Partout dans le monde, des droits sociaux à défendre

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

© ETUC-CES

A l’image de l’année qui s’achève, le mois de décembre est marqué par de lourdes atteintes portées aux droits sociaux en Europe et dans le monde, mais également par des mouvements courageux pour défendre les salaires et les conditions de travail. Panorama.

Les syndicats européens unis contre le retour de l’austérité

A l’appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), 15 000 personnes ont manifesté le 12 décembre à Bruxelles contre le retour de l’austérité dans l’Union européenne. Les Vingt-Sept n’avaient plus que quelques jours pour trouver un compromis sur le nouveau cadre budgétaire qui s’imposera aux pays membres jusqu’en 2027. C’est chose faite. Mercredi 20 décembre, ils sont tombés d’accord sur un assouplissement des règles budgétaires européennes, qui doit garantir le redressement des finances publiques sans compromettre les investissements. Si un accord n’avait pas été trouvé d’ici la fin de l’année, le Pacte de stabilité et de croissance – suspendu depuis mars 2020 en raison de la pandémie de Covid-19 – aurait repris du service tel quel.

Or, celui-ci est très strict : les États doivent contenir leur dette publique sous un seuil établi à 60% du Produit intérieur brut (PIB), et leur déficit doit rester inférieur à 3% du PIB. Tout écart est lourdement sanctionné par Bruxelles. De quoi fragiliser toujours plus les droits sociaux et les services publics déjà malmenés, et empêcher les investissements nécessaires, entre autres pour la transition écologique. Les crises à répétition – pandémie, guerre en Ukraine, inflation, coût de l’énergie – ont de plus pesé très lourd dans les budgets nationaux.

De nombreux États membres espéraient donc assouplir ce cadre budgétaire, afin que le Pacte tienne davantage compte des spécificités nationales et permette aux pays en difficulté financière de rester maîtres de leur trajectoire budgétaire, moyennant des garanties données à l’Union. Certains États dits frugaux, tels l’Allemagne, auraient aimé pour leur part revenir à des normes beaucoup plus contraignantes que pendant la période du Covid-19.

L’austérité a été testée et elle a échoué. Il est temps de tirer les leçons du passé et de faire en sorte que les règles économiques de l’UE donnent la priorité au bien-être des gens et de la planète au lieu d’imposer des limites totalement arbitraires, avait déclaré la secrétaire générale de la CES, Esther Lynch. D’après une étude du think tank New Economics Foundation, un retour à l’orthodoxie budgétaire empêcherait 23 États membres sur 27 de fournir les investissements nécessaires pour limiter l’élévation de la température mondiale à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. La vigilance est toujours de mise sur la concrétisation de cet accord afin qu’il ne rime pas avec austérité 2.0.

La loi sur le salaire minimum retoquée en Italie

Il n’y aura toujours pas de salaire minimum en Italie en 2024. La majorité parlementaire (ultra-conservatrice) a rejeté mercredi 6 décembre une proposition de loi de l’opposition visant à établir un seuil de rémunération minimale à 9 euros brut de l’heure. Avec la Finlande, la Suède, le Danemark et l’Autriche, l’Italie fait partie des cinq derniers pays de l’UE où les salaires restent déterminés par la seule négociation collective entre patronat et syndicats.

Environ 3,6 millions de salariés (21% des actifs) continueront donc d’être payés en-dessous de ce seuil, avec une surreprésentation des jeunes – 38% des moins de 35 ans gagnent moins de 9 euros de l’heure – et des femmes (26%), selon le Consiglio Nazionale dell’Economia e del Lavoro (CNEL), un organisme public. La Constitution italienne demande que les salariés bénéficient de rémunérations proportionnées et adéquates, mais aucun salaire minimum ne vient garantir concrètement cette exigence.

La présidente du Conseil des ministres, Giorgia Meloni, a fustigé une mesure relevant selon elle de l’assistanat, arguant en outre que l’instauration d’un seuil minimum aurait comme effet contre-productif de tirer l’ensemble des salaires vers le bas. Les syndicats italiens ont bien sûr réagi à l’absence toujours de salaire minimum. La CGIL a dénoncé une grave erreur du gouvernement, la CISL a indiqué pour sa part qu’il fallait renforcer et étendre les conventions collectives.

Un millier d’accords différents sont actuellement en vigueur, et environ un salarié sur cinq en est privé. De nombreuses conventions sont d’ailleurs bien en-dessous du seuil voulu par les députés de l’opposition : 6,52 euros pour les services de nettoyage, 7,28 euros dans la restauration ou 7,48 euros dans le tourisme. D’après l’Institut national de la statistique, le salaire brut moyen italien reste inférieur de 12% à la moyenne européenne. L’Italie est également le seul pays européen où les salaires réels (hors inflation) ont diminué ces trois dernières décennies (- 2,9%), selon l’OCDE.

