Emploi et Salaires

Santé : Les délégués FO en ordre de combat contre une nouvelle organisation hospitalière néfaste

, Françoise Lambert

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Photo : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Le 26 octobre, 420 délégués FO de la fonction publique hospitalière se sont réunis au siège de la confédération FO. L’objet de ce rassemblement : préparer une grève nationale prévue le 8 novembre et réaffirmer haut et fort les revendications. Au premier rang desquelles l’opposition aux Groupements hospitaliers de territoire, dont la création signe 20 000 suppressions d’emploi et 16 000 fermetures de lits.

Ils sont plus que déterminés à combattre les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) issus de la loi Touraine (loi sur la Santé du 26 janvier 2016) et à faire valoir leurs revendications générales et particulières : mercredi 26 octobre, pas moins de 420 délégués FO des établissements hospitaliers et des maisons de retraite, venus de 275 établissements, se sont réunis à Paris au siège de la confédération FO.

Un point d’appui pour la grève nationale et les manifestations du 8 novembre

Objectifs de cette conférence nationale FO : être un point d’appui pour la grève nationale et les manifestations programmées le 8 novembre à l’appel des organisations FO, CGT et SUD, mais aussi faire le point sur la situation dans les différents établissements de santé sur le territoire français. Les militants ont adopté à l’issue de leurs travaux une déclaration reprenant leurs principales revendications.

Refus des GHT et abrogation de la loi Santé

Outre leur refus des GHT et l’abrogation de la loi Santé, les délégués FO demandent notamment l’arrêt du plan de 3,5 milliards d’économies imposé par le gouvernement aux hôpitaux, le maintien de tous les établissements, lits et services, l’embauche de personnel statutaire à hauteur des besoins et la revalorisation des carrières.

Le document adopté à l’unanimité rappelle également que les initiatives de mobilisation de FO Santé s’inscrivent dans la continuité du combat pour le retrait, puis l’abrogation de la loi Travail. Et que l’absence de réponse à leurs revendications pourrait donner lieu à une amplification du mouvement pouvant aller jusqu’à une manifestation nationale.

Un système hospitalier exangue

Toute la journée, pas moins de 49 délégués ont apporté leurs témoignages, après des introductions par Yves Kottelat, secrétaire général de la fédération des Services publics et de santé FO (SPS-FO) et Denis Basset, secrétaire général de la branche Santé de la fédération.

De nombreux intervenants ont fait état de l’état de la souffrance de leurs collègues et d’un système hospitalier exangue, en situation de survie. Les mots sont parfois forts : Fermer des lits, c’est supprimer des vies, assène Béatrice Jaffrenou, du centre hospitalier de Dreux (Eure-et-Loir). Tandis que Marc Gandon, du centre hospitalier du Mans (Sarthe) estime que la première violence faite aux agents, c’est de ne plus leur donner les moyens de faire leur travail. Une situation qui peut conduire à la maltraitance institutionnelle, comme l’a indiqué Yann Le Foll (Loire-Atlantique), évoquant des conditions de travail très dégradées dans les maisons de retraite ou Ehpad. Dans certains établissements, avec le manque de temps, les résidents ne peuvent plus avoir que deux douches par mois.

Les filières d’études des infirmièr(e)s et des aide-soignant(e)s attaquées

L’attaque contre les filières d’études des aide-soignant(e)s et des infirmier(e)s a aussi été abordée – Philippe Navarro (Rhône), parmi d’autres intervenants, s’insurgeant contre la fermeture d’instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) et d’instituts de formations pour les aides-soignant(e)s.

Une barbarie qu’il convient de combattre

René Sale, du centre hospitalier d’Aix-Pertuis (2 900 salariés) a dénoncé une organisation de la barbarie avec les GHT. Une barbarie qu’il convient de combattre, comme l’ont rappelé de nombreux militants, à l’instar de Virginie Beulque, déléguée FO dans le secteur psychiatrie des hôpitaux de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Un établissement où les personnels restent très mobilisés depuis cet été à l’appel de leur syndicat, avec notamment une grève illimitée, le boycott de toutes les instances de l’hôpital, une marche qui a rassemblé plus de 1 000 personnes et une pétition qui a regroupé plus de 7 000 signatures.

Ils ont obtenu un sursis sur la mise en place du GHT, mais comme l’a rappelé Virginie, il n’y a pas de bon GHT et l’adhésion de l’hôpital de Lannemezan mettrait en péril l’offre de soins de qualité et de proximité, mais aussi les emplois. Car dans ce département montagneux, explique la déléguée FO, on compte en temps et pas en kilomètres pour aller au service d’urgences le plus proche. Le 27 octobre, une distribution de tracts au rond-point de l’hôpital était au programme, pour informer la population.

Boycott des instances créées pour faire avaler la réforme aux syndicats

La résistance à la réorganisation hospitalière, en route avec la création des GHT depuis le 1er juillet, passe aussi par le boycott des instances créées pour faire avaler la réforme aux syndicats. Pascale Guyot, du CHU de Clermont-Ferrand a déclaré qu’afin de préserver l’indépendance de FO et combattre aux côtés des agents, il faut refuser de siéger au sein des conférences territoriales de dialogue social des GHT.

Des instances qualifiées de véritable mascarade du dialogue social par Audrey Jolibois, secrétaire du syndicat FO de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille.

Cyrille Venet, praticien hospitalier au à l’hôpital de Voiron (Isère) et secrétaire général adjoint au Syndicat national des médecins hospitaliers FO (SNMH-FO), a quant à lui insisté sur la nécessité de construire une unité entre les médecins hospitaliers et les autres personnels ce qui créera une « grande force ».

« L’hôpital, c’est la Sécu, c’est notre salaire différé ! »

La Fédération des services publics et de santé FO avait aussi convié de nombreux responsables FO à la conférence nationale des délégués. Parmi eux, Serge Legagnoa, secrétaire général de la Fédération des employés et cadres FO, a rappelé que les organisations syndicales FO de la Sécurité sociale seront aux côtés des personnels hospitaliers le 8 novembre, dans des actions pouvant aller jusqu’à la grève. Parce que l’hôpital, c’est la Sécu, c’est notre salaire différé !, s’est-il exclamé.

Les salariés de la Santé privée et de l’Action sociale ont rejoint les hospitaliers

Les salariés du secteur de la Santé privée ont eux rejoint le mouvement de grève nationale du 8 novembre, ainsi que ceux des secteurs sociaux et médico-sociaux à but non lucratif et les médecins du Syndicat national des médecins hospitaliers FO (SNMH-FO).

Christian Grolier, secrétaire général de la Fédération générale des fonctionnaires FO (FGF-FO), par ailleurs responsable de l’UIAFP-FO, structure regroupant les fédérations représentant les trois versants de la fonction publique (État, territoriale, hospitalière), est intervenu devant la salle. Il a fait état d’attaques « sans précédent » contre le statut des fonctionnaires, notamment au travers du dispositif PPCR (Parcours professionnels carrières et rémunérations) imposé par le gouvernement en septembre 2015, et a affirmé que la défense des statuts particuliers des différents corps de fonctionnaires est une priorité.

Le secrétaire général de FO Jean-Claude Mailly, a lancé à la tribune en clôture des travaux des délégués FO : Quand vous vous battez pour vos conditions de travail et le service public, vous vous battez aussi pour la République, pour l’égalité de droit sur le territoire. Un message galvanisant. Le 8 novembre s’annonce mobilisateur.

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Françoise Lambert

Journaliste FO Hebdo - Santé - Retraite

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