La pilule a 60 ans

Histoire par Christophe Chiclet, journaliste L’inFO militante

Avec l’apparition de la pilule, un véritable vent de libération s’est levé : enfants désirés et non subis, droit au plaisir sans crainte. Le corps des femmes commence alors à appartenir aux femmes.

Outre les religions du livre, entre autres, fortes à bannir le plaisir de la chair et pour qui les relations sexuelles ne doivent que servir à procréer, les politiques natalistes des États ont tout fait pour freiner la contraception.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale la France est exsangue. Il faut donc faire des enfants pour combler le vide sidéral des tranchées. La loi du 31 juillet 1920 interdit l’avortement et la propagande anti-conceptionnelle. Ces actes sont très sévèrement réprimés. Les avorteuses sont arrêtées et lourdement condamnées. L’une d’elles sera guillotinée sous Vichy. En 1956, une poignée de députés va tenter sans succès de faire abroger cette loi.

Mais en 1950, une biologiste américaine, féministe et riche héritière, Katerine Mc Cormick, avec l’endocrinologue Gregory Pincus, réfléchit à un mode de contraception permettant de choisir ses grossesses, mais aussi d’éviter ces millions d’avortements toujours traumatisants et souvent fatals aux femmes. Il s’agit de trouver un médicament, une pilule basée sur une hormone synthétique capable de bloquer l’ovulation.

En effet, aux États-Unis, après la crise de 1929, une réflexion s’ébauche sur le contrôle des naissances pour lutter contre la pauvreté des classes populaires. La fondation Rockefeller va soutenir ce mouvement contre les églises (catholique et protestante) et l’Amérique profonde. Avant la Seconde Guerre mondiale, le planning familial voit le jour, essentiellement dans les grandes villes de la côte Est.

En 1951, le chimiste mexicain Luis Miramontes (1925-2004) découvre l’hormone de synthèse. Mais nous sommes en plein maccarthysme et les pouvoirs publics ne financent pas ce programme. C’est donc Katerine Mc Cormick qui va financer les recherches de Pincus et de l’obstétricien John Rock. Dès 1956, la pilule est au point mais l’administration puritaine freine autant qu’elle le peut.

Une longue marche vers la libération

La première pilule contraceptive est mise en vente sur le marché américain le 18 août 1960. Elle ne sera légale dans tous les États du pays qu’en 1965 pour les femmes mariées et pour les non-mariées en 1972. Jusqu’en 1982 sa publicité sera interdite. L’Australie et l’Allemagne de l’Ouest seront les deux premiers pays à emboîter le pas des États-Unis dès 1961. Et les Japonaises devront attendre 1999 !

En France, les pilules en provenance de l’étranger se vendent sous le manteau, jusqu’à ce qu’un député gaulliste, Lucien Neuwirth, prenne le taureau par les cornes.

C’est lui qui proposera le texte de cette loi adoptée le 19 décembre 1967, abrogeant la loi de 1920 et autorisant la commercialisation de la pilule en France. Mais sa publicité reste interdite, ainsi que la vente aux mineures de moins de 21 ans, sauf autorisation parentale.

Il faudra attendre les décrets d’application de 1969 et 1972 pour que la pilule soit enfin facilement accessible et finalement remboursée par la Sécurité sociale avec la loi du 4 décembre 1974. Sa publicité ne sera autorisée qu’en novembre 1981 via une campagne télévisuelle organisée par Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme.

En 1969, seulement 600 000 femmes de France utilisaient la pilule. Le décret d’application du 24 avril 1972 crée les centres de planification et d’éducation familiale. Ces derniers distribuent gratuitement la pilule aux mineures. Mais faute d’accès à ce moyen de contraception, combien d’avortements ! C’est ainsi que le 5 avril 1971, des femmes connues signent le fameux « manifeste des 343 », exigeant le droit à l’avortement. Dans la foulée, les féministes fondent en avril 1973 le MLAC (Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception).

Non sans difficulté, Simone Veil fait voter la loi sur l’IVG le 17 janvier 1975. Mais encore aujourd’hui ces droits sont entravés par certains médecins et des groupes de pression proches des églises et des droites extrêmes. La défense de ces deux grands acquis reste donc d’actualité.

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