussi des salariés du privé (personnels de la Sécu, de France Travail, MSA, commerce, entreprises privées telle Manitou en Loire-Atlantique…). C’est une mobilisation centrée sur la revendication salariale, le pouvoir d’achat. (…) C’était aussi celle des policiers et des agents de l’énergie qui ont manifesté le 15 septembre. Le dénominateur commun de toutes les mobilisations, c’est la question du pouvoir d’achat. C’est la première revendication qui s’exprime sur le terrain, insistait Frédéric Souillot.

La colère est là car tout cela est insupportable

Il manque en moyenne 500 euros par mois à chaque Français, rappelait Michel Le Roch (UD de Loire-Atlantique), mais 61 milliards d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires au deuxième trimestre, c’est plus qu’en Allemagne et en Angleterre. La colère est là car tout cela est insupportable. Il faut  une hausse des salaires et une vraie prime carburant, appuyait Sébastien Vacher (UD du Jura), confirmant :  la colère monte. Quand  FO demande le blocage à 1,50 euro le litre du prix des carburants : elle a raison, déclarait Clément Poullet (FNEC FP-FO), qualifiant d’inacceptable le plan d’efforts de 54 milliards d’euros. Même qualificatif du côté de Reynald Millot (UD de l’Yonne), souhaitant que le CCN sorte avec des perspectives de mobilisation, de résistance. On revendique notre rôle de bouclier, appuyait quant à lui Stéphane Bonnafous (UD Lot-et-Garonne). Frédéric Neau (Sécurité sociale, FEC FO) fustigeait, entre autres, le gel annoncé des APL. Et de pointer une prédilection de ce gouvernement à s’en prendre aux plus fragiles !. La protection des forêts et celle des citoyens ne peuvent être sacrifiées pour des économies. Il faut des moyens à la hauteur des besoins, indiquait Gérald Albano de l’UD des Landes, un des départements où les travailleurs ont été durement impactés cet été par les mégafeux. Le militant proposait de  construire la mobilisation, de décider de rassemblements et de grèves interprofessionnels, un samedi par exemple. Sylvia Veitl (Pharmacie) évoquait, elle, l’organisation éventuelle d’une semaine FO pour le pouvoir d’achat. Il faut montrer qu’on est mobilisés, montrer à nos politiques qu’on est résistants, lançait Emmanuel Baudin (FAGE FO). Dans sa résolution très majoritairement adoptée (trois votes contre et une abstention),  le CCN appuie pleinement la grève et les mobilisations du 29 septembre de la fonction publique, rejointes par d’autres structures FO et notamment la montée nationale des pompiers avec leurs syndicats. Le CCN soutient les initiatives et déterminations des structures FO pour aider les salariés, les retraités et la jeunesse à mettre en échec les budgets d’austérité, obtenir les augmentations de salaires et le blocage des prix. Il donne mandat au bureau confédéral pour préparer la mobilisation interprofessionnelle, y compris par la grève et dans l’action commune, pour gagner sur les revendications.

VALÉRIE FORGERONT

 

Les missions publiques mises à mal par les coupes budgétaires

L’austérité budgétaire, qui menace de se poursuivre, le Premier ministre projetant pour 2027 un plan d’efforts de 54 milliards d’euros, se traduit déjà par des coupes budgétaires drastiques aux effets dévastateurs, voire contre-productifs, pour les missions publiques.

Le secteur culturel, bien que représentant un véritable moteur de l’économie avec 58 milliards d’euros de valeur ajoutée, est exsangue. Les budgets culturels des régions ont encore été baissés de 120 millions d’euros cumulés en 2025 et 2026. Vingt-huit grandes structures, théâtres ou orchestres, sont menacées dans leur existence, a alerté le 23 septembre, à la tribune du CCN, Françoise Chazaud, secrétaire générale de la FASAP-FO, qui redoute un  cataclysme social pour le secteur.

À France Télévisions, dont les dotations devraient baisser de 90 millions d’euros en 2027 après la perte de 150 millions en 2026, les salariés ont fait grève le 23 septembre, à l’appel notamment de FO. Ils exigeaient un financement public à la hauteur des missions et le renoncement à tout plan de suppression de postes.  La présidente, qui avait annoncé par voie de presse la suppression de 1 000 emplois, a indiqué hier [22 septembre, NDLR] aux syndicats qu’elle ne pouvait même pas garantir un plan de départs volontaires, aucun financement ne pouvant le soutenir, a poursuivi Françoise Chazaud.

À La Poste, l’État ne respecte plus ses obligations de financement des missions de service universel postal. Le groupe, confronté à la diminution des volumes du courrier, enregistre un milliard d’euros de déficit chaque année. Pour autant, le financement par l’État n’est toujours pas à l’ordre du jour, a dénoncé Christine Simon, responsable du secteur à FO Com, rappelant qu’il n’était plus possible de demander davantage d’efforts aux postiers. Un récent rapport sur le sujet suggère une redéfinition de ces missions par une adaptation du réseau ou une digitalisation de la presse. Ne cherche-t-on pas délibérément à supprimer le service public postal ?, a-t-elle alerté.

 Faire rentrer de l’argent devrait être une priorité

Au ministère des Finances, l’austérité a clairement favorisé les cyberattaques contre les sites Internet des impôts l’été dernier. Tous nos applicatifs ont été développés sans moyens. Et la première chose qui saute quand vous n’avez pas les moyens, ce sont les mesures de sécurité, a expliqué Pascaline Kerhoas, secrétaire générale de FO-Finances.

