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Energie : nouvelle mobilisation des électriciens et gaziers

, Evelyne Salamero

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Electriciens et gaziers manifestainent à Paris, à l’appel de FO, le 29 janvier 2015, pour la défense de leurs statuts et de leurs emplois. Photographie : F. Blanc / FO Hebdo (CC BY-NC 2.0)

L’ensemble des électriciens et gaziers sont appelés à faire grève « massivement » ce 18 février, par FO et trois autres organisations syndicales pour « la pérennité du service public et des emplois ».

La mobilisation coïncide cette fois avec un comité central d’entreprise d’EDF au cours duquel la direction va présenter un projet de fermeture de plusieurs centrales thermiques (fuel et charbon). La grève du 21 janvier, déjà largement suivie, avait coïncidé avec un comité central d’entreprise au cours duquel la direction avait confirmé son intention de supprimer 3 350 emplois d’ici trois ans. Les organisations syndicales en redoutent plus de 4 000.

« Tous concernés, directement ou indirectement »

Si, comme lors des mobilisations précédentes, les organisations syndicales étendent leur appel à l’ensemble des salariés du secteur, c’est que « la situation est identique dans de nombreuses entreprises de la branche », soulignent-elles. A Engie (ex GDF –Suez) notamment, 1 500 suppressions d’emplois sont à l’ordre du jour.

« Conséquences sur les entreprises de la libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité, réorganisations incessantes du secteur de l’énergie, remise en cause des modèles de groupes intégrés, suppressions de milliers d’emplois, filialisation et externalisation d’activité... Nous sommes tous concernés, directement ou indirectement » écrivent les organisations syndicales.

Les usagers aussi

Si l’État reste l’actionnaire majoritaire d’EDF (à 85%), il use avant tout de cette position dominante pour récupérer des dividendes et réduire les coûts par tous les moyens.

La fermeture des centrales au fuel de Porcheville (Yvelines) et Cordemais (Loire-Atlantique) et de centrales au charbon vient s’ajouter à la mise en concurrence, sous la pression de Bruxelles, des concessions hydrauliques, et à la cession au secteur privé d’actifs stratégiques, dont 50 % de la filiale RTE (chargée du réseau public de transport d’électricité de haute tension).

Autant de décisions, dénonce la fédération FO, qui menacent l’indépendance énergétique de la France et placent la rentabilité au–dessus de l’intérêt des usagers.

La centrale de Porcheville, par exemple, est nécessaire à la sécurisation du réseau de toute l’Ile-de-France où la consommation d’énergie est particulièrement élevée.

« On ferme des centrales qui ne sont plus rentables du point de vue des actionnaires, car, le prix de l’électricité sur le marché ayant baissé, elles ne leur rapportent plus assez. Mais cela nous contraint à importer de l’électricité d’Allemagne pour passer les pointes de forte consommation. L’Allemagne, qui brûle du lignite, un charbon sale, bien plus polluant que le nôtre », explique Rémy Scoppa de la FNEM-FO.

La Fédération FO demande la renationalisation de l’Energie

Par-delà les emplois et les conditions de travail des électriciens et gaziers, c’est bien l’ensemble du service public que FO entend défendre.

Elle rappelle notamment que depuis l’ouverture des marchés, les factures ont augmenté (+49% pour l’électricité depuis 2007) et que la précarité énergétique explose (les coupures d’électricité et réductions de puissance pour impayés ont ainsi augmenté de plus de 7% en seulement deux ans, de 2012 à 2014).

Après avoir adressé une lettre ouverte au Président de la République, la fédération FO Energie et Mines (FNEM-FO), en la personne de son secrétaire général Vincent Hernandez, a également adressé un devoir d’alerte aux élus de la Nation par lequel elle appelle à la renationalisation de l’Energie.

« Il s’agit avant tout de revenir à une entreprise intégrée, que l’État reprenne la main, qu’il joue véritablement son rôle de puissance publique pour impulser une vraie politique industrielle dans un secteur stratégique et qu’on arrête la guéguerre entre les différentes entreprises du secteur en fonction des intérêts des actionnaires », explique Rémy Scoppa.

L’énergie, pas plus que la santé ou l’éducation, ne peut être considérée comme une marchandise, rappelle la fédération FO.

« En ce soixante-dixième anniversaire de la loi de nationalisation du 8 avril 1946, il serait judicieux de se replonger dans les travaux parlementaires pour comprendre pourquoi à l’époque, on a regroupé et nationalisé les 1700 entreprises d’électricité et du gaz », écrit Vincent Hernandez dans sa lettre aux élus. « On apprend toujours beaucoup de l’Histoire... », ajoute-t-il.

Encore faut-il vouloir apprendre.