La nouvelle classification de la métallurgie, c’est pour dans six mois !

InFO militante par Thierry Bouvines, L’inFO militante

La nouvelle classification de la métallurgie sera effective le 1er janvier 2024. Elle permettra une description plus précise des emplois et facilitera la mobilité au sein de la branche.

A compter du 1er janvier 2024, les 1,6 million de salariés de la métallurgie seront couverts par une nouvelle classification. C’est un élément central de la nouvelle convention collective de branche signée en février 2022 par FO notamment. Il a fallu six ans, entre 2016 et 2022, pour aboutir à cette nouvelle classification.

Jean-Yves Sabot, secrétaire fédéral et trésorier de FO métaux, et Valentin Rodriguez, secrétaire fédéral en charge de l’automobile, ont suivi la négociation de bout en bout. L’actuelle classification a été négociée en 1972 et 1975, rappelle Jean-Yves Sabot. Dans l’intervalle, la métallurgie a changé. Il n’était donc pas illégitime de s’interroger sur une nouvelle classification. D’autant que faute d’outils et de définitions partagés, la classification actuelle est interprétable, et beaucoup ont pris leurs aises avec elle, analyse Valentin Rodriguez. Décalée par rapport à la réalité des emplois actuels, parfois dévoyée, l’actuelle classification est devenue compliquée à utiliser. Bien malin qui peut dire pourquoi tel ouvrier est à l’échelon P1, P2 ou P3, illustre Jean-Yves Sabot. Pour compliquer encore les choses, les cadres ont leur propre grille.

Reconnaître une variété de compétences

La nouvelle classification revient à l’essence d’une classification : Positionner les emplois les uns par rapport aux autres, explique Valentin Rodriguez. A noter qu’elle n’aura aucune incidence sur les salaires. Les emplois des métallos seront décrits par leur contenu réel et positionnés dans une classification unique (contre quatre auparavant) à 18 niveaux (autant de salaires minimum) et six critères (quatre auparavant) « classant » les différentes facettes d’un emploi.

La description des emplois sera donc plus précise. Un technicien de maintenance n’exerce pas le même emploi selon qu’il travaille dans une grande entreprise ou dans une PME, qu’il encadre quelques collègues ou qu’il doive d’abord être compétent en électricité, illustre Jean-Yves Sabot. Certaines entreprises auront donc une seule fiche pour décrire l’emploi par exemple de technicien de maintenance et d’autres plusieurs.

Autre avantage. Le salarié aura une meilleure visibilité sur son emploi et éventuellement son parcours, s’il souhaite évoluer. Le nouveau système va favoriser la progression des salariés dans la carrière, analyse Valentin Rodriguez. En regardant la fiche emploi d’un soudeur de niveau 3, un soudeur de niveau 2 saura quelles compétences acquérir pour passer au niveau du dessus.

Quatre outils pour permettre la classification

Ce n’est pas une révolution mais un outil partagé, qui n’est pas à la seule main des employeurs, analyse Jean-Yves Sabot. Pour que ce classement soit le plus univoque possible et le moins sujet à interprétation, les syndicats et le patronat ont négocié quatre outils :

 un référentiel pour analyser les emplois selon six critères (complexité de l’activité, connaissances, autonomie, contribution, encadrement-coopération, communication) et dix niveaux de maîtrise. Par exemple, au niveau deux d’autonomie, « l’emploi requiert d’appliquer des solutions identifiées sous contrôle fréquent ».

 un tableau de classement. A chaque emploi est attribué des points (de 6 à 60) en fonction des six critères et de leur degré de maîtrise. En fonction des points, un emploi entre dans une classe (il y en a 18) puis un groupe (il y en a 9).

 un glossaire, qui regroupe les définitions de tous les termes importants. Par exemple, une « qualification personnelle » correspond aux « savoirs et savoir-faire d’une personne résultant des connaissances et/ou de l’expérience acquise, validées ou non par une certification ».

 un guide pédagogique qui explique comment mettre en œuvre la classification. Ces outils sont consultables dans un site accessible à tous (https://www.convention-collective-branche-metallurgie.fr/classification/index.html)

 

Renault : FO se prépare à la rentrée des classifications

Déléguée syndicale central FO de Renault, Mariette Rih anticipe que la nouvelle classification va susciter beaucoup de questions de la part des salariés du constructeur lorsqu’ils prendront connaissance de leur fiche d’emploi, à la rentrée. Le syndicat se tient prêt à leur répondre.

La mise en œuvre effective de la classification est de la responsabilité des entreprises. Elles doivent procéder en trois étapes : décrire le contenu réel de chaque emploi dans une fiche ; rendre sa fiche accessible à chaque salarié ; attribuer des points à chaque emploi (le coter) afin de le faire entrer dans la classification.

Actuellement, les entreprises sont en phase d’élaboration des fiches.

Ainsi, les 30 000 salariés de Renault Group devraient avoir accès à leur fiche descriptive d’emploi en septembre ou octobre et disposeront d’un mois pour réagir, explique Mariette Rih, déléguée syndicale central (DSC) FO chez le constructeur. Les emplois de Renault seront décrits dans 532 fiches.

L’étape clé est la réalisation de ces fiches. La méthode d’élaboration varie d’une entreprise à l’autre. Certaines sont paritaires, d’autres moins. Renault a fait le choix d’une démarche paritaire, explique la DSC FO. Une équipe composée d’un responsable classification, des RH, de responsables métiers, de salariés et d’un référent par organisation syndicale est chargée de suivre l’élaboration des fiches emploi.

Répondre aux questions des salariés

Comme les autres militants de la fédération FO Métaux, elle voit des avantages à cette nouvelle convention collective. La classification contribue, avec la mutuelle et la prévoyance que nous avons renégociées et harmonisées fin 2022, à créer un socle social commun à Renault, fait-elle valoir. Cheville ouvrière du déploiement de cette classification, elle identifie des points de vigilance à venir pour son syndicat.

L’accord de branche dispose que l’employeur communique [au salarié], par tout moyen, la fiche descriptive de l’emploi qu’il occupe. La direction a promis que les fiches emploi des salariés leur seront accessibles à la rentrée. FO demande que la présentation de sa fiche au salarié ait lieu lors d’un entretien avec la direction, afin qu’il ne la découvre pas tout seul, explique Mariette Rih. Le moment où les salariés prendront connaissance de leur fiche descriptive d’emploi sera un moment important pour eux et suscitera forcément des interrogations. Il faudra que nous soyons disponibles pour répondre aux questions des salariés lorsqu’ils vont en prendre connaissance.

La déléguée FO anticipe par ailleurs un sujet pour certains techniciens qui seraient classés cadre dans la grille. La nouvelle classification décrivant la réalité des emplois, il est possible que des techniciens qui assument actuellement des tâches d’encadrement basculent sous le statut cadre, ce qui est une bonne chose. Mais tous les techniciens n’ont pas envie d’assumer tout ce qu’on attend d’un cadre, explique Mariette Rih. Sans compter le passage au forfait jours et son incidence sur les heures supplémentaires. Il faudra respecter et écouter les demandes de ces techniciens. J’ai alerté la direction à ce sujet.

 Voir en ligne  : Site paritaire dédié

Thierry Bouvines

L’inFO militante Le bimensuel de la Confédération