Emploi et salaires

Grève dans les wagons-bars pour préserver les conditions de travail

, Clarisse Josselin

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Grève des salariés de Newrest Wagons-lits du 30 mars 2018.

L’appel à la mobilisation le 30 mars 2018 chez Newrest wagons-lits a été bien suivi. L’intersyndicale FO-CGT- Sud Rail, qui devrait déposer un nouveau préavis de grève très prochainement, redoute notamment une dégradation des droits des salariés dans le cadre de la restructuration des branches. Elle dénonce aussi une « volonté de briser la représentation du personnel ».

Les salariés de Newrest wagons-lits, prestataire de la SNCF pour la restauration à bord des trains, ont entendu l’appel à la grève lancé le 30 mars 2018 par une intersyndicale FO-CGT- Sud Rail. La mobilisation a été particulièrement forte sur l’axe de Paris-Montparnasse.

« Nous avons lancé ce préavis pour marquer notre ras-le bol », explique Jean-Marc Staub, secrétaire général de l’union FO de la restauration ferroviaire et délégué FO chez Newrest. Le syndicat est deuxième en terme de représentativité, avec 30.92% des voix.

Sur le tract de l’intersyndicale, les raisons de la colère se succèdent dans une liste longue comme un jour sans pain. En vrac, des ruptures conventionnelles forcées, une menace sur les jours de repos afférents aux jours fériés et sur le repos obligatoire après 9h45 d’amplitude, une polyvalence accrue à bord des trains, une hausse de salaire limitée à 1% alors que « les cadres dirigeants se remplissent les poches », une « arnaque sur la prime de participation »…

Les salariés ne veulent pas être rattachés à la branche de la restauration rapide

L’une des principales inquiétudes concerne l’avenir de la convention collective de la restauration ferroviaire, dans le cadre de la restructuration des branches. Les syndicats souhaitent son rattachement à la future convention des salariés du rail. « Mais le syndicat patronal du transport (UTP) ne le veut pas », explique le délégué FO. Les « baristas », surnom des serveurs de wagons-bars, risquent alors de rejoindre la branche des salariés de la restauration rapide ou celle des cafétérias, malgré des conditions de travail différentes. Ils pourraient perdre certains acquis sociaux liés à l’activité ferroviaire, notamment en terme de repos compensatoires.

Jean-Marc Staub dénonce aussi des conditions de travail « déplorables ». Il estime qu’elles se sont dégradées depuis l’arrivée en 2014 du prestataire Newrest, qui a succédé à Cremonini en remportant l’appel d’offres de la SNCF. «  Il y a des convocations disciplinaires abusives, y compris pour les personnels administratifs, à qui on reproche de ne pas remplir leurs objectifs, explique-t-il. Les gens se font virer au compte-goutte pour éviter un plan social. »

« On n’a jamais vu autant d’intérimaires que le 30 mars »

L’intersyndicale critique aussi, au vu du projet d’accord sur le droit syndical, une « volonté de la part de la direction de briser la représentation du personnel » . « La direction nous explique qu’elle appliquera les ordonnances Macron à la lettre et à minima, dénonce le délégué FO. Aujourd’hui, il y a 166 élus dans les instances représentatives du personnel et leur nombre pourrait être divisé par deux. C’est aussi une centaine de réunions en moins par an, et les crédits d’heures qui vont avec. Pour les TGV, l’employeur veut passer de quatre à un seul quatre comités d’établissement. Il y aurait le minimum de représentants de proximité. Dans ces conditions, on va être gênés pour défendre les salariés. »

Un nouvel appel à la grève devrait être lancé dans les prochains jours. Mais il sera diffusé le jour-même de la mobilisation. Les syndicats soupçonnent la direction d’avoir recruté des intérimaires pour « couvrir les trains des grévistes » lors de la grève du 30 mars 2018, ce qui serait illégal. « On n’a jamais vu autant d’intérimaires que ce jour-là et selon nous, certains n’étaient pas prévus, souligne Jean-Marc Staub. On va essayer de voir quand les contrats ont été commandés. Si c’est le vendredi après-midi, on ira certainement en justice. »