Les postiers veulent remplir leurs missions en toute sécurité

Coronavirus / Covid19 par Evelyne Salamero

Article publié dans le Dossier Coronavirus / Covid19
© Gilles ROLLE/REA

Tous les établissements postaux chargés du tri et de la distribution du courrier sont ouverts à ce jour, même si leur activité est réduite du fait de l’absence de nombreux agents touchés d’une manière ou d’une autre par la pandémie.

La distribution des journaux devrait progressivement repasser à cinq jours par semaine. Quant aux bureaux de poste, les deux tiers devraient être ouverts avant la fin du mois a annoncé Matignon le 2 avril. Mais, « dans quelles conditions ? », s’inquiète la fédération FO-Com, qui renouvelle sa « seule revendication en ces temps de pandémie », à savoir que soit assurée « la sécurité optimale des postiers » pour qu’ils puissent « assurer leurs missions de service public. »

C’est bien connu, le facteur est l’un des personnages du quotidien préférés d’une majorité de Français. Mais cela ne suffit pas à régler ses problèmes, encore moins par temps de pandémie. Les personnels chargés du tri et de la distribution du courrier sont aujourd’hui plus que jamais à la peine.

Malgré des moyens dégradés, les facteurs font face à la pandémie pour assurer leurs missions

Les facteurs avaient déjà de plus en plus de mal à accomplir leur mission de service public dans un contexte de suppressions de postes et de réorganisations incessantes de leurs tournées, en particulier depuis la transformation de La Poste en société anonyme en 2010. « Au courrier, depuis une dizaine d’années, la masse salariale est réduite de 10 % par an parce que des milliers d’emplois de facteurs ont été supprimés », rappelle Jean-Philippe Lacout, facteur et responsable de la branche courrier à la fédération FO-Com. Aujourd’hui, les facteurs doivent en plus, dans ces conditions dégradées, affronter les conséquences de la pandémie.

Aujourd’hui, les réorganisations sont à l’arrêt, non parce que la direction l’a décidé, mais parce que de fait, elles ne peuvent pas se faire, précise le responsable FO.

De 30 % à 40 % des agents sont actuellement absents, indique-t-il. Pourquoi ? Parce qu’eux aussi, comme tout un chacun, subissent les conséquences de la pandémie. Ces agents à l’arrêt sont soit atteints par le Coronavirus, soit mis en quarantaine par les médecins du travail de l’entreprise car ils souffrent d’une pathologie à risque, soit en garde d’enfants du fait du confinement général. « Si un cas est détecté dans un collectif de travail, tout le collectif est mis en quarantaine, ce qui explique que plusieurs centres de tri ont dû suspendre leur activité pendant plusieurs jours. », ajoute Jean-Philippe Lacout.

Un fort sentiment d’injustice

Très en colère contre la campagne de dénigrement relayée par certains médias ces derniers jours, il remet les pendules à l’heure : « Non, ce n’est pas parce que la moitié des facteurs a " décidé " de se mettre en arrêt maladie que la presse ne pouvait plus être distribuée cinq jours sur cinq ! Les facteurs ne sont pas des robots, ils tombent malades comme tout le monde, ils se mettent à l’abri quand ils se sentent en danger comme tout le monde et ils font de leur mieux malgré tout cela pour assurer leur mission de service public. »

Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort « qu’après nous avoir expliqué pendant des années que nous faisions partie d’un autre âge, on nous rappelle pour monter au feu et soudain le service public redevient de première importance. Mais un service public ne doit pas exister que quand il y a le feu à la maison ! », s’insurge le responsable FO.

