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Le travail informel et la pauvreté battent des records en Afrique

, Evelyne Salamero

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En Afrique, le travail informel a particulièrement proliféré en quarante ans, devenant une préoccupation majeure. © Nyani QUARMYNE / PANOS-REA

Le travail informel a particulièrement proliféré ces quarante dernières années sur le continent africain, où une délégation de la confédération FO, conduite par Jean-Claude Mailly, s’est rendue du 6 au 12 mars, au Sénégal et au Burkina Faso.

Plus de 40 % de la main-d’œuvre mondiale est employée dans l’économie informelle, en dehors de toute réglementation, sans droits, et le plus souvent sans protection sociale. Quand celle-ci existe, elle est embryonnaire et individuelle.

En Afrique, le phénomène a particulièrement proliféré depuis quarante ans. Kwasi Adu-Amankwah, secrétaire général du Bureau régional africain de la CSI (Confédération syndicale internationale) y voit la conséquence de la mise en œuvre des Programmes d’ajustement structurel (PAS) et, plus généralement, de la prédominance de la mondialisation néolibérale en Afrique. Il évoque une flexibilisation du marché du travail, laquelle a conduit à l’informalisation d’emplois auparavant formels et à l’apparition de nouvelles formes d’emploi en dehors des normes du travail et de la protection sociale.

Résultat : en 2015, 57,8 % des actifs occupés sur le continent appartenaient encore à la catégorie des pauvres puisqu’ils vivaient avec moins de 3,10 dollars PPA (Parité de pouvoir d’achat) par jour, contre 26,4 % dans la région Asie et Pacifique, et 22 % dans les États arabes.

Les PAS du FMI ont imposé une réduction drastique des aides publiques, tant au secteur industriel qu’agricole, ce qui a entraîné des suppressions d’emplois massives et conduit de très nombreux travailleurs à se débrouiller pour survivre avec des petits boulots ou à travailler à leur compte, dans les deux cas de manière non déclarée.

Les « indépendants » sont les plus mal lotis

Moins de 8 %

des travailleurs pauvres cotisent à un régime de retraite dans les pays émergents et en développement.

Le travail indépendant est ainsi devenu une préoccupation majeure. Une préoccupation qui déborde du continent africain.

Parmi les 1,2 milliard de travailleurs informels que l’on compte dans l’ensemble des pays émergents et en développement et qui constituent un tiers des pauvres de ces nations, les plus mal lotis sont ceux travaillant à leur propre compte et les travailleurs collaborant à l’entreprise familiale, révèle un récent rapport de l’OIT qui met l’accent sur le lien entre pauvreté et mauvaise qualité de l’emploi [1] (y compris d’ailleurs dans les pays développés). Ces non-salariés constituent près de 70 % des travailleurs en situation de pauvreté, leur taux de pauvreté étant trois fois supérieur à celui des salariés.

L’OIT souligne que l’absence de protection sociale découlant de l’emploi informel et précaire n’est que partiellement compensée par le développement de régimes non contributifs : en moyenne les allocataires pauvres perçoivent un montant de prestations sociales sept fois inférieur à celui que reçoivent les non-pauvres

 

Décryptage : La pauvreté ou la guerre En 2012, selon l’OIT, il aurait fallu près de 600 milliards de dollars pour éliminer la pauvreté. L’OIT chiffre le montant minimal supplémentaire à allouer à la protection sociale dans le monde à près de 400 milliards de dollars. Éradiquer la pauvreté coûterait 0,5 % du PIB mondial et 1 % du PIB des pays émergents et en développement, conclut l’OIT. À titre de comparaison, les dépenses mondiales d’armement ont été estimées à 1 676 milliards de dollars en 2015, soit 2,3% du PIB mondial.

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Éphéméride

13 décembre 1980

État de guerre en Pologne
Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste. Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en (...)

Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste.

Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en 1970, lorsque, à Szczecin la grève paralyse les chantiers navals et qu’un comité de grève est élu démocratiquement avec à sa tête Edmund Baluka.

En juillet 1980, des grèves éclatent dans tout le pays suite à l’augmentation de 100% du prix de la viande. Mais l’étincelle vient d’un fait beaucoup plus mineur. Le 13 août, Anna Walentynowicz, une syndicaliste est licenciée des chantiers navals Lénine de Gdansk. Le lendemain, les 16.000 ouvriers débrayent, demandant la réintégration de l’ouvrière et une augmentation de 130 francs par mois.

Le 16 août, tous les ports de la Baltique sont touchés et un comité de grève interentreprises (MKS) est fondé. Les transports en commun entrent à leur tour dans la danse. Le patron du parti communiste polonais, Edward Gierek, annonce le 20 août quelques « réformettes » économiques et en même temps fait arrêter une vingtaine de dissidents. La grève générale touche alors tout le pays. Affolé, le pouvoir négocie avec le leader du MKS, un électromécanicien de 37 ans ayant déjà fait ses classes dans les grèves de 1970 : Lech Walesa, renvoyé en janvier 1980 pour fait de grève.

Débordé, le gouvernement cède. Les fameux accords de Gdansk sont signés le 31 août. Pour la première fois dans le bloc communiste, des syndicats indépendants sont reconnus. Solidarnosc, Solidarité rurale et l’Association indépendante des étudiants compteront dix millions d’adhérents à la fin de l’année.Face à ce raz-de-marée, Edward Gierek passe à la trappe en septembre et le général Jaruzelski devient Premier ministre en février 1981. Moscou, à l’époque d’un brejnévisme vieillissant, mise sur ce général aux lunettes noires et fait parvenir le 4 mars à Varsovie le message suivant :« Il faut renverser le cours des événements ».

Le premier congrès de Solidarnosc, réuni à Gdansk, du 5 au 10 septembre et du 26 septembre au 7 octobre, exige des élections libres. L’agence soviétique Tass parle alors« d’orgie anti-soviétique ». Jaruzelski confirme sa position en prenant la tête du parti le 2 octobre. Contrairement à ce qu’il racontera ensuite pour se dédouaner, Jaruzelski déclare l’état de guerre, sur ordre de Moscou, le 13 décembre 1981. Solidarnosc est décapité ; Walesa est en résidence surveillée puis en prison. Les communistes pensent avoir remporté la partie. Erreur, une direction clandestine, la TKK, est mise sur pied et organise efficacement une société parallèle bénéficiant de l’aide des syndicats libres de l’occident dont FO, qui d’ailleurs portera plainte auprès du Bureau international du travail contre l’interdiction officielle de Solidarnosc en octobre 1982.

L’avènement du gorbatchévisme, la pression américaine et l’exceptionnelle résistancede la population obligent legénéral Jaruzelski à composer. Entre février et avril 1989, une table ronde réunit pouvoir et opposition. Aux élections semi-libres de juin, Solidarnosc obtient 161 sièges à la Diète. Peu après, le symbole de Gdansk, Lech Walesa, est élu président de la République. Mais alors commence une autre histoire...