Le réseau territorial de la DGFIP, qui a déjà été diminué de moitié depuis 2019, va être réduit comme peau de chagrin. D’ici 2030, trois cent trente nouvelles fermetures de services et antennes sont prévues.  À terme, dans vos départements, vous n’aurez plus qu’un service impôts pour les particuliers, un service impôts pour les entreprises, et un centre foncier, a alerté la militante.

Aux douanes, un plan européen prévoit la création de quarante-deux pôles régionaux d’investigation et l’installation de vingt-cinq scanners fonctionnant en continu pour lutter contre la hausse des fraudes.  Pour les faire fonctionner, on nous annonce le recrutement de 530 agents d’ici 2030, mais aucun n’est prévu dans le budget 2027, a dénoncé Pascaline Kerhoas.

Au ministère des Finances, qui a perdu 30 000 agents en quinze ans, toutes les directions sont exsangues. Pourtant, en luttant contre la fraude fiscale, sociale et les importations illégales, c’est le ministère qui fait rentrer de l’argent, ce qui devrait être une priorité, a-t-elle rappelé.

CLARISSE JOSSELIN

 

Mobilisés pour l’augmentation des salaires

La baisse du pouvoir d’achat liée à l’inflation, notamment la flambée des prix du carburant, et à l’insuffisante revalorisation des salaires a été au cœur des débats du CCN. La situation est d’autant plus tendue que le gouvernement envisage un nouvel effort sur les finances publiques, soit 54 milliards d’euros dont 43 milliards en nouvelles mesures en 2027. Tout le monde devrait se serrer la ceinture et faire des efforts, sauf les patrons et les hommes politiques. Ce qui remonte du terrain, quel que soit le secteur, c’est y’en a marre, ça ne peut plus durer, a tonné Sébastien Busiris, de la FEC-FO.

Choisir entre faire le plein pour aller travailler, remplir son frigo ou payer ses factures est devenu une réalité pour nombre de travailleurs. Tout ce que nous vivons aujourd’hui dans l’Hexagone, c’est la vie chère que nos camarades ultramarins vivent depuis toujours, a souligné le secrétaire général de FO, Frédéric Souillot. La situation est toujours plus dure pour les salariés à temps partiel subi, comme dans l’hôtellerie-restauration ou la grande distribution, a rappelé Laurent Rescanières, de la FGTA-FO. 

Il y a des milliards d’euros pour la loi de programmation militaire, mais les personnels civils n’en voient pas un euro. Certains sont obligés de ramener un peu de pain et de beurre de la cantine pour pouvoir faire le repas du soir, a témoigné Valéry Michel, de FO-Défense. Dans la fonction publique, un agent de catégorie C (45 % des effectifs) peut attendre dix-neuf ans de carrière pour gagner 30 euros au-dessus du Smic. C’est la première fois dans l’histoire de la fonction publique qu’on change d’échelon mais pas de rémunération !, a alerté Christian Grolier, pour la FGF-FO et l’Union interfédérale FO-Fonction publique.

Les retraités aussi voient leur pouvoir d’achat s’éroder.  En dix ans, l’inflation a progressé de 22,5 %, alors que les pensions de base n’ont augmenté que de 17,2 %. Durant cette période, les retraités ont perdu l’équivalent de quatre à six mois de pension, a détaillé Paul Barbier, de l’UCR-FO. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de proposer pour 2027 une désindexation des retraites et une réduction du plafond de l’abattement fiscal de 10 %.

Soixante et un milliards d’euros de dividendes versés

 Le problème de fond, ce sont les salaires, estime Ludovic Durand, de Lozère, département rural où l’utilisation de la voiture est une nécessité. Depuis l’augmentation du Smic en juin dernier, cinquante-six branches se retrouvent avec des coefficients inférieurs au Smic, a rappelé Frédéric Souillot, encourageant les militants à négocier, dans les entreprises, une prime de transport et une clause de revoyure pour les salaires en cas d’inflation.

La colère gronde chez les salariés qui ne parviennent pas à arracher des augmentations de salaire conséquentes. Parallèlement, soixante et un milliards d’euros de dividendes ont été versés aux actionnaires au troisième trimestre, un record en Europe et le deuxième niveau mondial après les États-Unis, a souligné François Trinquet, des Hauts-de-Seine.

Sur le terrain, l’heure est à la mobilisation. Plusieurs fédérations et UD ont ainsi indiqué appeler ou apporter leur soutien à la participation des salariés du privé à la grève de la fonction publique du 29 septembre. Les salariés ne sont pas résignés et résistent, a prévenu Jean-Paul Paquiry de La Réunion, où plusieurs conflits gagnants ont été menés chez Proxim’services (aide à la personne), Canal+ ou Derichebourg (déchets). Des appels à la grève commencent à être lancés dans les secteurs de la Fédéchimie-FO ou par la fédération des transports et de la logistique FO-UNCP. Le CCN, dans sa résolution, a donné mandat au bureau confédéral pour préparer la mobilisation interprofessionnelle, y compris par la grève et dans l’action commune, pour gagner sur les revendications.

CLARISSE JOSSELIN

 

Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

L’inFO militante Le bimensuel de la Confédération

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