Et de rappeler aussi, ce dont il est beaucoup moins question dans les médias, que la direction de La Poste était censée avoir un plan de continuité d’activité prêt à l’emploi en cas de crise nationale majeure, ce qui visiblement n’est pas le cas…

Protection sanitaire : face à la multiplication des droits de retrait, les directions ont commencé à agir

S’il souligne le rôle positif joué par la médecine du travail interne à l’entreprise (les médecins du travail de La Poste ont personnellement contacté les agents souffrant de pathologies à risque inscrits dans leurs fichiers), Jean-Philippe Lacout rappelle à quel point l’action syndicale a été et continue d’être déterminante pour faire appliquer les règles de sécurité sanitaire. « Nous avons par exemple eu beaucoup de mal à obtenir la commande de panneaux en plexiglas pour les guichets liés à la distribution du courrier et des colis (carrés pro), alors que les agents qui les tiennent sont en contact avec la clientèle, tout comme ceux des guichets liés aux opérations financières. », témoigne-t-il.

« Au début, nous avons défendu beaucoup de collègues qui ont fait valoir leur droit de retrait », rappelle-t-il aussi. La direction de La Poste n’avait en effet pas accédé à la revendication de la fédération FO, formulée dès le 17 mars, de fermer les établissements durant deux à trois jours, le temps de désinfecter les locaux et de mettre en place toutes les mesures sanitaires nécessaires.

« Depuis, beaucoup de collègues ont pu reprendre le travail. La multiplication des droits de retrait a donné un coup de fouet aux directions pour qu’elles mettent en place les mesures barrières », indique Jean-Philippe Lacout.

« L’essentiel de notre activité syndicale est à la mise en sécurité des agents. Nous ne revendiquons rien d’autre pour le moment »

Mais qui contrôle que ces mesures de protection sont effectivement correctement et durablement mises en place ? « Le syndicat, grâce au maillage territorial de nos structures », répond le responsable FO, qui résume : « Depuis le début de la pandémie, c’est l’essentiel de notre activité : la mise en sécurité des agents. Nous ne revendiquons rien d’autre pour le moment. »

Pour les facteurs et factrices, pour les agents sur les plates-formes de tri, mais aussi pour les postiers et postières travaillant derrière les guichets, la fédération FO-Com a renouvelé le 3 avril sa « seule revendication en temps de pandémie », à savoir que soit assurée « la sécurité optimale des postiers » pour qu’ils puissent « assurer leurs missions de service public. »

La revendication de FO-Com reste un service postal un jour sur deux, avec 50 % seulement des agents simultanément présents sur les sites

Le 2 avril, le Premier ministre a annoncé que les deux tiers des bureaux de poste seraient ouverts d’ici la fin du mois d’avril. La distribution des journaux, réduite à trois jours par semaine, devrait repasser à quatre jours par semaine, puis à cinq jours d’ici la mi-avril, en vertu d’un accord passé entre la direction de La Poste et l’Alliance pour la presse d’information générale (APIG), qui regroupe 305 publications éditées par 175 entreprises.

La distribution de la presse fait effectivement partie des missions essentielles de service public de La Poste, tout comme l’accessibilité bancaire et donc le versement des minima sociaux, l’aménagement du territoire et le service universel postal, rappelle Christine Besseyre, secrétaire générale de FO-Com. Mais, ajoute-t-elle, la fédération continue de revendiquer que La Poste ne fonctionne qu’un jour sur deux et qu’il n’y ait jamais plus de 50 % des effectifs présents simultanément sur un site pour permettre de garantir une distance d’un mètre minimum entre deux agents.

FO adresse ses revendications à la direction de La Poste, pas à son actionnaire principal

Ces revendications, souligne Christine Simon, secrétaire fédérale pour le secteur poste, FO les adresse au président de La Poste, Philippe Wahl, et à son comité exécutif, et à eux seuls. Pourquoi cette précision ? « Ce sont eux qui gouvernent l’entreprise et sont garants de son bon fonctionnement », contrairement, dénonce la fédération, à ce que pourrait laisser penser les récentes interventions télévisées d’Éric Lombard, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, devenue actionnaire principal de La Poste le 4 mars dernier.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante

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