Dans les banques, les transformations technologiques ne doivent pas être une machine à supprimer les postes

InFO militante par Chloé Bouvier, L’inFO militante

© Pascal SITTLER/REA

Dans le secteur bancaire, la Société Générale et BNP Paribas ont d’ores et déjà annoncé la suppression de plus de 1 000 emplois chacune. Sous couvert de simplification via les nouveaux outils technologiques et l’intelligence artificielle, c’est un PSE silencieux qui se dessine. FO tire la sonnette d’alarme et demande des discussions au niveau de la branche.

Au sein de la Société Générale, la réorganisation se poursuit au détriment des salariés. Après les modifications des règles du télétravail en 2025, des suppressions de postes devraient marquer les années 2026 et 2027. Le 22 janvier, la direction a annoncé son intention de supprimer 1 800 postes sur les 40 000 que compte l’entreprise. Dans son communiqué, la banque au logo rouge et noir a expliqué simplifier ses modes de fonctionnement et les rendre plus efficace, plus responsabilisant et plus agiles. Le siège de la Défense et les activités de banque du quotidien en région seront touchés.

Ces suppressions ne devraient pas se faire par des départs contraints ou des plans de départs volontaires, le groupe mise sur l’attrition, soit le non-remplacement des départs en retraite ou encore la mobilité interne. Le cas de la Société Générale est loin d’être isolé, constate FO Banque alors que BNP Paribas a annoncé la suppression de 1 200 emplois, soit 20 % des effectifs. Le 22 janvier, plusieurs agences du Crédit Agricole, aux quatre coins de la France, étaient fermées en raison d’un appel à la grève. Salariés et organisations syndicales s’inquiètent de suppressions de postes à venir.

Un PSE silencieux dans une entreprise bénéficiaire

Au sein de la Société Générale, c’est un véritable PSE silencieux qui se dessine. Un PSE qui ne dit pas son nom car cela se déroule hors de tout cadre juridique et légal, souligne Fabien Reinert, secrétaire adjoint de la section FO Banques et Société Financières de la FEC-FO. Ces décisions sont complètement unilatérales, les organisations représentatives n’ont pas leur mot à dire, dénonce la secrétaire générale de la section, Mireille Herriberry.

FO Banques refuse que l’attrition devienne un PSE rampant, sans droits collectifs et sans garanties opposables, indique le syndicat dans un communiqué. C’est précisément pourquoi nous demandons, au niveau de la branche, zéro rupture sèche liée aux transformations, et un suivi consolidé des effectifs après transformation (ETP, taux de remplacement, mobilités, externalisations) pour éviter l’érosion progressive de l’emploi.

Ces suppressions d’emplois interpellent d’autant plus que la Société Générale est dans une situation économique plus que favorable. Alors que les résultats annuels doivent être présentés le 6 février, le groupe bancaire a priorisé depuis 2023 l’amélioration de la rentabilité de ses capitaux propres et l’augmentation de la rémunération versée à ses actionnaires. Qu’un groupe qui a fait plus de 4,1 milliards d’euros de bénéfice supprime autant d’emplois c’est incompréhensible. Sans difficultés financières précises, les entreprises doivent garantir les emplois, martèle Fabien Reinert. Pour FO Banques, il est inacceptable que l’emploi, les conditions de travail et la qualité du service rendu soient, une fois encore, les variables d’ajustement d’une trajectoire exclusivement financière, sans débat sérieux sur d’autres leviers : modération de la rémunération du capital, limitation des dividendes, réorientation des investissements vers les métiers, les compétences, la proximité et les territoires.

Pour FO, la technologie n’est ni une finalité ni un prétexte

La cause de ces suppressions d’emplois ? Le développement des services en ligne et l’adoption de l’intelligence artificielle qui remplacerait certaines tâches administratives. Mais sur ce sujet, il n’y a aucune discussion au niveau des entreprises sur ce que ces évolutions technologiques font aux métiers bancaires. Lorsque les organisations syndicales posent ces questions, on leur rétorque que cela tombe sous le secret industriel..., dénonce Mireille Herriberry. FO a notamment interpellé le 9 janvier la Fédération bancaire de France en rappelant un principe simple : la technologie n’est ni une finalité ni un prétexte. Elle doit être gouvernée et encadrée au service d’un projet responsable, et non pilotée par la seule rentabilité de court terme, au détriment de l’emploi, du travail réel et du service rendu. D’ailleurs, nous avons également interpellé le ministre du Travail et celui de l’Économie afin qu’ils se saisissent de ces problématiques ajoute Fabien Reinert.

Des salariés en souffrance et des clients défiants

Face au flou de l’impact de l’intelligence artificielle sur leur métier, les salariés bancaires ne peuvent que subir l’angoisse. Avec des répercussions. L’alerte sur la santé au travail est maximale explique FO-Banques. Nous avons recueillis des éléments qui montrent une augmentation significative de situations graves, notamment les accidents cardiaques et les AVC, mais aussi un épuisement professionnel important qui se traduit par des burnout des arrêts de travail de longue durée, avec, dans plusieurs cas, des reprises aménagées en mi-temps thérapeutique, indique Mireille Herriberry. Les militants s’inquiètent de la dégradation des conditions de travail, d’autant plus dans ce contexte de suppression d’emplois. Avec moins d’effectifs, la charge de travail va augmenter, ce qui favorise les risques psycho-sociaux pour ceux qui restent, rappelle Fabien Reinert.

Les clients paient également le prix de ces évolutions, en particulier avec la fermeture des agences, notamment dans les milieux ruraux. Dans les petites villes, les clients sont plus que des numéros : on les croise au supermarché ou à l’école. Et nous tenons tous à ce lien de confiance et cette proximité qui se retrouvent menacés. Et par ailleurs tous les publics n’ont pas forcément accès ou sont à l’aise avec les nouveaux outils numériques, insiste Mireille Herriberry. Plus largement, la robotisation et l’intelligence artificielle sont encore loin de convaincre tous les clients. Demandez-leur s’ils acceptent que leurs fonds soient gérés par une IA et vous verrez !, résume avec humour la militante.

Chloé Bouvier

L’inFO militante Le bimensuel de la Confédération