Les salariés de Verallia restent en alerte et mobilisés

Actualité par Evelyne Salamero

Banderole accrochée devant les sept usines de Verallia en France.

Inquiets pour leurs emplois, les salariés de Verallia, entreprise mise en vente en décembre par sa maison-mère le groupe Saint-Gobain, restent en alerte et mobilisés.

Réunis mercredi 11 février, les syndicats ont eu confirmation qu’ils seront reçus le 18 février prochain au ministère de l’Economie. La veille, le ministre Emmanuel Macron a assuré devant l’Assemblée nationale que l’État se porterait garant de la préservation de l’entreprise.

Verallia troisième fabricant mondial du verre d’emballage alimentaire est une filiale du groupe Saint-Gobain, fleuron de l’industrie française, nationalisé en 1982, de nouveau privatisé en 1986, côté en bourse et dont l’État ne détient plus que 2,3 % du capital via la Caisse des dépôts. L’entreprise emploie 10 000 salariés dans le monde, dont 2 300 en France.

Le 8 décembre, Saint-Gobain a annoncé la vente de sa filiale qui a pourtant réalisé un chiffre d’affaires mondial de 2,4 milliards d’euros et un excédent brut d’exploitation de 441 millions en 2013. « En dépit d’une inflation des coûts de production au fil des ans, le pôle dégage une profitabilité significative » indique un rapport d’experts adressé le 30 janvier aux syndicats et cité par le quotidien Le Monde du 8 février. Mais, Saint-Gobain a décidé de se tourner vers d’autres activités moins coûteuses en investissements et donc plus rentables, comme l’habitat et les matériaux de construction. Il a ainsi racheté le groupe suisse Sika en décembre dernier.

« Saint-Gobain doit rester majoritaire » souligne FO

La vente de Verallia pourrait rapporter au moins 2,3 milliards d’euros à Saint-Gobain. Les fonds d’investissement spéculatifs Carlyle, Blakstone, Permira et CVC Capital seraient sur la liste des acquéreurs intéressés. Et c’est bien ce qui inquiète le plus les salariés.

L’entreprise serait rachetée au moyen de la technique financière dite du LBO (leverage by out en anglais, ce qui se traduit par « achat à effet de levier », « acquisition par emprunt », « rachat d’entreprise par endettement » ou encore « prise de contrôle par emprunt »). De quoi s’agit-il ? Un ou plusieurs fonds financiers empruntent auprès des banques ou sur les marchés obligataires pour financer le rachat d’une entreprise, ou de certaines de ses activités, et c’est cette dernière qui doit ensuite rembourser cet endettement, avec les intérêts, en versant des dividendes à ses acheteurs. De cette manière, ceux-ci n’investissent que très peu de leur capital propre, juste assez pour pouvoir être désignés comme propriétaires, et tout le risque repose sur leur proie, qui paye son propre rachat.

Face à ce risque, qui hypothèquerait lourdement l’avenir de l’entreprise, la fédéchimie FO a souligné dans un communiqué du 15 janvier que trois prérequis sont indispensables pour que les salariés français bénéficient de garanties sociales suffisantes dans le cade de la vente de Verallia :

 Saint-Gobain doit rester majoritaire au capital de sa filiale ;
 L’activité ne doit pas être vendue à la découpe ;
 Le siège social doit impérativement être maintenu en France.

« L’état doit prendre ses responsabilités »

Le 2 février, l’ensemble des organisations syndicales ont sollicité un rendez-vous en urgence avec le ministre de l’Économie. Alertant sur le risque de « dépeçage » de l’entreprise, ils ont demandé à l’État d’intervenir pour « stabiliser l’actionnariat ». « Nous considérons que notre industrie est en péril (…) La situation est urgente » ont insisté les délégués syndicaux.

Réunies le 11 février en intersyndicale, les syndicats ont eu confirmation qu’ils seront reçus le 18 février.

« Face à la désindustrialisation actuelle (raffinage, automobile, métallurgie), les salariés de Verallia ne doivent pas être les prochaines victimes sacrifiées au nom de la mondialisation et des stratégies financières de multinationales ! (…) Pour que le thème de “patriotisme économique“ soit porteur d’alternatives crédibles, l’État doit prendre ses responsabilités auprès des partenaires sociaux et des salariés de Verallia. A fortiori dans une vente impliquant le groupe Saint-Gobain, dont nous commémorons les 350 ans d’existence en 2015 », soulignait la fédéchimie FO dans son communiqué du 15 janvier.

Verallia compte quatorze fours en France. Trois ont déjà été fermés depuis 2007 ce qui a entraîné la disparition de 500 emplois directs et indirects. Forts de cette expérience, les salariés, qui ont déjà manifesté le 21 janvier devant l’usine de Chateaubernard en Charente à l’appel de FO et des autres syndicats, restent sur le qui-vive.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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