FO dénonce un chantage à l’emploi chez Ryanair

Transport aérien par Clarisse Josselin, journaliste L’inFO militante

© Lydie LECARPENTIER/REA

Exploitant la crise liée au coronavirus, la compagnie low cost menace de licencier 27 hôtesses et stewards si le syndicat FO, majoritaire, n’accepte pas des baisses des salaires. L’entreprise, extrêmement rentable, a en outre bénéficié d’aides publiques dans le cadre de la crise sanitaire. FO est déterminée à se battre pour sauver l’emploi et les salaires.

Un comportement de prédateur, ni légal, ni acceptable. C’est ainsi qu’Yves Veyrier, secrétaire général de FO, a qualifié l’attitude de la compagnie low cost Ryanair sur RTL le 1er juin. La direction a demandé mi-mai au syndicat SNPNC-FO, majoritaire chez les hôtesses et stewards, d’accepter une réduction de salaire pendant cinq ans pour les personnels navigants commerciaux (PNC) employés dans l’hexagone, soit entre 160 et 180 salariés. Pour les chefs de cabine, la baisse de revenus serait de 10%. Les hôtesses et stewards étant déjà payés au Smic, la compagnie souhaite réduire leur temps de travail à 80%, pour un salaire net de 900 euros par mois. En cas de refus, l’entreprise fait planer la menace de 27 licenciements. Selon RTL, Ryanair souhaite également baisser de 20% la rémunération des pilotes, mettant en jeu 23 emplois.

Le syndicat FO dénonce un chantage au licenciement, en utilisant le prétexte du coronavirus pour faire baisser les salaires, déjà les plus faibles de la profession. Le SNPNC-FO s’oppose à cette brutalité injustifiée qui va plonger des centaines de familles dans la précarité, prévient-il dans un communiqué. Et cela alors que Ryanair a enregistré un milliard d’euros de bénéfices en 2019, en hausse de 13%.

Après huit ans d’absence, la firme low cost s’est réimplantée dans l’Hexagone en 2019, avec trois bases à Marseille, Bordeaux et Toulouse. Le SNPNC-FO a remporté les élections professionnelles organisées en janvier 2020. Mais depuis, Ryanair rechigne à respecter les procédures légales.

La première réunion du CSE s’est tenue le 8 mai, explique Damien Mourgues, délégué FO chez Ryanair. Depuis des mois, l’employeur refusait de réunir les instances nouvellement constituées. Il l’a fait car il lui fallait les noms du secrétaire général et du trésorier à donner à la Direccte pour pouvoir bénéficier des aides d’État pour le chômage partiel. En revanche, la direction conteste la demande du CSE d’expertises sur la situation économique et financière de l’entreprise. La justice a été saisie.

« Patron voyou »

La compagnie nous a dit qu’elle perdait de l’argent et qu’il fallait baisser les salaires, mais elle ne nous a pas montré les documents prouvant que c’était nécessaire, poursuit le délégué FO. Elle a formulé ses demandes par mail, nous lui avons rappelé que les discussions devaient se faire dans le cadre du CSE. Personne n’est prêt à accepter cette baisse, surtout sans documents à l’appui. Maintenant nous sommes dans l’attente, nous n’avons plus de nouvelles de la direction depuis le 18 mai.

Les élus SNPNC-FO se disent déterminés à se battre pour empêcher ces licenciements en démontrant qu’ils ne servent qu’à augmenter la rentabilité de la compagnie et à verser des dividendes aux actionnaires. Le 12 mai, le président de Ryanair a même déclaré dans un journal appartenant à Bloomberg que cette crise sanitaire était une opportunité de négocier le prix des Boeing, poursuit Damien Mourgues. Le syndicat appelle l’État français à faire respecter le cadre légal et garantir aux salariés des conditions de travail et de rémunération dignes.

Dans les médias, le ministre de l’Economie a dénoncé le 2 juin le chantage exercé par la compagnie irlandaise tandis que la ministre du Travail a demandé à Ryanair de réunir d’urgence son CSE.

La fédération FEETS-FO, qui voit en Ryanair le « patron voyou » du secteur demande à être reçue par le gouvernement. Elle souhaite connaître les actions que l’exécutif compte engager face à la situation catastrophique de l’économie du transport aérien, où des milliers d’emplois risquent d’être supprimés. Laisser faire le marché et croire qu’il saura s’autoréguler conduira à une catastrophe économique et sociale impactant le transport aérien, l’aéronautique et le tourisme, secteurs essentiels à l’économie, prévient la FEETS-FO.

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