Rentrée scolaire : multiplication des grèves et des assemblées générales

Education nationale par Evelyne Salamero

© Frederic MAIGROT/REA

Pour le ministre Jean-Michel Blanquer, la rentrée 2019 est l’une des meilleures (qu’il a) connues, avec le moins de problèmes sociaux et d’organisation, n’a- t-il pas hésité à déclarer. Alors pourquoi les personnels se sont-ils déjà mis en grève dans de nombreux établissements aux quatre coins du pays ? Ils refusent de jouer les VRP des contre-réformes et les conditions de la rentrée sont insupportables, résume le SNFOLC (Syndicat national FO des lycées et collèges). Dans les assemblées générales qui se multiplient, le refus de la réforme des retraites s’exprime aussi de plus en plus.

Les organisations syndicales de l’Education nationale réunies le 10 septembre, dont la Fnec-FP FO (enseignement, culture et formation professionnelle) et à l’exception de la CFDT et de l’Unsa, ont appelé à poursuivre les mobilisations engagées depuis des mois et ont annoncé avoir déposé des préavis de grève pour défendre le service public d’éducation, le Statut de la Fonction publique et le Code des pensions civiles et militaires.

Outre leur revendication d’abrogation des réformes en cours dans l’Education nationale (celle du lycée et du bac, celle dite « pour une école de la confiance » ou loi Blanquer), de la loi de transformation de la Fonction publique portée par le secrétaire d’État Olivier Dussopt, elles rappellent leur opposition au projet de réforme du système des retraites, visant à instaurer un régime universel par points.

Après les vacances, une nouvelle vague de grèves

Depuis deux semaines en effet, des grèves ont déjà eu lieu dans un ou plusieurs collèges et lycées de nombreuses villes ou de leurs banlieues, comme à Toulouse, Bordeaux, Cahors, Poitiers, Lyon, Rouen, Paris… Des centaines d’assemblées générales se sont tenues dans les établissements. Si toutes n’ont pas débouché sur une grève immédiate, la liste des revendications se fait de plus en plus précise, et la volonté de se mobiliser au-delà d’une simple journée s’y affirme de plus en plus souvent, indique le SNFOLC FO. (Syndicat national FO des lycées et collèges). Le refus d’un régime universel de retraites par points et la volonté de voir maintenu le Code des pensions civiles et militaires qui garantit une retraite égale à 75% du dernier traitement détenu sur les six derniers mois de la carrière, s’y exprime aussi de plus en plus fortement.

Des conditions « insupportables »

La réforme du lycée et du baccalauréat, dont le contenu, comme l’a démontré la grève des correcteurs en juin dernier, est fortement rejeté par les enseignants, notamment parce qu’elle met fin au caractère national du diplôme en introduisant le contrôle continu dans la notation finale, conduit qui plus est à des emplois du temps « infaisables » et des effectifs « pléthoriques » (35, 37, voire 38 élèves par classe en première).

De surcroît, des milliers de contractuels ne sont pas réembauchés. Dans l’académie de Créteil, par exemple, 1 640 personnels ont appris pendant l’été que leur contrat ne serait pas renouvelé cette année. On est bien loin de la rentrée « idyllique » dépeinte par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer au fil de ses interviews de rentrée.

Pourquoi l’annonce d’une "augmentation de 300 euros pour tous" a sonné comme une provocation

L’annonce d’une revalorisation du salaire des enseignants de 300 euros, bruts, en moyenne par an, soit environ 17 euros nets par mois en moyenne, a sonné comme une provocation. Le ministre a oublié d’expliquer qu’il s’agit en fait d’un rattrapage dans le cadre du protocole PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations) mis en place par le gouvernement Hollande, mais dont la mise en œuvre avait été suspendue pendant une année, a immédiatement dénoncé la Fnec-FP FO.

Elle rappelle que la « pseudo-revalorisation PPCR » repose sur deux leviers : l’augmentation du nombre de points attribués à -certains- échelons de la carrière d’une part et la création, en 2017, d’un nouveau grade, la classe exceptionnelle, qui ne concerne qu’une minorité de personnels.

FO revendique une augmentation de la valeur du point d’indice de 18%

La Fnec-FP FO résume : il n’y en aura pas pour tout le monde et tout était déjà prévu et budgété. Elle rappelle que c’est à ce même protocole PPCR, dont le ministre Blanquer popularise les miettes -et que FO n’a pas signé- que les fonctionnaires doivent la pérennisation du blocage du point d’indice (bloqué depuis dix ans.

La fédération FO n’a d’ailleurs pas attendu cette rentrée pour revendiquer, avec la FGF-FO (Fédération générale des fonctionnaires), une revalorisation de 18% de la valeur du point d’indice pour rattraper la perte de pouvoir d’achat subie depuis des années. A titre d’exemple, un agent de catégorie A a ainsi perdu 400 euros par mois depuis 2000, sous l’effet conjugué du gel du point d’indice et de l’inflation, indique FO. Encore une chose que le ministre a oublié de dire.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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