Alerte :
[Congrès Confédéral 2026] les inscriptions au congrès confédéral sont ouvertes sur www.e-FO.fr

Colloque sur l’IA : revue des opportunités et des risques pour les travailleurs

InFO militante par Thierry Bouvines, L’inFO militante

Un colloque sur les incidences de l’intelligence artificielle sur le travail, organisé par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) et l’Association française pour l’Organisation internationale du travail (AFOIT), a permis de faire un état de la recherche et du dialogue social sur le sujet. Tout reste à construire.

L’Association française pour l’Organisation internationale du travail (AFOIT) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE) organisaient, le 19 février 2026 au CESE à Paris, un colloque sur l’intelligence artificielle (IA) et le monde du travail. Y participait notamment Éric Peres, secrétaire général de FO-Cadres.

Les incidences de l’IA sur l’emploi et les métiers suscitent des débats entre spécialistes. Selon une étude de l’OIT [1], un quart des métiers sont exposés à l’IA au niveau mondial , explique Cyril Cosme, directeur du Bureau international du travail de Paris. Essentiellement des métiers de bureau (administrations, banques, médias...) jusque-là épargnés par l’automatisation, souvent occupés par des femmes et situés dans des pays riches. Selon Cyril Cosme, l’IA porte le risque d’une concentration de la valeur ajoutée dans la conception des IA, entraînant du même coup une nouvelle division internationale du travail. D’un côté les concepteurs et de l’autre les travailleurs du clic qui alimentent les IA. Ces travailleurs occupent des emplois précaires qu’on trouve notamment au Kenya. Mais ces emplois situés dans des pays pauvres leur apportent un complément de revenu, constate Frédéric Bardeau, président cofondateur de Simplon, un organisme de formation spécialisé dans les technologies, bien implanté en Afrique.

Pas de consensus sur l’impact de l’IA sur l’emploi

Les incidences de l’IA sur l’emploi des jeunes diplômés ne font pas non plus consensus. Vincent Mandinaud, chef de projet à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), estime que l’IA comporte un risque pour les nouveaux entrants de ne pouvoir accomplir le premier geste. Par exemple, pour les consultants juniors qui faisaient leurs armes avec les comptes rendus des réunions, d’être remplacés par l’IA. Mais l’étude américaine [2] qui corrèle la baisse de l’emploi junior à l’IA est très discutée, signale Yann Ferguson, sociologue, directeur scientifique du LaborIA, un programme de recherche créé par le ministère du Travail, qui publie études et recommandations sur l’IA [3]. Yann Ferguson s’inscrit également en faux contre l’idée selon laquelle l’IA rend obsolètes les compétences techniques. Pour lui au contraire, il faut être solide dans les compétences traditionnelles pour être compétent en IA. D’un autre côté, Frédéric Bardeau constate une baisse de 40% du nombre de programmeurs inscrits en alternance dans ses formations.

Sans consensus scientifique sur les incidences présentes et encore moins sur les incidences à venir de l’IA sur le travail, l’associer à un risque ou à une opportunité est pour l’instant perçu comme une affaire de conviction. Celle de Jean-Pierre Farandou est faite. Le ministre du Travail avait enregistré un message diffusé lors du colloque, l’objectif est de déployer massivement l’IA ; les salariés vont devoir se former ; c’est un enjeu de productivité. Mais, admet-il, il faut aussi du dialogue social sur ce sujet. Pour Thierry Beaudet, président du CESE, avant d’être un sujet technique, l’IA est un sujet social ; son intégration dans l’univers professionnel doit être subordonnée au dialogue et à la concertation. Pour sa part, Jean-Lou Blachier, président du Groupement du patronat francophone, estime que l’IA est une formidable opportunité ; elle suscite des craintes qui sont surmontables en discutant.

Peu d’accords d’entreprise sur l’IA

Plus largement, estiment les représentants syndicaux participant au colloque, le dialogue social sur l’IA est de mauvaise qualité. Peu d’accords d’entreprise traitent de l’IA, constate l’un de ces représentants. Le dialogue social sur le sujet est tendu et il faut aller en justice pour obtenir une information-consultation, relève une autre, à la tête d’un syndicat de cadres. Elle cite les cas du Moniteur (groupe de presse), de France télévisions, et de France travail où il a fallu trois ans pour pouvoir discuter d’IA. Il manque le patronat, relève de son côté Éric Peres pour FO-Cadres. Beaucoup d’entreprises ne se sentent pas en capacité de discuter, or c’est précisément quand le sujet n’est pas mûr qu’il faut discuter. C’est ce qu’a fait AXA, où a été signé un accord de dialogue social sur l’IA alors même que la technologie est en train de se déployer chez l’assureur, signalait un membre d’un autre syndicat.

Paramétrer les droits des travailleurs dans les IA

Pour Éric Peres, la négociation sur l’IA devrait être obligatoire, comme pour les salaires. En attendant, il existe une kit de survie du dialogue social [sur l’IA] en entreprise, vademecum créé par l’Anact. Éric Peres plaide en outre pour un dialogue des syndicats avec les concepteurs des IA, afin d’y paramétrer des droits ou des restrictions très en amont, par exemple l’interdiction de certaines pratiques de recrutement. L’IA doit être contrôlée, c’est la condition pour la rendre acceptable, estime Marianne Tordeux Bitker, directrice des affaires publiques et de la Mutuelle nationale des hospitaliers et rapporteure de l’avis du CESE de janvier 2025 sur une « intelligence artificielle au service de l’intérêt général ». Ce n’est pas une bonne idée de remettre en cause son contrôle au nom de la simplification de la vie des entreprises. Plusieurs organisations patronales sont en effet critiques sur le cadre européen en cours de déploiement (IA act), qu’elles aimeraient alléger.

Thierry Bouvines

L’inFO militante Le bimensuel de la Confédération