Conditions de travail : côte d’alerte dépassée dans les établissements du secondaire

InFO militante par Elie Hiesse, L’Info Militante

Manifestation devant le ministère
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Jusqu’à 30 élèves par classe ! Les grèves dans les collèges et lycées publics, le jour de la rentrée scolaire, n’ont pas surpris. La dégradation des conditions d’accueil et de travail tient en deux chiffres, rappelés par la FNEC FP-FO dans sa lettre à Emmanuel Macron du 19 septembre : 7 900 postes d’enseignants du second degré public y ont été supprimés en cinq ans, alors que les effectifs ont augmenté de... 26 400 élèves.

Inédite, par contre, est la mobilisation des personnels d’établissement qui témoigne de la dégradation dans l’ensemble des services, au-delà des classes. Le 15 septembre, le syndicat Indépendance et Direction ID-FO manifestait devant le ministère de l’Éducation nationale, pour mettre en lumière l’épuisement des personnels de direction face à la surcharge de travail imposée, depuis 2018, par le train de réformes continues. Les arrêts-maladie se multiplient. Dans l’académie de Lyon, 10 % des chefs d’établissement ont dû être remplacés en cette rentrée. Le ministère doit agir d’urgence pour assurer un exercice serein du métier, expliquait Franck Antraccoli, secrétaire général.

En mai, ID FO, deuxième organisation du secteur, a exigé que le CHSCT-ministériel se saisisse du sujet des conditions de travail. Refusé. Là encore, rien d’une surprise. Depuis 2018, nos alertes restent lettre morte. La charte de pilotage signée en 2021, et censée mettre en place des garde-fous, est largement inappliquée, dénonçait le militant FO, pointant la situation d’insécurité professionnelle et de perte de sens où se trouvent aujourd’hui bon nombre de personnels de direction.

Dix à douze heures de travail quotidien

En témoignent les résultats de l’enquête initiée en juin par ID-FO auprès des 14 400 responsables d’établissement public local d’enseignement (les EPLE désignant les collèges et lycées). Parmi les 1 507 chefs et chefs adjoints d’établissement ayant répondu (10,5% des sondés), 88 % dénoncent une pression temporelle régulière ou permanente. 70 % disent travailler 10 à 12 heures par jour, 45 % le week-end et 25 % prendre moins de 5 semaines de repos annuelles. Et 66 % ont des symptômes physiques : mal de dos, migraine... L’état des équipements techniques ne facilite pas leurs missions : 55 % des répondants les jugent obsolètes.

Autre point saillant, l’enquête révèle la dégradation des relations entre les autorités (administration centrale, services territoriaux) et ces professionnels, qui se sentent réduits à un rôle d’exécution dans la précipitation, sans moyens dédiés ni décharge de leurs responsabilités juridiques.

65 % des répondants déclarent ne pas être consultés par les services académiques, dont les décisions impactent leur quotidien. 74 % avouent des difficultés à appliquer des consignes perçues comme inappropriées ou contradictoires et 41 %, des difficultés à donner du sens à leur action. Les questions posées aux services académiques restent souvent sans réponse : ils n’en savent pas plus que nous. Les chefs d’établissements se retrouvent donc démunis, et dans l’incapacité d’anticiper les opérations à mener. Pour exemple, le règlement d’examen du baccalauréat a changé tous les ans depuis sa réforme en 2019, précise Franck Antraccoli. Il met en cause le mode de pilotage, devenu particulièrement institutionnel pour soutenir la transformation du système éducatif vers l’École de la confiance, laquelle s’accompagne aussi de réformes des structures (services mutualisés).

Reçu par le cabinet du ministre, ID-FO a obtenu l’engagement qu’un groupe de suivi sur la charte de pilotage serait mis en place. Elle a maintenu sa demande de création d’un groupe de travail sur les conditions de travail, sous l’égide du CHSCT-ministériel. La balle est dans le camp du ministère. Nous attendons des résultats concrets, prévient Franck Antraccoli, qui n’exclut pas d’autres mobilisations.

La délégation d’ID-FO, menée par Franck Antraccoli, reçue au ministère.
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Elie Hiesse Journaliste à L’inFO militante

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