Pacte de responsabilité : pour FO, « les masques sont tombés »

Mise en scène par Mathieu Lapprand

Article publié dans le Dossier Pacte de responsabilité

Une première réunion s’est tenue vendredi 28 février, au siège du Medef, entre cinq syndicats et trois organisations patronales à propos du fameux pacte de responsabilité, la nouvelle marotte gouvernementale.

« Les masques sont tombés, c’est un marché de dupes [avec] zéro contrepartie, zéro contrainte pour le Medef », a déclaré Stéphane Lardy, Secrétaire confédéral de FO, à sa sortie de la première réunion de concertation sur le pacte de responsabilité.

À la demande de la CFDT, à la suite de la réunion du 28 février, une seconde réunion se tiendra le 5 mars afin de finaliser un « relevé de décisions ». Le représentant du Medef avait précisé que ce « relevé de conclusions engagera ses signataires », et sera axé sur trois thèmes : « l’emploi, le dialogue social et les investissements ». Mais la discussion est avant tout sémantique entre la CFDT et le Medef : faut-il plutôt évoquer des « contreparties » que des « engagements » ? Et si le Medef refuse de prendre des engagements chiffrés en termes d’embauches, il propose pourtant une « mobilisation des branches » professionnelles, chacune définissant « son implication » en faveur de l’emploi… Difficile de masquer ce chèque en blanc.

Dès l’annonce de ce pacte, lors des vœux du président de le République, Jean-Claude Mailly avait fait part de son scepticisme : « Négocier des contreparties à la baisse des cotisations annoncée par le chef de l’État, je n’y crois pas. Quand une aide est ciblée, on peut contraindre les entreprises à respecter des engagements précis, pas si l’aide est généralisée. »

À la suite de cette annonce présidentielle, la Confédération a réuni, le 19 janvier dernier, plus de 5 000 militants pour un meeting : « Combattre l’austérité : une urgence sociale et démocratique », appelant à la mobilisation interprofessionnelle le 18 mars. Trois organisations syndicales –la CGT, Solidaires et la FSU– l’ont rejointe sur cette date et ont émis une déclaration commune : « [Considérant] que les annonces liées au "pacte de responsabilité", et en particulier les 50 milliards d’euros d’économies programmées, répondent d’une logique inacceptable d’austérité et attaquent inévitablement le financement des services publics, de la protection sociale et de la solidarité nationale alors que les besoins sociaux augmentent. »

DES OBJECTIFS, DES CONTREPARTIES OU... DES PIN’S ?

Aujourd’hui la forme qu’aura in fine ce pacte reste une énigme. Le Crédit d’impôt compétitivité-emploi (CICE) sera-t-il intégré à la suppression des cotisations familiales ? Quelle sera l’ampleur des réductions de dépenses publiques et où seront-elles appliquées ? Autant de questions qui n’obtiendront probablement pas de réponses avant les échéances municipales.

Le pacte de responsabilité devait notamment permettre aux entreprises de reconstituer leurs marges, selon ses promoteurs. Or l’indice Henderson Global Dividend a publié, le 23 février dernier, une étude montrant que les sociétés mondiales cotées ont, en 2013, rétribué leurs actionnaires à hauteur de 731 milliards d’euros un record historique. En France, ce sont près de 37 milliards d’euros qui ont été versés aux détenteurs de capitaux. La mobilisation du 18 mars rappellera au gouvernement de s’occuper enfin du coût du capital plutôt que d’attaquer sans relâche le salaire différé.

Mathieu Lapprand Journaliste à L’inFO militante

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