Le « grand débat » fait débat

Revue de presse par Michel Pourcelot

@ Ian HANNING/REA

Les médias ont fait grand écho du « grand débat national » organisé par l’exécutif et censé forger un nouveau pacte économique, social et environnemental. Aperçus.

Marianne
Le gouvernement n’a de cesse de montrer que le grand débat national lancé par Emmanuel Macron est neutre, par exemple en lui trouvant des garants. Mais le site Internet granddebat.fr, censé permettre de le nourrir ou d’y contribuer en ligne, montre d’inquiétants symptômes de macronisme aigu. Ainsi, les fiches de présentation des quatre grands thèmes du débat choisis par le gouvernement, rédigées par les équipes de ce dernier, doivent notamment permettre à chacun de s’instruire de la situation du pays et de nourrir sa réflexion. Mais leur lecture laisse un léger goût de propagande. La plus importante, concernant la fiscalité et les dépenses publiques, étincelle qui a mis le feu aux gilets jaunes, brosse ainsi un tableau très orienté.

Le Figaro
Car il apparaitrait que les avis divergent sur l’aspect orienté ou non du questionnaire. De plus, certaines options ne sont pas du tout mises sur la table. Ils ne disent pas que les déficits ont des trajectoires corrélées à la croissance. On ne peut pas résumer la baisse des déficits à augmenter ou baisser les impôts car si vous avez beaucoup de croissance, vous faites peu d’efforts budgétaires. Ils ne parlent pas non plus du rôle de la politique monétaire et de l’inflation sur la soutenabilité de la dette, conclut Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

La Voix du Nord
De nombreuses communes ont déjà mis en place des cahiers de doléances ouverts au public. Reportage à Liévin et Tourcoing où les habitants ont exprimé de fortes inquiétudes par rapport à leur pouvoir d’achat et une certaine méfiance vis-à-vis des politiques. A Liévin (Pas-de-Calais). Longtemps, Alain, retraité de 72 ans, a occupé un rond-point avec un gilet jaune qu’il garde maintenant sur son pare-brise : J’ai trop de choses à faire ! Mais il a retrouvé les copains lors de la réunion publique organisée par le maire la veille et il a rempli trois pages du cahier de doléances dans le hall de la mairie de Liévin. En espérant que ça donne quelque chose ! Il y parle d’un pouvoir d’achat trop faible, d’une politique fiscale qui doit être plus juste. [...] dans l’ensemble, les contributions sont soignées et les thèmes récurrents : les habitants réclament une hausse des retraites, du Smic, le rétablissement de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), une meilleure lutte contre la fraude fiscale et un soutien plus marqué de la classe moyenne.

Le Monde
A Caudry (Nord), Luc, bonnet sur la tête, s’agace en lisant le questionnaire sur les services publics. Quelles démarches souhaitez-vous développer sur Internet en priorité ? Mais rien ! Ce questionnaire, c’est un faire-part de décès des services publics. Le retraité, mobilisé au sein des gilets jaunes, cite la fois où il a dû parcourir 80 kilomètres pour refaire faire sa carte d’identité.

Libération
Le gouvernement compte, lui, sur le grand débat pour légitimer sa réforme de l’État. Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? A l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ? Les deux questions figurent, comme une trentaine d’autres, dans la lettre aux Français récemment rédigée par Emmanuel Macron. Et parmi les sujets à traiter dans le grand débat national ouvert la semaine passée. En mode figures imposées.

Michel Pourcelot Journaliste

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