Tour de vis contre l’immigration au Royaume-Uni

Pour obtenir un visa de travail britannique, les immigrés devront désormais fournir la preuve qu’ils gagnent au moins 38 700 livres sterling (45 160 euros), contre 26 200 livres jusqu’à présent, soit une augmentation de 47% du salaire minimum requis. Le gouvernement conservateur de Rishi Sunak, a également décidé d’augmenter de 66% le montant à payer pour accéder au système public de santé en tant qu’étranger (de 624 à 1 035 livres).

Cette décision intervient alors que les pénuries de main d’œuvre continuent de pénaliser l’économie britannique. La liste des métiers en tension – tels que l’informatique, l’électronique ou la construction –, qui bénéficiaient jusqu’à présent de conditions d’entrée sur le territoire plus souples, va être supprimée. Si les salariés du secteur de la santé ne sont pas concernés par la hausse du salaire minimum requis, ils sont en revanche visés par une mesure empêchant le regroupement familial. NHS Providers, organisme qui représente les groupements hospitaliers en Angleterre, a jugé ces changements profondément préoccupants dans un secteur déjà extrêmement tendu.

Une étude de l’Autorité du grand Londres, administration chargée de la gestion de la région de la capitale, laisse craindre une crise de recrutement à venir dans les secteurs employant beaucoup de travailleurs immigrés, tels la santé, la restauration, la construction et les loisirs. A Londres, 58% des employés de l’hôtellerie-restauration n’ont pas la nationalité britannique. Les étrangers comptent pour plus de 40% de la main d’œuvre des services sociaux et de santé. Alors que le secteur des loisirs emploie 40 000 travailleurs immigrés dans la capitale, ceux-ci sont également menacés par la hausse du salaire minimum requis, puisque leur salaire médian ne dépasse pas 24 000 livres.

Allemagne : les sidérurgistes veulent passer aux 32 heures

Les premières réunions tenues dans le cadre des négociations collectives 2023 dans le secteur de la sidérurgie n’ont pas donné satisfaction aux travailleurs. Dans la Ruhr, au nord-ouest de l’Allemagne, des milliers de salariés menés par le syndicat IG Metall s’engagent donc en ce mois de décembre dans des grèves dites « d’avertissement », afin d’accentuer la pression sur le patronat. Celui-ci refuse toujours d’accéder à leurs revendications : une augmentation collective de 8,5% sur douze mois et le passage à la semaine de 32 heures (contre 35 actuellement) avec une compensation salariale intégrale.

La partie patronale s’était dans un premier temps bornée à proposer 3,1% d’augmentation sur 15 mois, tout en refusant de réduire le temps de travail. Sous la pression des grèves de décembre, elle a ensuite rehaussé son offre à 3,5% d’augmentation à partir de juillet 2024, et une prime de 1 000 euros dès janvier pour compenser l’inflation – encore très loin des revendications des quelque 80 000 salariés du secteur.

La demande de passage aux 32 heures hebdomadaires est quant à elle motivée par la perspective d’une conversion des hauts fourneaux vers des systèmes de réduction directe utilisant de l’hydrogène vert. Cette transition écologique du secteur s’accompagnera nécessairement d’une réduction des besoins, laissant craindre des suppressions de postes, alors que 7 000 emplois ont déjà disparu ces trois dernières années. Le passage aux 32 heures compensées intégralement permettrait de mieux répartir la charge de travail sans casse sociale. Il contribuerait de plus à solutionner le problème d’attractivité que connaît aujourd’hui la sidérurgie, en offrant aux travailleurs un meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle.

Hong Kong : des militants pro-démocratie risquent la prison à vie

Ils étaient jugés pour « complot en vue de subvertir le pouvoir de l’État » : le procès de 47 membres de l’opposition hongkongaise et activistes pro-démocratie s’est achevé après 118 jours de débat. Le verdict est attendu au printemps pour ces militants, accusés d’avoir enfreint la Loi sur la sécurité nationale imposée par le gouvernement chinois en 2020 à la suite de manifestations gigantesques. Jusqu’à deux millions de personnes – sur une ville de 7,5 millions d’habitants – avaient alors crié leur opposition à l’emprise de Pékin sur cet ancien territoire britannique, rétrocédé à la Chine en 1997.

Parmi les 47 inculpés, les trois quarts sont emprisonnés depuis près de trois ans pour avoir organisé des élections primaires non officielles, dans le but de pré-sélectionner des candidats pro-démocratie pour les élections législatives. N’ayant plus aucune confiance dans la justice de Hong Kong, 31 militants ont plaidé coupable afin de bénéficier d’une réduction d’un tiers de leur peine.

En juillet 2023, FO rappelait une nouvelle fois l’intense répression qui s’abat sur les militants, dont des syndicalistes, sous couvert de cette législation liberticide. Plusieurs leaders ont été emprisonnés, et de nombreux syndicats n’ont eu d’autre choix que de s’auto-dissoudre pour limiter la menace pesant sur leurs membres. La Loi sur la sécurité nationale a ainsi mis fin à la liberté syndicale, au droit de manifester mais aussi au droit de grève, dénonce Branislav Rugani, secrétaire confédéral du secteur international. FO appelle au respect des dispositions de la convention 87 de l’Organisation internationale du travail (OIT) : les libertés d’association, d’expression et de réunion.

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