Moselle : les 88 salariés de l’usine GGB luttent pour leurs emplois

InFO militante par  Valérie Forgeront

DtsR

La crise du covid n’aurait-elle pas bon dos, une fois de plus ? A Dieuze en Moselle, l’entreprise GGB, pourtant florissante et appartenant au groupe américain EnPro industries, compte fermer le rideau. En l’absence d’un repreneur pour cette usine de haute technologie, 88 salariés seraient sur le carreau. Un PSE aux conditions pour l’instant très insatisfaisantes leur a été présenté en juin. A l’appel de FO, seul sur le site, les salariés ont débrayé en cette fin août.

Le site de Dieuze, créé en 1974, fabrique des paliers hydrauliques en huit pour l’industrie, soit des pièces mécaniques de haute technologie qui permettent de produire de la pression dans les éléments combinés. L’usine GGB (Glacier Garlock Bearings) de Moselle appartenant au groupe américian EnPro industries (disposant aussi en France d’un site à Annecy) compte actuellement quatre-vingt-huit salariés. Leur ancienneté, autour de vingt à vingt-cinq ans.

L’usine dotée de clients internationaux, notamment dans le secteur automobile, dont l’allemand Bosh se porterait-elle mal ? Non répond le syndicat FO (seul syndicat sur le site). L’an dernier, avec une activité moyenne, le site a réalisé autour de douze à 13 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et en 2018, le CA s’élevait à 16 millions d’euros. Cesser l’activité à Dieuze n’est donc qu’une décision financière explique Jean-Paul Dosch, délégué syndical et secrétaire du syndicat.

L’organisation de débrayages

Au printemps dernier la direction de l’entreprise a annoncé en effet son intention de stopper les activités du site et elle a présenté un PSE en juin. La recherche d’un repreneur, obligatoire, a été lancée. Reste à la faire aboutir… Les salariés sont dans l’incertitude totale indique le militant FO. Pour l’instant quatre potentiels repreneurs sont venus visiter les lieux. Or la date limite pour les lettres d’intention de rachat est fixée au 15 septembre et la fin de la négociation du plan social est fixée au 29 septembre. Les salariés qui ont effectué des débrayages (une heure par équipe et par jour) depuis le début de la semaine, redoutent l’absence d’un plan de reprise.

Après quinze jours de fermeture pour congés cet été, la direction, tout en ne calmant pas du tout les inquiétudes du personnel, avait demandé une reprise de la production. Ce qui a conduit le syndicat FO à demander une prime de 1000 euros pour cette reprise. Finalement, une prime de 500 euros a été accordée pour une reprise à 50% indique Jean-Paul Dosch. Par ailleurs, la prime exceptionnelle (dite Macron) de 400 euros qui devrait déjà être versée, le sera à la fin septembre.

L’impact catastrophique des délocalisations

Ce ne sont toutefois pas ces versements qui peuvent lever les craintes des salariés sur l’avenir des emplois. La politique menée depuis plusieurs années par l’entreprise, et bien sûr le groupe, a semé le trouble et hélas donné déjà des indications sur les intentions souligne le secrétaire du syndicat FO. Des activités de GGB Dieuze ont ainsi été délocalisées il y a quelques années en Slovaquie, en Chine et aux États-Unis. Mais le savoir-faire et qualité de fabrication étaient ici, nous avons alors perdu des clients. Une partie de la production, 30% environ, est revenue à Dieuze. Mais le mal était fait par la perte d’une partie des activités.

Ainsi poursuit Jean-Paul Dosch, avant ces délocalisations, l’effectif salarié de l’usine était quasiment le double, même à l’issue de la crise économique de 2009. Depuis l’an dernier l’activité a reculé mais précise le militant l’entreprise ne perd pas d’argent et tous les indicateurs sont au vert. Par ailleurs ajoute-t-il, le groupe américain, coté en bourse, réalise, lui, un chiffre d’affaires de l’ordre de 1,7 milliard. Rien de dramatique donc pour le groupe qui manifeste toutefois sa volonté de réorganiser son activité en France, argue des difficultés induites par la crise covid…

Depuis dix ans, le groupe semble vouloir dégager, cesser ses activités en France s’irrite Jean-Paul Dosch. Le site de Dieuze a vécu en activité partielle depuis septembre 2019, laquelle a été levée au premier trimestre 2020, soit à l’arrivée de la crise covid. Depuis, les salariés ont subi plusieurs semaines de chômage partiel.

Les mesures du PSE ne passent pas

Actuellement, en cette fin d’été le climat est très tendu sur le site insiste le militant FO. Et pour cause appuie-t-il, les négociations sur le PSE n’avancent pas. Trois réunions déjà et pour n’arriver à rien car la Direction n’entend rien…, cela alors que le groupe EnPro vit sur un matelas financier confortable. Le salaire moyen net dans l’entreprise de Moselle se situe lui autour de 2200 à 2400 euros…, après beaucoup d’années de présence.

Quant aux reclassements en interne proposés par la direction, fulmine Jean-Paul Dosch, il s’agit de postes à l’étranger, très loin ou dans d’autres régions françaises, dans le Nord, à St-Etienne, …. Des propositions qui ne peuvent à l’évidence satisfaire des travailleurs qui ont leur vie, leur famille en Moselle.

Dans le cadre des mesures PSE, la Direction propose un congé de reclassement de quinze mois avec 100% du salaire pendant un an pour les salariés âgés de 45-50 ans et à 90% du salaire pour les mois restants, soit trois mois. Le syndicat FO revendique entre autres une augmentation substantielle de la durée du congé de reclassement et la suppression des distinctions d’âges.

Prochaine négociation le 9 septembre

Quant-aux indemnités supra-légales, la direction de GGB propose un système de forfait : 10 000 euros pour les moins de 55 ans et 12 000 euros pour les plus de 55 ans. FO qui a demandé une expertise économique (menée par le cabinet Technologia et dont les résultats sont attendus le 14 septembre) fustige ce système de forfait. Le syndicat demande une augmentation de ces indemnités et avec un calcul tenant compte des années d’ancienneté de chaque salarié.

Le 4 septembre, le syndicat FO a rendez-vous avec le secteur Travail et Emploi de la Direccte, la Direction précise Jean-Paul Dosch attendant toujours une réponse de l’entreprise à laquelle elle a demandé, depuis un mois et demi déjà, de revoir à la hausse tous les montants des mesures prévues.

Le 9 septembre sera aussi une date très importante pour les salariés de GGB Dieuze, avec la tenue d’une nouvelle réunion sur le PSE.

DtsR

 Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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