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Fonction publique : la mobilisation s’inscrit dans la durée

, Valérie Forgeront

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Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Réunies lors d’une conférence de presse le 17 avril, les neuf organisations de la fonction publique dont l’inter-fédérale FO (UIAFP-FO) ont jugé sévèrement la surdité du ministère de l’Action et des comptes publics –et plus largement de l’Exécutif– vis-à-vis des revendications, notamment salariales. Les personnels contestent aussi quatre projets de réformes comme autant de menaces sur le statut général de la fonction publique et autant de dangers au plan de la pérennité des services publics et de leurs missions auprès des usagers. Les agents publics construisent actuellement la mobilisation à travers l’intersyndicale. Plusieurs temps forts sont d’ores et déjà annoncés : le 3 mai, le 15 mai, le 22 mai avec une grève nationale, sans compter l’action pour les salaires prévus à la mi-juin. Le carnet des rendez-vous de protestation s’étoffe.

Les neuf organisations syndicales de la fonction publique tenaient une conférence de presse mardi 17 avril au siège de l’inter-fédérale FO (UIAFP-FO) à Paris. Depuis un peu plus d’un mois, les fonctionnaires ont organisé plusieurs rendez-vous de ce genre avec la presse. Cela en deviendrait presque une habitude lançait sur le mode humour Christian Grolier, le secrétaire général de l’UIAFP-FO. La décontraction des représentants des neuf organisations s’arrêtera là.

Si l’ensemble des syndicats appellent à une nouvelle journée de grève et de manifestations le 22 mai, c’est que la colère gronde dans la fonction publique, et de plus en plus fort.

Ainsi pour la première fois depuis la grève du 10 octobre 2017, les neuf syndicats parlent d’une même voix concernant les motifs grève du 22 mai prochain. Comme ses homologues syndicaux, Christian Grolier exprimait ce mardi pour FO sa satisfaction d’une intersyndicale à neuf au lieu de sept il y a encore une semaine.

Le 22 mai souligne l’intersyndicale on espère faire encore mieux que le 22 mars, date de la dernière grève à l’appel à l’époque de sept organisations (sans la CFDT et l’Unsa) et massivement suivie. Lors de cette journée d’actions, certains services affichaient des taux de grévistes atteignant les 60%. Par ailleurs plus de 400 000 agents publics avaient participé aux différentes manifestations en France.

Un dialogue social « zéro »

Près d’un mois après cette action pour les salaires mais aussi pour le respect de la fonction publique, son statut général, ses missions et ses emplois, le gouvernement ne semble pas se préoccuper des revendications des quelque cinq millions d’agents publics. Dans un contexte social qu’elles qualifient d’agité et très lourd les neuf organisations qui apportent par ailleurs leur soutien aux agents qui mènent actuellement des actions (cheminots, hospitaliers, personnels d’Ehpad, salariés d’Air France…) s’indignent de l’absence d’écoute et de dialogue social du ministère de l’Action et des comptes publiques, et plus largement du gouvernement.

Les termes employés au cours de cette conférence de presse en disent long sur l’humeur des agents : préconisations néfastes du gouvernement lequel va à l’encontre des revendications des organisations syndicales, dialogue social zéro ou dans l’impasse, attitude inquiétante et anxiogène du ministère…

Tant sur le dossier du pouvoir d’achat que de celui des projets de réformes présentés en février les personnels ne sont pas entendus pas le gouvernement s’irrite Christian Grolier rappelant que d’autres mesures de réformes, celles émanant du Comité d’action publique 2022 (CAP22) –dont ont été écartés les syndicats– doivent être prochainement annoncées. Or, tout est à craindre insistent les neuf organisations, en colère par ailleurs que le chef de l’État, M. Emmanuel Macron, n’ait pas dit un mot sur la fonction publique lors de son interview télévisée le 15 avril dernier.

Que le ministère revoit entièrement sa copie

Depuis le 22 mars dernier, les agents ont donc entrepris de construire une mobilisation en continue, dans la durée indiquait ce 17 avril Christian Grolier.

De son côté, le ministère persiste à fixer des rencontres de concertation pour ses quatre projets de réformes : le développement de la rémunération au mérite, l’augmentation du nombre d’emplois contractuels, l’élaboration de mesures de départs volontaires et la restructuration des instances représentatives (réforme du dialogue social) notamment par fusion des CHSCT et des comités techniques/CT ou encore en vidant de leur sens les commissions administratives paritaires/CAP.

Le 3 mai –date par ailleurs d’une grève nationale des agents des finances publiques à l’appel de quatre syndicats dont FO mais aussi d’une réunion intersyndicale de la fonction publique– le ministère a fixé une rencontre de concertation avec les syndicats concernant le chantier du « dialogue social ». Les organisations demandent toutefois au ministère de revoir entièrement sa copie concernant les quatre axes de réformes. Le 4 avril dernier en effet, dans un texte commun, les syndicats avaient exprimé unanimement leurs critiques concernant ces projets.

Rassemblements de protestation le 15 mai

Pour autant, depuis le 1er février, le ministère n’a pas modifié d’un iota le contenu du document d’orientation pour refonder le contrat social avec les agents. Ce document qui en est à sa troisième version est censé servir de base de travail à la concertation lancée depuis le 29 mars et qui doit s’étirer jusqu’à l’automne.

Le 15 mai prochain, le ministère prévoit ainsi une rencontre avec les syndicats sur la contractualisation de l’emploi. Les neuf organisations rappellent que l’on compte près d’un million d’emplois contractuels au sein des trois versants de la fonction publique ce qui est déjà excessif. Elles rappellent aussi un principe essentiel du statut général la fonction publique : à un emploi permanent doit correspondront un emploi de fonctionnaire.

En réponse au ministère dont le projet vise à organiser un recours accru aux contractuels, aux emplois précaires donc, l’intersyndicale a prévu elle aussi un rendez-vous pour ce 15 mai… Elle appelle les agents à organiser des rassemblements de protestation le jour de cette concertation.

En grève, les agents perdent leur salaire

Au fil du mois de mai, les agents de la fonction publique programment ainsi différentes actions de protestation. Le 22 mai sera certes un point d’orgue mais si le gouvernement n’écoute pas davantage les revendications, ce point d’orgue pourrait ne pas être le dernier. D’ores et déjà les syndicats dont FO ont décidé que le rendez-vous salarial prévu à la mi-juin par le ministère sera un temps fort de mobilisationdes agents.

Des agents qui en plus de la menace portée par les projets de réformes annoncés en février supportent depuis le printemps 2017 des mesures qui malmènent leur pouvoir d’achat déjà en berne. Gel du point d’indice (servant au calcul du traitement indiciaire des fonctionnaires) en 2018, rétablissement du jour de carence pour maladie, compensation imparfaite de la hausse de la CSG, annonce de 120 000 suppressions de postes en cinq ans… Les agents via les neuf organisations demandent des mesures d’augmentation générale des salaires.

Ils demandent aussi que le gouvernement revienne sur ces mesures qui dégradent davantage encore leur pouvoir d’achat, lequel est en recul de 16% depuis 2000. Autant dire a tenu à rappeler pour FO Christian Grolier que les personnels ne font pas grève par plaisir. Lorsqu’ils sont en grève, les agents perdent leur salaire, c’est un acte très fort.

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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