Le risque d’une « bénévolisation » de l’action publique

IRES par Philippe Guimard

© F. BLANC

Dans le cadre du programme d’études IRES-FO, la confédération vient de publier une recherche réalisée par le sociologue Simon Cottin-Marx portant sur le recours au bénévolat par l’État et les collectivités locales.

En France, le bénévolat est très majoritairement le fait du monde associatif mais les pouvoirs publics mobilisent aussi directement les bénévoles, ce qui pose notamment la question d’une substitution aux emplois publics.

L’enquête s’intéresse aux différentes réserves de l’État (Éducation nationale, police, gendarmerie, réserve civique) et des collectivités locales (sécurité civile, soutien aux personnes âgées). S’appuyant sur un travail de terrain et une trentaine d’entretiens, elle met en évidence l’engagement croissant de milliers de citoyens au sein de la sphère publique. Encore relativement restreinte (gendarmerie), expérimentale (police) ou liée essentiellement au contexte exceptionnel de la crise sanitaire (réserve civique, réserves citoyennes municipales), la mobilisation de bénévoles pour la mise en œuvre de politiques publiques passe déjà massivement par le biais des associations. Compte tenu des restrictions budgétaires, la tentation de solliciter une telle ressource gratuite est forte et appelle une vigilance syndicale renforcée.

Les bénévoles de la réserve citoyenne de la police nationale sont parfois mobilisés pour « pallier » le manque d’effectifs et assument alors des missions normalement dévolues à des fonctionnaires de police (accueil du public, secrétariat) ou des actions de prévention ou de médiation non prises en charge par ailleurs. Du côté de la gendarmerie, ils assurent le rayonnement de l’institution, fournissent des expertises ponctuelles et participent à la mise en place du Service national universel (SNU). À travers la Réserve civique et sa plateforme numérique qui centralise les offres de bénévolat, l’État entend aussi jouer un rôle nouveau d’interface entre bénévoles et structures demandeuses.

Un processus de substitution à l’emploi public ?

Dans les collectivités locales, le premier confinement (mars-mai 2020) a vu exploser les besoins sociaux alors que l’activité des associations d’action sociale et de solidarité était entravée par les restrictions. En réponse, des municipalités ont créé des réserves citoyennes ponctuelles qu’elles souhaitent désormais pérenniser dans le cadre d’une nouvelle forme de « démocratie participative », davantage tournée vers l’action que vers la délibération et la consultation. C’est le cas de la Mobilisation nationale contre l’isolement social des âgés (Monalisa), associant acteurs publics et privés, un dispositif qui empiète sur l’activité des professionnels du travail social.

Ce rapport illustre comment la crise sanitaire apparaît pour l’État et les collectivités locales comme une fenêtre d’expérimentation de nouveaux dispositifs de mobilisation directe (et indirecte) des bénévoles, confirmant le risque d’un processus de substitution à l’emploi public. Une perspective d’autant plus inquiétante que la société salariale est déjà déstabilisée par la précarité et le chômage.

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